La disparition des lucioles: une belle leçon d’humanité

Primé au Festival international du film de Toronto, le troisième long métrage de Sébastien Pilote, La disparition des lucioles, nous transporte dans l’univers d’une adolescente, Léonie, au tournant de sa vie. Le cinéaste de Saguenay propose une œuvre nuancée sur un ton cynique et ludique.

Sébastien Pilote débarque, vendredi, au Festival international du cinéma francophone en Acadie (FICFA) avec son plus récent long métrage: un film généreux, plein de couleurs qui joue sur le cynisme et la polarisation des discours. Différent dans le ton de ses films précédents, Le Vendeur et Le démantèlement, La disparition des lucioles est une œuvre un peu plus accessible, sans toutefois aller dans le spectaculaire.

Tout demeure dans la nuance, la simplicité et la vérité. Le cinéaste s’amuse à dire qu’il a réalisé ce film un peu comme une chanson pop.

«Pour faire une analogie, je dirais que mes autres films étaient des quatuors à cordes ou des sonates pour piano et que ce film-là, je l’ai plus conçu comme une chanson populaire. Je souhaitais que ce soit plus accessible, plus généreux et plus naïf dans le bon sens du terme, en revenant un peu à des yeux d’enfant et de ne pas regarder les choses avec un regard toujours critique», a exprimé le cinéaste.

Ce n’est pas tant la psychologie des adolescents d’aujourd’hui qui l’intéressait, mais l’être humain dans son ensemble. L’action se déroule dans une ville moyenne au passé industriel au bord d’une baie. Incarnée merveilleusement bien par Karelle Tremblay, Léonie (Léo pour les intimes) est une jeune fille mécontente, révoltée, un peu étrangère dans son propre monde, qui s’apprête à terminer son secondaire. Elle vit avec sa mère (Marie-France Marcotte) et son beau-père; un animateur de radio populiste. Elle rêve de quitter sa ville. Léo déteste son beau-père (François Papineau) profiteur, dont le discours est très de droite, tandis qu’elle idéalise son père (Luc Picard) exilé dans le Grand Nord. Le cinéaste fait ainsi référence aux discours politiques actuels qui sont polarisants.

«Entre les deux, il se crée une espèce de vide et un vide des pouvoirs, un vide aussi pour Léonie parce ça crée un grand trou. Ce type de vide fait apparaître le cynisme.»

Même si une colère l’habite, elle semble vivre sa vie avec un certain détachement, en posant un regard assez dur. Dans ce vide existentiel, Léo fera la rencontre d’un musicien plus âgé sans ambition, Steve (Pierre-Luc Brillant), qui lui offre des leçons de guitare. Mais en fait, la guitare devient un prétexte à leur relation. Au fil de l’été, de son emploi dans un champ de baseball et de son amitié naissante avec Steve, Léo commencera peu à peu à attendrir son regard face à son environnement pour enfin prendre son envol.

«Pour moi, les leçons de guitare, c’est superficiel. Ce qu’on assiste est davantage à une leçon d’innocence ou de naïveté. Steve est là pour attendrir son regard.»

D’autres territoires

Le tournage s’est déroulé dans plusieurs localités du Saguenay afin de recréer une ville industrielle. La baie occupe une place importante dans la signification du récit. Il y a une ambiance qui se dégage dans le film qui rappelle certaines villes au Nouveau-Brunswick.

«Pour moi, c’est important de couvrir le territoire au niveau de l’imaginaire, qu’on puisse raconter des histoires qui se passent un peu partout, qu’on ne concentre pas tous nos efforts sur une ville ou sur une région en particulier pour des raisons économiques et de montrer des territoires et des populations qui sont différentes, ne serait-ce qu’au niveau esthétique, mais aussi du contenu.»

La disparition des lucioles a reçu de bonnes critiques en plus d’avoir obtenu un certain succès en salle. Sébastien Pilote estime qu’il fait des films du milieu, dans le sens qu’ils peuvent rejoindre des cinéphiles plus avertis et un public plus large. Dans son cinéma, Sébastien Pilote aime créer des ambiguïtés et des paradoxes.

«J’aime ça quand les gens n’arrivent pas aux mêmes conclusions en voyant le film. Être subtil et y aller avec des petits détails, plutôt qu’avec du blanc et du noir. J’aime bien les tons de gris», a ajouté le cinéaste qui en est à son deuxième passage au FICFA.

En 2011, il avait présenté son film Le Vendeur au FICFA. Cette année, il s’est presque battu pour refuser de belles invitations partout dans le monde, mais il tenait à être au rendez-vous à Moncton.

«C’est un festival qui est proche de la population. Ce n’est pas gigantesque et ça permet des rencontres sympathiques. C’est essentiel pour moi.»

Il a commencé à développer un nouveau projet autour de l’adaptation du roman Maria Chapdelaine, de Louis Hémon.

Sacré meilleur long métrage canadien au TIFF, en plus d’avoir récolté un prix à Tokyo pour la qualité du jeu de Karelle Tremblay, La disparition des lucioles est présenté ce vendredi à 19h au théâtre l’Escaouette à Moncton.