Rencontre avec Yvon Gallant, le peintre du quotidien

Assis devant le peintre Yvon Gallant, je le regarde dessiner. Tout en discutant de la vie, de l’art et de son cheminement, il réalise un nouveau portrait sans visage. Certains diront que ce n’est pas un portrait parce qu’il n’y a pas de visage, mais l’artiste de Moncton répond que c’est sans importance pour lui, puisque l’essentiel se trouve dans son imaginaire.

Yvon Gallant m’a convié afin de réaliser mon portrait pour l’inclure dans sa nouvelle collection sur laquelle il travaille depuis plus d’une année. Il a déjà peint 62 portraits de personnes qui ont marqué leur région, leur milieu ou encore qui s’investissent dans une cause. Ce sont des personnalités publiques ou encore des gens qui travaillent dans l’ombre, mais qui à ses yeux, ont un impact dans leur collectivité. En recevant son invitation, j’étais d’abord surprise, puis touchée par son offre. L’oeuvre d’Yvon Gallant est immense.

Celui qui pendant des années a réussi à vivre de son art tant bien que mal raconte le quotidien des gens de l’Acadie. Ses personnages sans visage qui ont défini son style ne passent pas inaperçus. Certains ont déjà dit que c’est à cause de la malformation à sa lèvre qu’il a choisi d’ignorer les visages, ou encore parce que l’Acadie est sans pays. Mais l’artiste est d’abord et avant tout animé par la quête de l’universel. Il veut aussi que ses œuvres ouvrent un espace à l’interprétation et à l’imaginaire. Il rappelle qu’il y a la photographie pour documenter de façon réaliste notre époque et les êtres humains.

Notre rencontre a lieu à la galerie Art-Artiste à Dieppe. Nous sommes assis face à face et la discussion commence. Il raconte que certaines personnes arrivent parfois habillées chics en pensant que ce sera un portrait formel tandis que d’autres se présentent simplement dans leurs vêtements de tous les jours. Bien que ses œuvres ont un aspect figuratif, il reste que la part d’imagination est très grande. L’artiste veut capter les personnes le plus naturellement possible et c’est pour cette raison que tout au long de la création, il anime la conversation pour créer une ambiance décontractée.

«Je fais une blague en disant que je suis comme un prêtre en invitant les gens à se confesser. Les gens se dégênent et ils commencent à rire et c’est là qu’ils relaxent. Parce que le but est d’examiner quelqu’un et de trouver cette personne au naturel. À force de parler, les personnes s’oublient et elles deviennent naturelles.»

La rencontre se passe dans la convivialité, sans flafla. En peignant, il me parle de son processus de création et je lui parle un peu de moi. Une fois que le dessin de la silhouette est complété, le peintre repart dans son atelier et il s’inspire de la personnalité, de la discussion et du parcours du sujet pour peindre ensuite son portrait, tout en puisant dans son imagination. À moins de bien connaître la personne, les portraits ne sont pas nécessairement identifiables, et ainsi les spectateurs peuvent s’inventer leur propre histoire. Parfois, le peintre intègre de petits indices, comme un drapeau acadien pour Jean Gaudet ou encore un insigne de Dieppe pour le maire Yvon Lapierre.

Mais somme toute, quand une personne accepte de se prêter au jeu, elle doit assumer que le résultat sera une surprise. Curieux du monde qui l’entoure, Yvon Gallant aime cette façon de travailler parce qu’il apprend à connaître les gens. Quand il leur demande d’expliquer les raisons pour lesquelles ils ont accepté son invitation, une lumière apparaît dans leurs yeux.

«On relaxe et c’est là que toute la magie se fait», confie l’artiste.

Yvon Gallant qui a réalisé 62 portraits à ce jour espère atteindre le chiffre magique de 100. Il a peint, entre autres, le portrait de l’artiste multidisciplinaire Herménégilde Chiasson, la chanteuse Sandra Le Couteur, la femme de théâtre Marcia Babineau, la députée de Caraquet et artiste, Isabelle Thériault, le cinéaste Phil Comeau, la chanteuse Marie-Jo Thério et le maire d’Edmundston, Cyrille Simard. Dans chaque région où il s’est arrêté, il a réalisé des œuvres pour sa collection. Après avoir été exposée à Caraquet et à Edmundston, la collection sera présentée à la Galerie Art-Artiste à Dieppe du 21 au 27 octobre. Le vernissage se tient ce dimanche de 15h à 17h.