Respire par le nez: prendre un grand souffle par la danse

Au départ, il y a le tourbillon de la ville, puis un grand vent survient transportant les danseurs vers la campagne à travers les champs… Ainsi débute le grand voyage de deux petites souris qui transformera leur vie. Avec son nouveau spectacle, Respire par le nez, DansEncorps propose un retour vers l’essentiel, la respiration, qui procure le bien-être nécessaire pour faire face au monde moderne.

Incarnée par Charles Brecard, Roxanne Dupuis et Chantal Baudouin, cette nouvelle création de la compagnie de Moncton invite les touts petits à prendre un grand souffle. Sur une musique originale du compositeur Jean-François Mallet, dans un environnement visuel créé par Jonah Haché, cette chorégraphie de Chantal Cadieux s’appuie sur un conte de la regrettée Judith Hamel, Respire par le nez!, paru en 2004 aux Éditions Bouton d’or Acadie. Le spectacle revisite librement le conte par la danse. «C’est inspiré du livre, c’est pas exactement pareil, mais tous les personnages sont là», a mentionné Roxanne Dupuis.

Le conte est dédié à Chantal Cadieux; la mère de Roxanne Dupuis qui a suivi les traces de celle-ci dans le milieu de la danse contemporaine. Comme le livre, le spectacle véhicule les bienfaits que procure une bonne respiration. Le récit débute au milieu du bouillonnement et du chaos de la vie urbaine où les personnages ont dû mal à suivre le rythme effréné de la vie moderne. Ils sont balancés par le vent. Un grand tourbillon les transporte alors dans un autre monde où deux petites souris Astri (Chantal Baudouin) et Tari (Roxanne Dupuis) voyagent à travers les champs, les forêts, les sous-bois et les montagnes. Astri fait régulièrement des exercices de respiration, tandis que Tari a du mal à respirer. Au fil de leurs aventures, elles feront la rencontre de plusieurs personnages: un coq, un serpent, un rat et un chat, tous joués par Charles Brecard.

Dans la salle Jeanne-de-Valois à Moncton, une centaine d’enfants – dont plusieurs proviennent des garderies de la région – ont assisté au spectacle mardi. Les danseurs ont réussi à capter leur attention. Les enfants rient, réagissent, applaudissent et encouragent les danseurs qui recherchent justement ces réactions.

«On veut leur montrer que dans un spectacle de danse, on n’arrête pas de parler pour applaudir juste à la fin. On a le droit d’avoir des réactions, ça fait partie du spectacle. Ils apprennent ainsi qu’une salle de spectacle n’est pas un lieu intimidant. Pour nous, c’est le fun d’avoir des réactions. Ils sont jeunes, mais ils comprennent et ils posent de questions pertinentes», a indiqué Roxanne Dupuis.

Les défis de la danse contemporaine pour enfants

Créer un spectacle de danse contemporaine pour le jeune public comporte son lot de défis, conviennent les interprètes. Tout en cherchant à les intéresser au propos, les créateurs ont voulu leur proposer un véritable spectacle de danse contemporaine d’une réelle qualité qui rend justice au livre. C’est important d’être clair, tout en laissant de la place à l’interprétation.

«En soi, le défi a été de mélanger l’abstrait et le narratif et de ne pas infantiliser les enfants et de les prendre un peu plus au sérieux pour qu’ils soient éveillés par la suite», a commenté Charles Brecard.

Ils ont réussi à créer un portrait impressionniste bien ficelé qui peut plaire à la fois aux tout-petits et aux plus grands. Les interprètes livrent avec justesse et sensibilité cette œuvre qui offre un mariage de styles, allant du hip-hop au jazz en passant par la danse moderne. Originaire de la Nouvelle-Calédonie, Charles Brecard, qui habite maintenant à Montréal, estime que les jeunes ont besoin d’être éveillés à la danse contemporaine.

«Dans l’art généralement, la danse est toujours mis à l’écart ou alors cantonnée juste au ballet, au hip-hop ou à la danse compétitive alors qu’il y a une certaine éducation qui doit se faire auprès du jeune public et auprès de tout le monde pour les éveiller à cette autre forme d’art. La peinture, la musique, le cinéma, le théâtre marchent très bien, pourtant la danse a encore du mal à percer un peu partout pas seulement au Nouveau-Brunswick», a-t-il expliqué.

Petit à petit, la troupe espère éveiller les enfants à la musique, à l’art et leur donner envie de bouger. Les danseurs croient qu’il est important de leur offrir autre chose que ce qu’ils voient sur leur écran.

«On est dans une société où l’on reste souvent assis devant un ordinateur, on est le plus sédentaire possible et moins on fait d’efforts, mieux c’est, alors que l’être humain est fait pour bouger. Si ça peut les inciter à faire une activité physique, c’est important.»

Après deux représentations à la Salle Jeanne-de-Valois, DansEncorps offrira un extrait du spectacle Respire par le nez à la FrancoFête en Acadie vendredi matin, dans le cadre de la série de vitrines jeunesse. Les artistes envisagent par la suite d’entreprendre une grande tournée.