Scène francophone: l’urgence de trouver des solutions

Devant la diminution des ventes de disque, la pression est de plus en plus forte sur les diffuseurs de spectacle. Selon la directrice sortante du Réseau des organisateurs de spectacle de l’est du Québec (ROSEQ), Solange Morrissette, ceux-ci font face à un mur. Il est donc urgent de trouver des solutions et que l’État appuie activement le milieu des arts de la scène.

De passage à la FrancoFête en Acadie, Mme Morissette a participé à un panel sur l’avenir de la diffusion qui a rassemblé des diffuseurs, des programmateurs et des représentants d’artistes. Population vieillissante, changement d’habitude des consommateurs, surabondance de l’offre, multiplication du divertissement sur le web et recherche d’expérience constituent des enjeux majeurs quand vient le temps de concevoir une programmation de spectacle.

Rares sont les artistes aujourd’hui qui remplissent des salles. Comment allumer le public et arriver à se coller à un buzz? La tâche est d’autant plus ardue pour un diffuseur de l’extérieur des grands centres urbains en raison des grandes distances à parcourir, note Solange Morrissette.

«Il faut vraiment qu’il y ait une promotion nationale du spectacle vivant et que l’État soit derrière nous pour entrer dans la tête du monde que c’est wow d’aller voir un spectacle comme ils ont fait avec la campagne Participaction. Aujourd’hui, tout le monde est convaincu que c’est important de faire du sport, mais il y a toute une intention gouvernementale qui est derrière», a-t-elle exprimé.

Le travail des diffuseurs va au-delà de la présentation d’un spectacle et de la vente de billets. Ils doivent demeurer curieux de tout ce qui se fait et réussir à créer des événements. Le directeur des affaires culturelles à l’Association régionale de la communauté francophone de Saint-Jean, Rodney Doucet, convient que cela exige beaucoup d’énergie.

«Ça m’a pris 25 ans et le projet Sam chante et Zachary Richard pour arriver à avoir une salle comble», a lancé ce passionné des arts de la scène.

Il précise que le théâtre Louis-Vermeersch à Saint-Jean compte 500 places, dépassant largement les capacités du marché francophone de la région. Si la mise sur pied du Réseau atlantique de diffusion des arts de la scène a contribué à accroître l’offre de spectacle avec 76 tournées annuelles pour 513 représentations, il reste que les salles ne sont pas toujours pleines. Les membres du réseau font face à des réalités différentes. À Saint-Jean, la situation est doublement difficile avec la prédominance des couples bilingues. «Comment amener le public à prendre des risques alors que c’est pratiquement contre la nature humaine?», soulève Rodney Doucet.

«Si je prends par exemple le spectacle de Saratoga et Joey Robin Haché, ça me casse le coeur de savoir que les gens ne sont pas venus en masse. Mais une quarantaine de personnes se compare très bien au prorata à une salle comble à l’Impérial, qui dispose d’un bassin de population beaucoup plus grand», a précisé celui qui songe sérieusement à changer la configuration de sa salle pour la réduire à 150 places.

Trouver le bon lieu pour le bon spectacle figure parmi les éléments de solution. Carol Doucet du Grenier Musique souhaite une plus grande communication entre les artistes et les diffuseurs et davantage de promotion. Elle se désole de voir que l’arrivée massive de jeunes artistes bourrés de talent coïncide avec le fait que les gens ne sortent plus.

«En général, le public connaît surtout ce qu’il y a sur les grandes chaînes. Est-ce que la solution passe seulement par les grandes chaînes et des émissions comme La Voix? Dans les émissions au Québec, il n’y a pas beaucoup d’artistes d’ici», a rappelle-t-elle.

D’ici à dimanche, les diffuseurs assisteront à une cinquantaine d’extraits de spectacle afin de concocter la programmation de leur prochaine saison dans l’espoir d’attirer du public dans leur salle.