À la découverte du père de l’art moderne acadien

La Galerie Beaverbrook propose de revisiter les créations de Claude Roussel par le biais d’une série de maquettes de ses œuvres sculpturales qui, depuis plus de 50 ans, enrichissent l’architecture et l’espace public d’ici et d’ailleurs.

Au fil des années, les sculptures publiques de Claude Roussel ont pu être admirées un peu partout au Nouveau-Brunswick, mais qu’en est-il des maquettes et des études ayant mené à la création de ces œuvres souvent monumentales? À moins d’être allé à sa résidence à Cap-Pelé ou à la Galerie d’art Beaverbrook récemment, le public y a très peu accès. C’est la première fois que la Galerie d’art de la capitale provinciale s’intéresse aux œuvres de l’artiste acadien de cette façon. Le conservateur de la galerie John Leroux qui est aussi architecte connaît bien le travail de Claude Roussel pour lequel il voue un grand respect. Il tenait à offrir un espace à l’artiste dans la nouvelle galerie permanente dédiée à l’art du Canada atlantique.

«Je me suis demandé comment on pouvait le faire avec toute son histoire et son œuvre qui est très variée. Quand j’ai visité sa maison, j’ai vu des douzaines de maquettes de ses œuvres. Il a fait des maquettes pour toutes ses sculptures et j’ai pensé que ce serait une bonne manière de montrer toute sa pratique, sa discipline et les matériaux avec lesquels il a travaillé et l’éventail de son œuvre», a expliqué John Leroux.

L’exposition qui sera en montre pendant plusieurs années regroupe au-delà d’une vingtaine de maquettes de ses sculptures allant du milieu des années 1950 aux années 1980, ainsi que quelques dessins lui ayant servi de guide pour la réalisation de ses œuvres. C’est donc au moins 30 années de travail qui est représenté dans cette collection. Ce sont en quelque sorte des sculptures miniatures.

«Pour moi, ça représente la vision d’un artiste exceptionnel, le père de l’art moderne acadien dans la province et au Canada. Il y a la moitié des pièces qui sont figuratives et l’autre moitié qui est complètement abstraite. Ça donne l’étendue de sa vision.»

La collection comprend des pièces en bois, en acier, en plâtre et en carton. Pour ses sculptures de pierre, il utilisait le plâtre dans la création de ses maquettes. Le conservateur souligne que les sculptures de Claude Roussel se retrouvent un peu partout dans la province, au Canada et dans le monde, comme au Québec, en Ontario, à Terre-Neuve et en Corée. Il fait remarquer que bien des gens ne savent pas que ces sculptures en lien avec l’architecture et l’espace public sont l’œuvre de Claude Roussel. Environ deux tiers des maquettes en montre à la Galerie Beaverbrook sont des sculptures intégrées à des édifices de diverses régions de la province. On retrouve, entre autres, la maquette de la sculpture de bronze sur la tour de contrôle de l’aéroport de Fredericton, ou encore celle de la sculpture à l’Hôtel de Ville de Saint-Jean. John Leroux estime que l’architecture a besoin de l’art public pour être bien vivante. Cette exposition est importante à ses yeux puisqu’elle témoigne de l’histoire de l’art moderne au Nouveau-Brunswick.

«C’est une manifestation de l’esprit de la renaissance acadienne en trois dimensions. C’est vraiment lui qui a donné forme à l’arrivée de l’esprit moderne acadien.»

Un artiste d’avant-garde

Joint à sa résidence, Claude Roussel s’est dit très honoré d’avoir cette collection à la Galerie Beaverbrook. «Ça me touche. C’est un très bel espace et c’est bien éclairé», a confié cet artiste souvent perçu comme étant en avance sur son temps.

Chaque œuvre a sa propre histoire. Il se souvient de la sculpture à l’Hôtel de Ville de Saint-Jean qui avait suscité beaucoup de réactions en 1972.

«C’était trop progressif pour le temps en 1972. Les gens n’étaient pas trop d’accord avec ça, mais aujourd’hui, ils sont vraiment fiers de cette sculpture. Souvent, ils s’en servent comme symbole de la ville.»

La Galerie Beaverbrook a été un jalon important dans son parcours artistique. Après avoir enseigné l’art dans les écoles de la région d’Edmundston pendant trois ans, Lord Beaverbrook l’a embauché de 1959 à 1963, comme directeur adjoint de la galerie.

«C’est Lord Beaverbrook qui a fait en sorte que je suis resté dans la province. Vu que les administrateurs des écoles de la région d’Edmundston avaient mis fin au cours d’art, j’aurais pu m’en aller au Québec, mais Lord Beaverbrook m’a fait une offre. Il m’avait surtout embauché parce qu’il voulait que je sois une sorte de promoteur des artistes acadiens et c’est ce que j’ai essayé de faire toute ma vie.»

C’est à cette époque que Claude Roussel a réussi à convaincre le recteur du Collège Saint-Joseph et recteur-fondateur de l’Université de Moncton, le père Clément Cormier de mettre en place l’enseignement des arts visuels au programme de l’institution universitaire.