Charles Aznavour est décédé à l’âge de 94 ans

Le légendaire auteur-compositeur-interprète français Charles Aznavour est décédé au cours des dernières heures à l’âge de 94 ans, a annoncé lundi le ministère français de la Culture.

Celui qui «s’voyait déjà en haut de l’affiche» est né à Paris le 22 mai 1924 d’un père chanteur et d’une mère comédienne ayant fui l’Arménie pour ouvrir un restaurant dans la capitale. Monté sur les planches dès l’âge de neuf ans, cet enfant de la Rive gauche abandonne le théâtre pour assouvir sa passion du music-hall.

Charles Aznavour ne s’est jamais laissé aller. Vedette internationale du music-hall, à la fois comédien, chanteur, compositeur et pianiste, le «petit Charles» n’a cessé de montrer au fil des ans un amour de la musique et de la vie inchangée.

Pianiste-accompagnateur, il commence à composer pour Maurice Chevalier et Edith Piaf dans les années 1940. Cette dernière le pousse à interpréter ses propres compositions.

Souvent comparé à Sinatra, Aznavour a toujours rejeté cette étiquette de premier «crooner» de France.

«Je suis un compositeur à qui il arrive de chanter ses propres chansons», a-t-il coutume de dire. Il en a ainsi écrit plus de 800, principalement pour Piaf, Gilbert Bécaud, Juliette Greco et même Johnny Hallyday.

Tout au long de sa carrière, il triomphe à l’Alhambra, à l’Olympia mais aussi à l’étranger comme aux États-Unis, où il passa un an après-guerre à New York avec Piaf, sans parler des spectacles en duo avec son amie Liza Minelli. Sur scène, les succès s’enchaînent: «Tu t’laisses aller», «Je m’voyais déjà», «For me, formidable», «La Mamma», «La Bohème», «Les plaisirs démodés»…

Également excellent comédien, Aznavour a timidement commencé sa carrière dans «Les Disparus de Saint-Agil» de Christian-Jaque en 1938. Mais on retient surtout «Tirez sur le pianiste» de François Truffaut (1960), «Un Taxi pour Tobrouk» de Denys de la Patellière (1962), «Paris au mois d’août» de Pierre Granier-Deferre (1965), «Le Tambour» de Volker Schloendorff (1979), «Les Fantômes du chapelier» de Claude Chabrol (1982) ou «Ararat» du Canadien Atom Egoyan, sur le génocide arménien (2002).

Car Shanoun Varenagh Aznavourian, de son vrai nom, n’a jamais oublié ses racines arméniennes. Nommé ambassadeur itinérant pour l’action humanitaire en 1993 par le président Levon Ter-Petrossian, il a créé la fondation «Aznavour et l’Arménie» après le séisme de 1998. En janvier 2001, il saluait la reconnaissance par le Parlement français du génocide arménien, et en avril 2003 il participait à l’inauguration à Paris d’une statue aux victimes du génocide.

L’homme soutient aussi la lutte contre le sida, la liberté de la presse, ou la lutte contre l’insécurité routière. En avril 2002, il a signé avec d’autres célébrités l’appel du Collectif «Vive la France» à aller «chanter la Marseillaise, pour la République et contre Le Pen» à Paris. «Si Le Pen avait existé à l’époque (de l’immigration de mes parents), je ne serais pas né en France», note-t-il.

Il est présent sur tous les fronts: fin 2002, il ouvrait un restaurant, La Bohème, à Aix-en-Provence. Il a publié des livres, enregistré des disques, tourné pour le cinéma et la télévision.

Pour ses 80 ans, Charles Aznavour a chanté au Palais des Congrès de Paris du 16 avril au 22 mai.

Il avait déjà chanté au Palais des Congrès d’octobre à décembre 2000, avant d’effectuer une tournée en France, en Belgique et en Suisse jusqu’à fin avril 2001. L’année suivante, infatigable, il repartait pour une nouvelle tournée au Québec, et donnait également des concerts en Allemagne et au Bénélux.

La réussite exemplaire de Charles Aznavour a également été consacrée par les sondages: en 1999, 25 pour cent des Français l’ont désigné comme le chanteur du siècle, derrière Johnny Hallyday et les Beatles. La même année, les lecteurs internautes de CNN et de Time l’ont carrément choisi comme le chanteur du siècle, devant Elvis Presley et Bob Dylan. Après des débuts difficiles, Aznavour avait alors pu dire «Merci la vie».

Le chanteur n’a pas ralenti au milieu des années 2000. Après une «tournée d’adieu» qui n’en sera pas une, amorcée en 2005, il a présenté de nombreux concerts à Paris au cours de l’année 2007.

En 2009, il a revisité sur un album ses plus grands succès en version jazz en compagnie du Clayton Hamilton Jazz Orchestra.

Pour souligner ses 90 ans, en 2014, il a entrepris une tournée mondiale l’ayant mené d’Israël aux États-Unis en passant par la Pologne, la Russie, l’Allemagne, le Canada et bien plus.

Un nouvel album, «Nostalgia», est attendu pour 2015.