Phil Comeau se penche sur l’essor de la musique acadienne

Vaste survol de l’avancée de la musique acadienne à l’échelle nationale et internationale, la série documentaire Vague d’Acadie de Phil Comeau explore les facteurs ayant contribué à cette effervescence marquée par l’arrivée en scène d’artistes comme Marie-Jo Thério, Radio Radio et Lisa LeBlanc.

Dans sa nouvelle série documentaire de deux épisodes d’une heure, Phil Comeau s’est intéressé au rayonnement de la musique acadienne. Pour arriver à réaliser son projet, il a fait appel à l’auteur-compositeur-interprète Joseph Edgar de Moncton, qui habite à Montréal depuis sept ans. Un choix pertinent puisque cet artiste a oeuvré en Acadie pendant une bonne partie de sa vie avant de s’établir dans la métropole québécoise. Le cinéaste fait remarquer aussi qu’il est l’un des fondateurs du 15 août des fous, l’ancêtre du Festival Acadie Rock. De plus, il se situe un peu à mi-chemin entre la pionnière Édith Butler et la nouvelle génération de musiciens dans la vingtaine et la trentaine.

«Il a toujours participé à l’évolution de la musique dite différente en Acadie. Je trouvais qu’il avait le plus beau point de vue et qu’il était bien placé pour rencontrer les artistes et poser les bonnes questions.»

Au fil des deux documentaires, Joseph Edgar va à la rencontre d’auteurs-compositeurs-interprètes, de groupes, de critiques en musique, d’experts du domaine, de programmateurs d’événements et d’agentes d’artistes, dont Carole Chouinard et Carol Doucet. Les témoignages sont entrecoupés d’extraits musicaux. L’objectif est d’offrir un large survol de l’évolution de la musique acadienne et de son rayonnement depuis Édith Butler. Celle qui figure parmi les premières artistes de l’Acadie à avoir fait une percée à l’extérieur des Maritimes et à l’international est interviewée dans le documentaire. Au début des années 1980 lorsqu’il a déménagé à Montréal, Phil Comeau se souvient qu’il y avait seulement Édith Butler, Angèle Arsenault et le chanteur country Bobby Hachey qui perçaient vraiment au Québec. Depuis, les choses ont bien changé. Les artistes acadiens se produisent régulièrement dans les clubs et les salles de spectacle de la métropole. Devant une telle explosion de talents, le cinéaste a eu envie de jeter son regard sur le phénomène. Le tournage s’est étendu jusqu’à l’été 2017. Il a tourné des images du spectacle Acadie Rock aux Francofolies de Montréal en juin 2017 qui a réuni 22 artistes, témoignant ainsi de cette percée acadienne.

«C’était tout un phénomène. Ç’a été un des moments les plus extraordinaires», souligne le cinéaste.

La dernière journée de tournage s’est déroulée au Festival Acadie Rock à Moncton, le même été. Dans la série, Joseph Edgar rencontre 15 auteurs-compositeurs-interprètes et cinq groupes. On retrouve, entre autres, Lisa LeBlanc, les Hay Babies, les Hôtesses d’Hilaire, Pierre Guitard, Caroline Savoie, Radio Radio, Menoncle Jason, Laurie LeBlanc, Amélie Hall, Rock Voisine et Marie-Jo Thério. Il a choisi des auteurs-compositeurs qui avaient lancé un album au cours des deux ou trois dernières années dans divers genres musicaux. Avant l’apparition de Marie-Jo Thério sur la scène montréalaise, la musique acadienne était confinée à des stéréotypes folkloriques ou traditionnels, note le cinéaste.

«On disait musique acadienne et c’était automatiquement un violon, un accordéon ou autre. C’était un de mes désirs de démontrer qu’on joue dans d’autres genres.»

Certains musiciens ont choisi de s’exiler à Montréal, tandis que d’autres sont restés en Acadie. Si la métropole présente plusieurs avantages pour les musiciens, il reste que le cinéaste a cherché à offrir divers points de vue sur la question. Dans cette quête cinématographique, il souligne l’influence des concours comme le Gala de la chanson de Caraquet, Accros de la chanson et le Festival international de la chanson de Granby qui ont offert des tremplins importants pour les artistes de l’Acadie, ainsi que l’impact des réseaux sociaux.

«Il n’y a pas une seule réponse. C’est pour ça qu’il a fallu explorer toutes les raisons.»

Le documentaire offre un bon survol de l’ensemble du phénomène qui fournit énormément d’informations. Certains diront peut-être qu’il manque tel ou tel artiste, mais le cinéaste précise qu’il ne pouvait pas inclure tous les musiciens de l’Acadie. Il y a moins une cinquantaine d’artistes et de groupes qui gagnent leur vie en musique francophone.

«L’objectif n’est pas de dresser une liste d’artistes, mais d’arriver à avoir un point de vue global de la situation de la musique faite par les artistes acadiens.»

Version long métrage

Phil Comeau prépare une version long métrage qui regroupera les meilleurs moments des deux épisodes du documentaire, et ce, sans pause publicitaire. Il envisage aussi de retravailler un peu la structure afin qu’elle soit mieux adaptée au grand écran. La première du film est prévue au Festival international du cinéma francophone en Acadie (FICFA), en novembre.

Après avoir été présentés sur ARTV, les deux épisodes de la série documentaire seront diffusés en rafale sur Radio-Canada Acadie, jeudi à 21h. La série sera présentée ultérieurement au réseau national et sur Tou.tv.