FICFA: comment survivre à la perte de sa maman quand on est enfant?

Surmonter le deuil d’un parent n’est jamais facile, d’autant plus quand on est enfant. Dans son documentaire familial Sans maman, la réalisatrice franco-albertaine Marie-France Guerrette tourne la caméra sur sa propre histoire et celle de ses proches, 22 ans après avoir perdu sa mère. Elle nous propose une œuvre immensément personnelle qui lui a demandé beaucoup de courage et d’authenticité.

La réalisatrice de Calgary de souche acadienne confie que réaliser ce documentaire l’a aidé à replonger dans le deuil pour mieux poursuivre sa vie.

«C’est comme si avant, la façon dont je vivais mon deuil était une ombre derrière moi qui me suivait. J’essayais d’oublier, mais c’était toujours là. C’était des émotions négatives, j’associais ma mère avec la mort, la solitude et la perte. Mais avec le film, j’ai transformé mon deuil et c’est comme si l’ombre m’accompagne maintenant. Au lieu de dire que ma mère est décédée, je dis maintenant que ma mère est super incroyable, elle est courageuse et elle est vivante maintenant à cause de ce film», a confié en entrevue Marie-France Guerrette.

En 1995, Mona Guerrette, la mère de la cinéaste est décédée à l’âge de 42 ans d’un cancer du sein. À l’époque, cette triste histoire avait fait l’objet d’un reportage à l’émission Second regard.
La mère et la grand-mère de Marie-France Guerrette qui vivaient éloignées l’une de l’autre (une à Régina et l’autre au Madawaska) avaient été diagnostiquées d’un cancer la même semaine et elles avaient subi leur mastectomie la même journée. Dans son film, la réalisatrice aborde le legs génétique, une question qui la préoccupe depuis longtemps. Elle subit même un test de dépistage du cancer génétique.

Née de deux parents néo-brunswickois, Marie-France Guerrette a vu le jour à Fredericton en 1981. Par la suite, sa famille est déménagée à Régina. Une grande partie de sa famille qui vit encore au Nouveau-Brunswick sera présente à la première mondiale de son film dimanche. Son père et sa sœur qui habitent dans l’Ouest feront aussi le voyage pour l’occasion.

«C’était mon rêve de faire la première au FICFA. C’est un beau festival réputé internationalement, donc pour moi comme cinéaste c’est important et aussi une grande partie de ma famille est ici. Je sentais que ce serait une bonne place pour faire honneur à ma mère et à tous ceux qui ont participé dans le film et qu’on le regarde tous ensemble.»

Celle qui travaille dans le domaine du cinéma et de la télévision depuis une dizaine d’années comme réalisatrice et productrice indépendante signe son premier long métrage documentaire avec l’ONF.

C’est aussi la première fois qu’elle réalise une œuvre aussi personnelle. Si au départ, elle voulait aborder le deuil en général, elle s’est vite rendu compte qu’elle devait raconter sa propre histoire avant de pouvoir mettre en lumière celle des autres. Une cassette que lui a laissée sa mère avant de mourir constitue le fil conducteur du documentaire.

Au rythme des témoignages de ses proches, d’amis et des films de famille, la réalisatrice redonne en quelque sorte la parole à sa mère qui l’a quittée lorsqu’elle avait 13 ans. Tout en abordant le deuil d’un point de vue personnel, elle a réalisé un film sur un thème universel et actuel qui peut rejoindre bien des gens. Le deuil chez les enfants est un concept qui n’a pas souvent été abordé au cinéma documentaire.

«Le film est terminé et maintenant j’en parle, je me sens comme libérée, légère, plus heureuse que je n’ai jamais été. Je suis comme plus vivante.»

Elle convient que tout le monde ne peut pas réaliser un documentaire pour traverser un deuil, mais toutes les formes d’art peuvent certainement contribuer à surmonter un deuil, le chagrin et la peine.

«Le deuil est un concept complètement indescriptible. Chacun le vit à sa façon. Pour moi, le film, c’était quelque chose de concret», a ajouté la réalisatrice qui a mis trois années de travail à la production de ce documentaire.

Le documentaire Sans maman est présenté au théâtre l’Escaouette dimanche à 19h.