L’Acadie atterrée par la mort de Charles Aznavour

L’annonce du décès de Charles Aznavour retentit en Acadie. Et c’est peu dire. Nombre de nos concitoyens pleurent publiquement la mort de ce géant de la chanson française sur les médias sociaux. Pour certains, comme Sandra Le Couteur et Michel Carpentier qui, de leur voix, portent son oeuvre sur scène depuis des années, ce départ se vit aussi péniblement que la perte d’un membre de leurs familles, nous confient-ils tous deux.

Sandra Le Couteur se rappellera désormais de la date du 1er octobre toute sa vie. Depuis hier (lundi) elle vit un deuil aussi sincère que violent.

«La nouvelle de son décès m’a fessé en plein coeur pareil comme quand j’ai perdu mon père récemment; je ne blague pas», souligne-t-elle, la voix étranglée par des sanglots.

Depuis les tous débuts de sa carrière, et même avant, Sandra Le Couteur est une véritable passionaria de la chanson française, et Charles Aznavour y occupe une place centrale. Son premier contact avec ses mots remonte même à l’enfance, dit-elle d’un ton doucereux.

«J’avais 10 ans quand j’ai entendu pour la première fois la chanson Et pourtant. Quand j’ai entendu les paroles ‘‘J’arracherai, sans une larme, sans un cri – Les liens secrets qui déchirent ma peau’’, je prenais vraiment ça au premier degré! Ç’avait vraiment l’air à lui faire mal! J’aimais le drame qui se jouait dans cette chanson-là, comme dans plusieurs autres», confie la chanteuse native de Miscou.

Tout au long de sa vie, poursuit-elle en reprenant un timbre grave et près des larmes, les chansons d’Aznavour l’auront tantôt consolée, tantôt exaltée, tantôt encore vivifiée.

«Son oeuvre représente toute ma vie. C’est dire à quel point il a été présent et essentiel dans tout ce que j’ai vécu ou fait. En écoutant les reportages à son sujet dans les dernières heures, j’ai eu l’impression de revoir ma vie comme dans un film. Je ne pensais pas pleurer autant. Je suis vraiment bouleversée», déclare-t-elle en défaillant au bout du fil.

«Comme s’il faisait partie de ma famille»

Le téléphone et la page Facebook de Michel Carpentier ne dérougissaient pas lundi, depuis l’annonce du décès de Charles Aznavour. Entre deux épisodes de sanglots, l’interprète, qui roule justement sa bosse ces jours-ci avec un spectacle-hommage en chansons à ce grand disparu, se surprend à lire et à écouter les nombreux messages de condoléances – littéralement – qu’il reçoit.

«C’est vraiment spécial. Je ne m’attendais pas du tout à ce genre de réactions du public à mon égard. Je reçois des appels et des messages de partout au pays et même de la France. Les gens me témoignent leur soutien comme si je venais de perdre un membre de ma famille», avoue-t-il, sous le choc.

À l’instar de sa collègue féminine, lui aussi faufile sa voix dans les mots et la musique d’Aznavour depuis plusieurs années. Près de 15 ans pour être précis. Son plus récent spectacle, Les jours heureux d’Aznavour, roule depuis déjà quelques mois. Comble du destin, deux représentations sont prévues cette semaine: jeudi à Edmundston (Centre des arts, à 20h) et dimanche à Madran (Studio 65, à 14h30).

À n’en pas douter selon Michel Carpentier, ces deux prestations prendront une autre dimension.

«Comme son décès est tout frais, nous ne sommes pas encore rendus à l’étape de la mémoire lointaine. Pour la plupart des gens, il est encore vivant et ce sentiment demeurera certainement pour encore quelques semaines. Mais c’est clair que, personnellement, je vais être encore plus porté par sa lumière et son énergie lors de mes spectacles. Malgré ma tristesse, je suis quand même content de pouvoir continuer, à quelque part, d’être un porte-parole de son oeuvre. C’est même lui qui, sans me connaître, m’a confirmé à quel point j’étais heureux de chanter et que c’est ça que je voulais maintenant faire pour le reste de ma vie», assure Michel Carpentier.