Une marionnette trans pour démystifier le phénomène auprès des tout-petits

On le voit de plus en plus dans les médias, des jeunes, parfois très jeunes osent sortir du placard et se tenir debout en affirmant être transgenres. Petit garçon né dans un corps de fille, ou l’inverse; si le sujet est dorénavant de plus en plus abordé sur la place publique. Il était, il n’y a pas si longtemps encore, très tabou, pour ne pas dire interdit.

Ces jeunes trans, comme la petite activiste Charlie Lowthian-Rickert qui, à 10 ans en mai 2016, se tenait au côté de la ministre fédérale de la Justice Jody Wilson-Raybould pour l’annonce de mesures visant à mieux protéger les victimes de crimes haineux en raison de leur identité sexuelle. Soutenue depuis toujours par ses parents, mais honnie de ses collègues de classe, mécomprise par plusieurs autres adultes, souvent seule et meurtrie dans son combat d’affirmation de soi. Elle a tout déballé ça, micros sous le nez et dans un élan de courage hors du commun, au cours des deux dernières années.

Son histoire n’a malheureusement rien d’exceptionnel, car d’autres jeunes trans également sortis de l’ombre ont raconté à peu près le même type de tourments. Et on ne parle pas de ceux et celles qui vivent leur calvaire en silence.

Et si Charlie, ses copains et tous les autres enfants transgenres ou non avaient connu Julien, marionnette trans créée dans le cadre d’une initiative de la Fondation Jasmin Roy – Sophie Desmarais? Auraient-ils abordé la question autrement?

C’est en tout cas le but visé des trois capsules vidéo mettant Julien en vedette, ainsi que d’autres amis de forme marionnettique et humaine lancées mercredi. La copine chair et os de Julien, Alix, est campée par l’Acadienne Jeanie Bourdages. La comédienne, qui possède une feuille de route étalée sur près de 25 ans, avoue en entrevue téléphonique avoir été à la fois surprise et emballée par le projet rendu également possible grâce à l’apport d’un autre Acadien, Allain Basque, chargé de projets au sein de la Fondation.

«Je savais très peu de choses sur l’intimidation à l’école en général ainsi que sur la question des transgenres. Pour me préparer à jouer dans les capsules, la Fondation Jasmin Roy – Sophie Desmarais m’a remis un document gros comme une encyclopédie!», lâche Jeanie Bourdages dans un éclat de rire.

Les capsules, dont les textes ont été écrits par Jasmin Roy ainsi que Jean-Sébastien Bourré et les marionnettes créées par Sandra Turgeon, se veulent un outil pédagogique accessible gratuitement pour les éducateurs ainsi que le public en général et s’adressent aux enfants âgés de 2 à 8 ans.

«Il y a très peu d’outils traitant de ce sujet pour ce groupe d’âge. Il y en a quelques-uns pour les ados et plusieurs ressources pour adultes, mais presque pas pour les enfants. Je suis très fière du résultat», mentionne la comédienne qui est aussi propriétaire des Productions Baluchon Magique, avec qui la Fondation Jasmin Roy – Sophie Desmarais s’est alliée pour la concoction des capsules au ton définitivement ludique.

Ludiques, mais aussi émouvantes, car derrière la marionnette Julien se cache la véritable histoire d’un homme trans, Julien Leroux-Richardson, président de l’organisme Aide aux trans Québec. Jeanie Bourdages nous révèle que la Muse du projet, aujourd’hui adulte, a visité le plateau de tournage à quelques reprises.

«C’était très émotionnel. Lorsque nous avons terminé d’enregistrer la première capsule, dans laquelle Julia est triste et confie pour la première fois à Alix qu’elle se sent plus garçon que fille, le vrai Julien a pleuré. Il nous a affirmé par après qu’il aurait aimé ça avoir accès à un outil pédagogique comme celui-là lorsqu’il était enfant», souligne la comédienne native de Bathurst qui a grandi à Campbellton.

Du Gun Club au théâtre pour enfants

Louis Mailloux (en 1994), Laurie ou la vie de galerie, Le Christ est apparu au Gun Club, Angélique au Pays de la Sagouine… Autant de pièces et plusieurs autres dans laquelle on a pu voir Jeanie Bourdages à l’oeuvre – et souvent en avant-scène – chez nous en Acadie comme ailleurs au pays. Si elle demeure au Québec depuis bientôt 20 ans, la comédienne assure n’avoir rien oublié de ses expériences passées en sa terre natale et des succès qui ont suivi.

Il y a toutefois une marge plutôt abyssale entre le Gun Club et le théâtre pour enfants… Raison de ce virage à 180 degrés dans sa carrière: sa vie de maman.

«J’ai eu des enfants au cours des dernières années et je caressais le rêve de pouvoir les élever à la maison. J’ai donc moins travaillé, puis plus du tout, jusqu’à ce que ma plus jeune entre en maternelle.»

Le fait d’être plongée en plein coeur de l’imaginaire enfantine à temps plein chez elle l’a alors poussée tout naturellement à reprendre du collier dans des rôles de pièces destinées aux tout-petits. Depuis cinq ans, Jeanie Bourdages est donc l’une des actrices principales des Productions Baluchon Magique, compagnie fondée en 2011 par Marie-Jeanne Goulet et que Mme Bourdages a acquise au début de 2017.

«Je suis devenue la principale comédienne de la troupe parce que j’avais tout mon temps. Ç’a établi une relation de confiance entre Marie-Jeanne et moi. Quand je lui ai racheté la compagnie, je savais donc assez bien dans quoi je m’embarquais. Comme les pièces pour enfants se jouent habituellement le matin ou l’après-midi, ça me permet d’accueillir les miens à leur retour de l’école. C’est un métier formidable, car il me permet de concilier travail et famille!», exprime Jeanie Bourdages avec enthousiasme.

Les capsules vidéos sont disponibles sur YouTube de même que par le biais des sites de la Fondation Jasmin Roy – Sophie Desmarais et des Productions Baluchon Magique.