Les artisans de l’atelier: un documentaire sensible et authentique

Dans la vallée de Memramcook, il existe une petite place pas comme les autres… Ainsi débute le tout nouveau documentaire de Daniel Léger, les artisans de l’atelier, qui met en lumière un petit trésor d’humanité.

Situé dans une ancienne école de Memramcook, l’atelier l’Artisan emploie une quinzaine de personnes à besoins spéciaux qui recyclent le verre, le papier, trient les bouteilles et les cannettes consignées, fabriquent des cadeaux, des meubles, font des recettes et développent leurs habiletés sociales. Daniel Léger suit leur quotidien avec sensibilité et bienveillance. Produit par l’ONF, ce troisième documentaire du cinéaste de Saint-Thomas témoigne d’une histoire d’amitié, de fraternité, d’amour et d’entraide. Il offre au public une fenêtre intimiste et privilégiée sur cette microsociété qui est un modèle d’inclusion sociale. Les déficiences intellectuelles varient d’une personne à l’autre, mais tous s’entraident et s’appuient les uns, les autres. La grande première de ce film se tient jeudi soir au Théâtre Capitol à Moncton à l’occasion de l’ouverture du Festival international du cinéma francophone en Acadie. En entrevue, Daniel Léger confie avoir des papillons dans le ventre.

«Ça me stress un peu par rapport au fait que les artisans vont le voir pour la première fois. Mais en même temps, je suis très content, parce qu’ils vont vivre une expérience extraordinaire. J’ai hâte de voir leur réaction. Ils en rêvent et ils en parlent depuis presque une année. C’est l’aboutissement d’un rêve pour moi aussi», a exprimé le réalisateur qui a mis près de deux années de travail dans ce film.

Il leur donne la parole et leur laisse toute la place. La narration est assurée par un des artisans, Jean, qui donne son point de vue sur le monde et sur leur vie à l’atelier.

«Ici, y’a pas de stress, pas de problème, y’a juste des solutions», confie Jean à la caméra.

Une scène du documentaire Les artisans de l’atelier de Daniel Léger. – Gracieuseté

Le tournage s’est déroulé sur trois saisons. Le cinéaste a vraiment pris son temps pour tourner les images afin de ne rien provoquer. Les scènes ont été croquées sur le vif, donnant ainsi quelques moments savoureux, pleins de tendresse et d’un grand naturel. Les participants semblent même oublier la présence de la caméra. Ensemble, ils sont plus forts, témoignant ainsi de la richesse d’une collectivité.

«J’y allais et je filmais tout le temps la même routine, donc à force de voir des choses se passer, il y a des petits moments magiques qui se passaient. Ils ne jouent pas, ils font les choses comme ils le font. Je ne pouvais pas leur faire faire la même chose deux fois, même si j’avais voulu. Il a donc fallu que je sois aux aguets de ce qui se passait.»

Une visite fortuite

En allant au studio d’enregistrement à Memramcook, il passait devant l’atelier régulièrement. Un jour, il s’y est arrêté, et il a été accueilli à bras ouverts. Sa curiosité a été piquée et il a vu tout de suite qu’il y avait une histoire à tourner dans ce lieu. Avant même de commencer le tournage, Daniel Léger a passé beaucoup de temps avec les artisans afin de bâtir une relation de confiance.

«Ils peuvent nous apparaître différents, mais en fait, je voulais montrer que nous ne sommes pas différents les uns des autres. Nous sommes tous pareils et nous passons à travers la même gamme d’émotions. C’est une petite société en soi qui est exemplaire pour moi. Il y a l’amitié, l’entraide, la fraternité et l’amour.»

En tournant ce film, le cinéaste confie qu’il a appris à être le plus authentique possible. «J’ai beaucoup appris d’eux, à être vrai, sincère et authentique. C’est une amitié qui est sincère aussi.»

Certaines scènes sont très émouvantes et on y verse quelques larmes. La plupart des participants du film et leur famille seront présents à la projection jeudi qui débute à 20h. François Émond a signé la musique originale du film et on y entend quelques chansons d’auteurs-compositeurs-interprètes acadiens, dont Tourne le temps de Ronald Bourgeois. Daniel Léger a aussi réalisé Un dimanche à 105 ans et Les inséparables.

Une scène du documentaire Les artisans de l’atelier de Daniel Léger. -Gracieuseté