Dans les coulisses du mythique Théâtre du Soleil

Un Arménien qui joue un Pakistanais, un Chilien qui incarne un Indien ou encore un Français dans la peau d’un Britannique; les cultures n’appartiennent à personne, considèrent les comédiens du Théâtre du Soleil, dont le travail repose beaucoup sur la force créatrice collective.

Fondé à Paris en 1964, le Théâtre du Soleil figure parmi les rares troupes de théâtre qui emploie encore une équipe permanente. Ils sont environ 70 personnes d’une trentaine de nationalités différentes, incluant une quarantaine de comédiens, à oeuvrer au sein de cette compagnie qui propose un théâtre engagé s’appuyant sur le travail collectif. C’est cette compagnie qui crée avec Robert Lepage le spectacle Kanata ayant suscité une polémique en raison de l’absence de comédiens autochtones. Invités par Satellite Théâtre, deux comédiens de la troupe Dominique Jambert et Vincent Mangado sont de passage à Moncton afin d’offrir des stages de formation à une quinzaine d’acteurs de l’Acadie.

Les cultures ne sont les propriétés de personne, a affirmé la directrice et fondatrice de la compagnie Ariane Mnouchkine dans une entrevue à Télérama en réponse à la controverse entourant Kanata et l’appropriation culturelle.

«L’appropriation culturelle pour nous, c’est abstrait comme l’air qu’on respire. On ne peut pas privatiser ça. La propriété intellectuelle ça existe et c’est très différent, mais la culture c’est autour de nous et ça appartient à tout le monde. Le fait qu’on soit tant de nationalités différentes dans la troupe, je pense que ç’a donné à Robert Lepage la vision de travailler ce projet qu’il avait déjà dans ses tiroirs avec nous», a partagé Vincent Mangado.

Très tôt dans l’histoire du Théâtre du Soleil, des comédiens de l’étranger se sont joints à la troupe, surtout en raison du contexte politique qui régnait dans certains pays.

«D’abord le Théâtre du Soleil a fait une association d’aide internationale aux artistes par laquelle on aidait les gens à obtenir l’asile politique en provenance de pays où ils étaient victimes d’oppression liée à leur profession d’artistes.»

Certains sont restés avec la troupe par la suite. Vincent Mangado souligne que chacun arrive avec son bagage, sa richesse et son trésor dans la troupe.

«Quand on dit que dans une troupe, on est plus fort ensemble que séparément, ça c’est un exemple concret de ce chacun apporte au trésor collectif.»

Le directeur artistique de Satellite Théâtre, Marc-André Charron, a rencontré les deux comédiens lors d’un stage d’observation chez Ex Machina pendant qu’il travaillait à la création de Kanata.

«On avait envie d’aller un peu ailleurs et de proposer quelque chose de différent pour nous et pour les gens de Moncton. Puis on s’est dit pourquoi ne pas inviter les amis du Soleil (…). Des troupes permanentes comme le Soleil qui travaillent jour après jour sur les mêmes oeuvres, on en rêve, mais on n’en a pas sur notre territoire», a mentionné Marc-André Charron.

Pendant une semaine, les deux comédiens français se sont installés à la Salle Bernard-LeBlanc à Moncton afin de partager leur façon collective de travailler, à partir de la musique, d’improvisations, tout en explorant la mise en forme et la préparation d’une scène.

«On essaie de partager l’artisanat qu’on pratique. Et notre métier c’est de l’artisanat», a poursuivi le comédien français.

Les gens intéressés à découvrir le travail de ce théâtre peuvent assister à une classe ouverte ce vendredi à 15h30 à la Salle Bernard-LeBlanc.

«C’est magnifique parce qu’ils sont extrêmement généreux. Ils se jettent dans le travail. On leur dit quelque chose, ils prennent, ils retournent, ils ratent et ils continuent le travail. On sent le plaisir qu’ils ont d’être là et ça, c’est nourrissant», a ajouté Dominique Jambert en parlant des comédiens acadiens.

Kanata

Après avoir d’abord été annulé, le spectacle Kanata sur l’histoire des Premières nations sera finalement présenté à Paris en décembre. Si la distribution reste inchangée, le titre et le contenu du spectacle ont été modifiés. Il s’intitule désormais Kanata – Épisode 1- controverse.

«Le spectacle ne sera pas le même parce qu’on est passé à travers toutes ces controverses. Le spectacle ne peut pas faire comme s’il n’avait pas vécu ça et nous avec. Ariane et Robert ont décidé de se concentrer sur la troisième partie du spectacle qui porte en elle les graines de la réponse à ça et de développer ça», a indiqué Dominique Jambert qui joue dans le spectacle.

Face au retrait du producteur des États-Unis, la production a perdu des moyens financiers. Robert Lepage signe donc la mise en scène sans rémunération, et le Théâtre du Soleil, qui devient le seul producteur, a dû réduire un peu l’ampleur de la pièce. Vincent Mangado précise que la distribution n’est pas modifiée parce que la composition de la troupe n’a pas changé. Il espère que le spectacle pourra voyager.

«J’espère bien que les coproducteurs qui se sont retirés vont s’en mordre les doigts», a ajouté le comédien.