Wilfred: l’essentiel

Wilfred avait fait le buzz sur dans les réseaux sociaux en lançant sa très belle chanson Fort McMurray en avril 2014. Ça ne faisait même pas un an qu’il avait sorti Je poursuis ma route, joli 5e album aux sonorités folk avec lequel il a tourné jusque dans les derniers mois. Pas de presse, donc, pour engraver du nouveau matériel. Mais Wilfred l’admet: il avait créé des attentes, une «belle erreur» de marketing trop précoce qui a été, néanmoins, une source de motivation, d’autant plus que peu de temps après, il amorçait un grand virage dans sa carrière ainsi que dans sa vie personnelle.

Il est enfin là, le nouveau disque de Wilfred Le Bouthillier, dans les bacs depuis quelques minutes à peine. Pas de titre en couverture; que son prénom bien en vue faisant presque oublier son nom de famille, écrit plus petit en-dessous. Ce détail graphique est d’ailleurs tout à fait volontaire, précise celui qui est désormais seul capitaine à bord de son navire artistique.

«Aucun autre album que j’ai fait n’est plus 100% moi que celui-là. C’est du «Wilfred» tout court, parce que les gens qui m’encouragent depuis 15 ans aiment m’appeler seulement par mon prénom. Ils font bien; ça démontre même la force de notre relation mutuelle qui s’est installée entre mes fans et moi», souligne-t-il avec grand enthousiasme.

Les attentes du public ne seront pas déçues. Oui, Fort McMurray s’y trouve – qui plus est avec de nouveaux arrangements qui lui sied très bien – tout comme Ça fait mal, puissant cri du cœur coécrit avec sa blonde et brunette actrice Jézabel Drolet pour le film Burn Out ou La Servitude Volontaire, dans lequel celle-ci tient le rôle principal féminin. Le premier extrait radio, J’attendrai, aussi coécrit avec sa douce moitié, trône déjà au sommet du palmarès de l’ARCANB.

Le disque éponyme de 11 pistes comprend également d’autres perles, comme Carré St-Louis, littéralement un court-métrage musical au centre duquel est mise en scène l’itinérance; All in, au galop endiablé qui défonce la baraque un peu comme l’Acadien l’a fait en jouant son va-tout depuis sa séparation d’avec Productions J pour fonder ses propres étiquettes de disques et de spectacles; La croisée dans laquelle il se confie sur sa rencontre aussi improbable que salutaire avec sa compagne des dernières années; ou encore Petit voilier, allégorie-bilan de sa propre vie.

«Car j’ai souvent rapiécé mes voiles et je suis allé à contre-courant parfois, mais maintenant, je laisse juste le vent souffler et m’emporter là où il veut», dépose-t-il doucement en ajoutant que les cinq dernières années et leurs chambardements, accompagnés de ses 40 ans qui ont sonnés en mai dernier, lui ont permis de prendre du recul ainsi qu’un nouvel élan.

«Je sais davantage ce que je ne veux pas faire que ce que je veux faire. Ç’a l’air drôle à dire comme ça, mais au final, ça revient à dire que je fais dorénavant ce que j’aime avant tout. Je ne me stresse plus avec une direction artistique ou de carrière obligatoire; j’y vais comme je le sens, un peu lorsque j’ai quitté Productions J pour démarrer à mon compte. J’ai appris à me faire confiance au fil des années et à déléguer des tâches que je ne peux pas faire seul. Veux, veux pas, une maison de disques et une agence de spectacles, c’est beaucoup de travail administratif. J’ai dû très tôt embaucher des gens pour s’occuper de pleins de choses entourant tout ça pour me permettre de continuer de composer. Mais depuis les deux dernières années, je peux te dire que je n’ai jamais été été aussi créatif! Comme plusieurs personnes aient accepté rapidement d’embarquer avec moi dans mes nouveaux projets ont aussi confirmé que j’avais fait le bon choix en entreprenant ce virage-là.»

En droite ligne avec Je poursuis ma route sur le plan sonore, le nouvel opus éponyme de Wilfred «sent encore plus la terre», dira-t-il en éclatant de rire; un peu moins pop, plus folk, plus roots que le précédent, gracieuseté entre autres des cordes violonnées de Jean-Frédéric Lizotte, qui accompagne Wilfred ainsi que Les Gars du Nord depuis quelque temps.

«Mes fans de la première heure ne seront pas dépaysés dans mon nouvel album, même s’il est moins pop. J’ai voulu me rendre à l’essentiel sur le plan musical, retrouver des racines qui sont en moi depuis toujours. De tout ce que j’ai pu faire dans ma vie, cet album-là est la chose dont je suis le plus fier, après mon fils! J’ai tellement hâte de le sortir!», exprime Wilfred d’un ton plus jouvenceau que mature.

Wilfred procédera au seul lancement officiel de son 6e album dans sa terre natale le 18 octobre, à 19h, à l’Académie Sainte-Famille de Tracadie.

Le disque constitue le deuxième titre sous l’étiquette 2W Disque, après l’album de Noël des Gars du Nord, paru il y a 11 mois.