Jules Boudreau signe son premier roman

Au cours de sa longue carrière, Jules Boudreau s’est surtout fait connaître pour son talent de dramaturge. À 77 ans, l’auteur de Maisonnette vient d’ajouter une nouvelle corde à son arc. Son premier roman, Les Potabrés, vient de paraître aux éditions La Grande Marée.

Le livre raconte l’histoire de Lumina Duguay, la fille unique du plus gros marchand de Cap-Saint-Pierre. Lorsqu’elle entreprend sa scolarité chez les religieuses, elle se découvre un talent pour le piano et la musique. Mais, n’étant pas encouragée par sa famille, elle épouse un pêcheur de l’île des Potabrés, une île fictive située au large de la Péninsule acadienne. L’éventuelle visite dans la région d’un universitaire, folkloriste et mélomane québécois vient bouleverser sa vie.

L’intrigue commence en 1915 et se déroule sur une période d’environ 50 ans. Mais il ne s’agit pas d’un roman historique.

«Je ne sais pas ce qui m’a amené à l’écrire. À un moment donné, il n’y avait plus trop de compagnies qui jouaient mes pièces, donc je me suis dit que j’allais essayer d’écrire autre chose», explique-t-il.

L’univers de l’île des Potabrés a vu le jour dans le premier tome de son recueil, Chroniques d’une île de la côte, publié en 1999 aux Éditions d’Acadie. Le deuxième tome a été publié en 2012 aux Éditions de la Francophonie.

«Je ne voulais pas que personne se dise que mes histoires se passent chez nous ou que c’est du monde que je connais, alors j’ai inventé une île. Évidemment, en inventant des histoires, je créais des personnages et j’imaginais leur passé. Un de ces personnages a commencé à m’intéresser. Au début, le roman s’est construit un peu dans ma tête. À un moment, je me suis dit qu’il fallait que je l’écrive.»

Au fil des ans, Jules Boudreau a reçu de nombreux éloges pour ses textes dramatiques, y compris La Bringue, Cochu et le soleil, Louis Mailloux et Requiem pour Florian. L’écriture d’un roman demande cependant une approche différente.

«Au théâtre, tout passe par le dialogue des personnages. Tu ne peux pas vraiment mettre un commentaire. Mais quand t’écris un conte, une nouvelle ou un roman, il peut y avoir très peu de dialogue. Il y a plus de liberté. Quand t’écris pour le théâtre, il faut tenir compte du contexte des personnages. Si les personnages sont des ouvriers, ils ne peuvent pas parler comme des universitaires.»

Les Potabrés?

Qu’est-ce qu’un «potabré»?

«C’est un mot local que je n’ai jamais entendu ailleurs qu’à Maisonnette», dit Jules Boudreau.

À Maisonnette, un potabré fait référence à une sorte de trou qui se forme sur une plage. À la marée basse, si on y marche dessus, il est possible qu’on y reste pris quelques instants.

Lors d’une visite récente au Salon du livre de la Péninsule acadienne, Marie-Claude Rioux, une amie de longue date, lui a partagé certains renseignements. Par exemple, le mot brai sert à décrire une substance pâteuse et gluante. Un pot à brai signifie un pot de fer dans lequel on fait fondre du brai.

«Je me suis dit que c’est possible que les gens qui sont venus coloniser la côte de Maisonnette connaissaient le mot.»