Vague d’Acadie: d’Édith Butler à Lisa LeBlanc

Dans le documentaire Vague d’Acadie de Phil Comeau, Joseph Edgar se lance dans une vaste enquête afin d’explorer les dessous de l’effervescence et du rayonnement de la musique acadienne. Au-delà de sa quête, le film offre un portrait assez complet de l’histoire de la chanson contemporaine en Acadie, d’Édith Butler à aujourd’hui.

Après avoir réalisé la série Vague d’Acadie, en deux épisodes, le réalisateur acadien a créé une version long métrage du documentaire (Connections Productions) qui a été présentée en première au FICFA. Un bon groupe de cinéphiles, dont quelques participants du film, a bravé la tempête, vendredi, pour la première au théâtre l’Escaouette. Le film de Phil Comeau a été chaudement applaudi par les spectateurs. À travers le regard de l’auteur-compositeur-interprète Joseph Edgar, il part à la rencontre de chanteurs, de musiciens, d’experts dans le domaine musical, de programmateurs de festival, de chroniqueurs et d’agents d’artistes. Le cinéaste a choisi d’interviewer une quinzaine de musiciens comme Lisa LeBlanc, Édith Butler, Caroline Savoie, Marie-Jo Thério, Menoncle Jason, Laurie LeBlanc et cinq groupes dont Radio Radio, les Hay Babies et les Hôtesses d’Hilaire.

Selon l’agente d’artiste Carol Doucet, ce film est important pour le domaine musical puisqu’il présente l’histoire en musique de l’Acadie autant du côté de l’industrie, des artistes que de la diffusion.

«C’est superbe, c’est une espèce de legs que Phil Comeau fait à la musique acadienne.»

Les responsables de la SPAASI (Stratégie de promotion des artistes acadiens sur la scène internationale) qui ont vu le documentaire souhaitent l’utiliser pour faire la promotion de la musique acadienne à l’international. Si plusieurs facteurs expliquent la vague de popularité de la musique acadienne, il reste que l’authenticité des artistes constitue une des raisons majeures à leur succès, estime Carol Doucet.

«Il y a plusieurs facteurs, mais la raison principale qui fait que les artistes acadiens ont la cote c’est parce qu’ils sont uniques et qu’ils gardent leur style. Ils n’essaient pas d’être autre chose. C’est aussi à nous (professionnels de l’industrie) de les encourager dans ce qu’ils sont réellement sans essayer de les changer. Alors que dans les grosses boîtes, on essaie de les mouler. Ici, on fait en sorte que les artistes restent eux-mêmes et en étant plus à l’aise dans leur façon d’être. On s’en rend compte quand ils sont sur scène.»

Le film montre notamment des extraits d’archives de quelques artistes acadiens soit en spectacle ou en entrevue. Le pianiste Roger Lord, qui avait vu la série à la télévision, tenait à revoir le documentaire en version long métrage, sans pause publicitaire et avec une narration un peu plus concise. Il a souligné la qualité du montage.

Le documentaire aborde une foule de sujets très pertinents, avec en trame de fond la préparation du grand spectacle Acadie Rock aux Francos à Montréal en 2017; un point culminant de ce raz-de-marée musical acadien. Le cinéaste met surtout en lumière les aspects positifs de la scène musicale acadienne, en laissant de côté les défis financiers qui frappent l’industrie de la musique, comme la chute des ventes de disque et les salles de spectacle qui se vident.

Le documentaire de Phil Comeau était précédé du court métrage de Lucie Desjardins, Que le rideau se lève, sur la place des femmes dans le théâtre acadien. Une œuvre très révélatrice.

Nouvelle salle

Cette année, le FICFA propose des séances de projection au Cinéplex à Dieppe et au théâtre l’Escaouette. En entrant dans le théâtre du centre-ville de Moncton, on se retrouve dans une véritable salle de cinéma, mais sans l’odeur du popcorn. Des cinéphiles et le cinéaste Phil Comeau ont souligné la qualité du son et de l’image.

«D’abord ici, c’est un lieu artistique acadien. Le Cinéplex, c’est surtout une extension d’Hollywood. C’est bien qu’on puisse envahir le Cinéplex une semaine par année, mais venir ici, c’est aussi particulier. Il faut continuer», a exprimé Roger Lord.

Le projectionniste Daniel Charlebois, qui est le directeur technique du Festival de cinéma de la ville de Québec et du Festival Regard au Saguenay, souligne que les trois festivals travaillent ensemble afin de se partager le matériel nécessaire aux projections. Il est d’ailleurs embauché par les trois festivals pour assurer le bon fonctionnement des séances de projection. Il précise que la qualité de l’écran, du projecteur, des ordinateurs et de l’équipement sonore utilisé au théâtre l’Escaouette correspond aux mêmes standards de cinéma numérique que l’on retrouve dans des salles comme le Cinéplex. Le projecteur vaut environ 45 000$. Tout est certifié. Le FICFA a entrepris des démarches pour acquérir ce type de projecteur. L’écran appartient au Festival de cinéma de la ville de Québec et les ordinateurs nécessaires au calibrage viennent du Festival Regard.