Les enfants d’Adam: Dorothée Berryman dans un rôle en or

Élizabeth est un personnage en or comme il s’en écrit rarement pour les femmes de sa génération, confie la comédienne Dorothée Berryman qui sera de passage en Acadie pour présenter la pièce Les enfants d’Adam de l’auteure islandaise Audur Ava Olafsdottir.

À l’écran, au microphone, au théâtre ou encore sur la scène comme chanteuse de jazz, la comédienne Dorothée Berryman qui a joué, entre autres, dans les films Le Déclin de l’empire américain et Les invasions barbares de Denys Arcand n’a plus vraiment besoin de présentation. Dans Les enfants d’Adam, l’actrice à la voix chaleureuse, animée par une joie de vivre insatiable, incarne Élizabeth; une veuve qui découvre avec étonnement le regard que ses enfants portent sur elle. En entrevue à l’Acadie Nouvelle, elle souligne qu’elle est ravie d’avoir accepté ce rôle parce que plus elle joue, plus elle découvre des choses.

«C’est un rôle extrêmement bien écrit. C’est un vrai rôle avec de la moelle après l’os. C’est vraiment un personnage dans toutes ses dimensions et puis, j’aime son humour, sa façon de jouer des tours, j’aime son amour de la vie», a déclaré Dorothée Berryman.

Traduite de l’islandais au français, cette pièce créée pour la première fois en Amérique par le Théâtre de l’Opsis est présentement en tournée. Dans ce huis clos familial tragicomique et déjanté, il est question de souvenirs, de ceux qui forgent nos histoires. Qui détient les droits d’auteurs dans une famille? La mémoire peut parfois jouer des tours. L’action se déroule pendant un brunch. Élizabeth a invité ses enfants à la maison afin de leur dévoiler ses projets d’avenir. Il y a le fils qu’elle n’a pas vu depuis longtemps, ses deux filles qui vivent tout près et le gendre. Ceux-ci arrivent au brunch un peu en catastrophe, s’imaginant le pire, croyant que leur mère est mourante. En réalité, ils ont hâte de placer leur mère qu’ils considèrent comme une vieillarde pour récupérer la maison et l’argent. Si la situation peut sembler du déjà vu au théâtre, il reste que l’approche de l’auteure est singulière, mentionne Dorothée Berryman. Bien connue pour son roman Rosa Candida, Audur Ava Olafsdottir s’est intéressée à la portée des mots, à leur signification et aux souvenirs.

«On arrange l’histoire comme on la comprend sur le coup. L’auteure joue tout le temps sur ces ambiguïtés. Elle s’intéresse aux mots qui n’expriment pas toujours ce que l’on veut dire. Il y a des chorégraphies dans le spectacle qui sont là pour exprimer ce que les personnes n’expriment pas en mot.»

Si certains éléments s’inspirent du théâtre de l’absurde, au fil de l’histoire, on se rend compte qu’on est dans la réalité, mentionne la comédienne.

«Je pense que c’est une pièce qui est très encourageante parce qu’elle invite à vivre chaque moment, à goûter à la vie. L’auteure a un sens de l’humour très personnel. Je ne connais pas personne qui écrit comme elle et en même temps, elle a un amour de la vie.»

Après une absence de la scène théâtrale pendant plusieurs années, Dorothée Berryman est remontée sur les planches, il y a six ans. Celle qui exerce ce métier depuis plus de 50 ans a joué plusieurs rôles au théâtre. Elle adore le travail d’équipe au théâtre.

Fille de cultivateur, la comédienne autodidacte qui a fait ses débuts à la radio à Québec et dans une troupe de théâtre amateur à l’Université Laval n’était pas nécessairement prédestinée à une carrière artistique. En lui offrant le rôle d’Élise dans la pièce Pygmalion, l’homme de théâtre Paul Hébert lui a donné des ailes. C’est ce qui l’a convaincu de quitter Québec pour Montréal en 1972 afin de poursuivre une carrière d’actrice.

«C’est aussi la réalisation de tout ce que le théâtre pouvait apporter aux gens et comment ça pouvait les toucher et qu’on ne faisait pas ça juste pour soi, mais pour les autres aussi.»

En grande forme

Quand Dorothée Berryman se prépare pour un rôle, elle ne lésine pas sur le travail. En plus des séances de Pilates pour maintenir la forme physique, elle s’entraîne vocalement.

«C’est très important parce que si on n’a pas l’entraînement, on ne peut pas survivre à une semaine de spectacles six soirs par semaine et être capable de donner toute la variété de nuances d’un personnage.»

Habituellement, elle essaie de mémoriser son texte le plus tard possible. En étant à l’écoute des autres pendant les répétitions, elle a trouvé une façon de travailler plus organique, moins rude sur l’esprit.

«Je trouve que la mémoire est un objet particulier dans le sens que si je mémorise tard, je m’aperçois que je sais à peu près tout sans avoir fait l’effort de mémoriser à force de le dire.»

Au cinéma, elle vient d’être récompensée par le Festival international du film Canada-Chine comme meilleure actrice pour sa performance dans le film Innocent de Marc-André Lavoie.

Les enfants d’Adam est présentée au Centre culturel de Caraquet le 10 octobre à 19h30 et au théâtre l’Escaouette à Moncton, le 11 octobre à 19h30. La distribution comprend aussi Caroline Bouchard, Sébastien Dodge, Marie-Ève Pelletier et Étienne Pilon. La mise en scène est de Luce Pelletier assistée de Claire L’Heureux.