Le 28e Salon du livre de Dieppe ouvre une fenêtre sur la poésie

Sortir la littérature des livres et de ses cadres habituels pour aller à la rencontre des lecteurs; voilà ce que s’est donné comme mission la revue de création littéraire Ancrages qui propose cette fois-ci un projet poétique sous forme de correspondance.

La coordonnatrice de la Revue Ancrages, Sonya Malaborza, se souvient du sentiment qu’elle a ressenti en ouvrant son courrier pour y découvrir un poème de l’auteur français Jacques Jouet.

«Je reçois la plupart du temps des factures et des fois quand je suis chanceuse, je reçois un chèque, mais le plus souvent ce sont des choses vraiment plates. Un jour, Jacques Jouet a décidé de m’écrire un petit poème qui était une réflexion sur le mouvement d’un vêtement sur une corde à linge et de me l’envoyer par la poste. En lisant le poème, ça m’a donné un moment d’arrêt et un beau moment juste pour moi», a exprimé la coordonnatrice et traductrice littéraire de Moncton.

Ce nouveau projet poétique de la revue Ancrages figure parmi les activités ayant donné le coup d’envoi au 28e Salon du livre de Dieppe, qui propose des milliers d’ouvrages répartis dans 52 kiosques et la rencontre avec près de 80 auteurs invités. Tout près de la scène principale du salon, au Collège communautaire du Nouveau-Brunswick à Dieppe, une série de huit affiches poétiques et visuelles sont exposées. Les textes poétiques ont été écrits par des poètes de la France et de l’Acadie, tandis que les gravures ont été réalisées par Carole Deveau de Moncton et Natali Leduc de la Colombie-Britannique. Cette exposition s’inscrit dans le Projet poétique planétaire initié par Jacques Jouet qui, depuis le 1er avril 1992, écrit un poème par jour. Son objectif est d’envoyer un poème à chaque être humain de la Terre par la poste. À l’été 2017, l’auteur a fait un séjour avec trois autres artistes à Grand-Barachois pour écrire des poèmes et les envoyer à des gens du sud-est du Nouveau-Brunswick. Ils en ont envoyé plus d’une centaine.

«Il y a eu un foisonnement de poésie à Grand-Barachois pendant leur passage. Ils ont laissé une trace et ils nous ont confié les poèmes», a expliqué Sonya Malaborza.

À leur tour, les responsables de la revue ont eu envie de suivre ce mouvement poétique, en invitant quatre poètes de l’Acadie à écrire des textes afin de les envoyer à 80 destinataires en France. Ils ont écrit chacun une vingtaine de poèmes qui ont été acheminés par la poste de l’autre côté de l’Atlantique. Selon Mme Malaborza, la réponse des gens en France a été formidable.

Une sélection de ces œuvres sera publiée dans le prochain numéro de la revue Ancrages qui sortira en novembre. Paul Bossé de Moncton, Marie-Christine Collin de Saint-Léolin, Émilie Turmel du Québec, recrutée récemment par le Festival Frye, et Sébastien Lord-Émard de Moncton, ont participé à cette initiative épistolaire. Les poètes ont travaillé avec des contraintes puisque chacun s’est vu confier un livre (choisi à la bibliothèque Champlain) pour s’en inspirer. Le travail de l’artiste Carole Deveau a également été une source d’inspiration pour les poètes. Sébastien Lord-Émard a trouvé cette aventure littéraire très stimulante. Celui qui a reçu un livre de chants grégoriens a choisi de revisiter l’hymne Ave Maris Stella, de façon étonnante.

«J’ai voulu que mes poèmes puissent être lus individuellement ou en groupe. C’est fait un peu comme un puzzle. Dans mes poèmes, je voulais qu’on sente une diversité de personnages, d’époques et de lieux et de voir comment le monde peut être sur le bord de la destruction sur le plan environnemental et des guerres», a partagé Sébastien Lord-Émard.

Celui-ci salue ce projet planétaire qui vise à démocratiser la poésie qui, à première vue, peut sembler inaccessible.

L’exposition qui donne un aperçu du 18e numéro de la revue virtuelle Ancrages est présentée pendant toute la durée du Salon du livre de Dieppe qui se tient jusqu’à dimanche.