Sylvie Pilotte: quand la raison déraisonne

Sur fond de critique sociale, les œuvres de Sylvie Pilotte explorent les valeurs qui sous-tendent notre mode de vie moderne. Les enjeux liés à la surconsommation, à l’abondance, au gaspillage, à l’environnement et à la performance habitent l’artiste de Dalhousie dans sa création.

Intitulée Déraisonnance, son exposition comprend 38 tableaux aux techniques mixtes et une sculpture. En faisant appel à cette expression inventée, reliant les mots déraison et résonance, elle propose de revoir les valeurs sociales actuelles.

«On est dans des valeurs beaucoup d’abondance. On va au supermarché, les comptoirs de viande débordent. On s’achète beaucoup de choses. On a accès à tous ces produits-là, donc ça entraîne du gaspillage et de la pollution. Ce sont des enjeux qui me touchent, qui me parlent. Ce sont des valeurs qui sont déraisonnables qui ont comme une résonance chez moi», a expliqué Sylvie Pilotte, en entrevue quelques heures avant le vernissage de son exposition.

Pour cette artiste et graphiste de formation, établie à Dalhousie depuis sept ans, cette première exposition solo à Moncton marque une étape importante dans son cheminement artistique professionnel. Si sa carrière en art visuel est encore toute jeune, il reste que son travail commence à être de plus en plus reconnu. Elle a pris part à des événements artistiques comme le Symposium de la Baie des Chaleurs à Campbellton et le Festival des arts visuels en Atlantique à Caraquet ainsi que quelques expositions collectives, dont une à la Galerie Beaverbrook en 2016.

Le galeriste Daniel Chiasson de Moncton, qui collabore avec l’artiste, souligne la richesse et la complexité de son travail qui attire déjà l’attention des collectionneurs. Ses tableaux étonnants créés à partir de fragments d’images, combinant divers médiums, le collage, l’acrylique, le pastel, la gouache ou encore le crayon-feutre, sont chargés d’informations avec une multitude de détails. Certains sont plus aérés, tandis que d’autres sont plus denses. Il faut s’y attarder en profondeur afin de découvrir l’ampleur du travail qui s’ouvre sur plusieurs possibilités, nécessitant ainsi plus qu’un simple regard furtif. Elle travaille beaucoup à partir de découpures de photographies de magazines.

«J’aime travailler avec les magazines qui sont récupérés. C’est comme une forme de gaspillage tous ces magazines-là. Je réutilise les découpures et je trouve que ç’a un lien direct avec la surconsommation. Je peux utiliser aussi des photos personnelles.»

Un monde insolite

En utilisant le collage, un médium plus marginal, elle a le sentiment de s’éloigner de la performance et des impératifs de la beauté. Elle crée des univers un peu insolites qui racontent en quelque sorte des histoires. Les personnages féminins sont récurrents dans ses œuvres. Elle y consacre d’ailleurs toute une série de tableaux que l’on retrouve dans l’exposition. Pour arriver à créer cette exposition, le cheminement s’est étendu sur plusieurs années, de 2015 à 2018. Elle a bénéficié d’une première bourse de création d’Artsnb. Sa création repose d’abord sur des thématiques.

«Je vais tout le temps avoir une idée ou une thématique en tête et la direction que va prendre le collage va un peu suivre ce que je vais avoir comme découpures et les agencements que je suis capable de faire.»

Il y a, entre autres, un tableau qui s’attarde à la présence de l’informatique dans nos vies. Intitulé Une erreur est survenue, ce collage fait aussi un parallèle avec le chemin que l’on parcourt qui peut parfois prendre une nouvelle trajectoire.

L’exposition est présentée à la Galerie du 2e étage du Centre culturel Aberdeen jusqu’au 23 novembre. Par la suite, l’exposition voyagera à travers la province, pour être présentée à la Galerie Colline à Edmundston du 30 novembre 2018 au 28 février 2019, ainsi qu’à Saint-Jean plus tard en 2019.

«Je suis vraiment contente du développement de mon travail et de la réponse que j’ai. Cette exposition démontre que je suis capable de créer un corpus d’oeuvres assez dense qui vaut la peine de montrer au public», a-t-elle ajouté.

Le vernissage de l’exposition qui s’est déroulé vendredi a donné le coup d’envoi à la saison 2018-2019 de la Galerie Aberdeen.