Antigone, Louis Mailloux et Pélagie: même combat

Que peut-il bien y avoir en commun entre une tragédie grecque parlant d’un mythe d’il y a 25 siècles et les jeunes Acadiens? Bien plus qu’on le pense.

Ils sont une vingtaine. Pendant quelques heures, ils mettent de côté leurs téléphones intelligents pour se plonger dans l’histoire d’Antigone, une jeune femme qui paiera de sa vie pour avoir désobéi à un ordre de son roi qu’elle trouvait injuste.

Sous la gouverne d’Anne Morel van Hyfte, une Française en résidence artistique à Caraquet, ces élèves de 11e année du cours de français revisitent une pièce d’anthologie écrite et présentée pour la première fois à Paris pendant l’occupation allemande, en 1944.

Antigone, Louis Mailloux, Pélagie… Les époques sont certes différentes, mais un lien étroit lie ces trois personnes victimes de leurs convictions et de leur désir de résistance, des personnes invisibles qui vont, à leur manière, réécrire l’histoire, soupèse la metteure en scène originaire de Poitiers.

Les directives sont claires. Il faut croire en cette histoire qui est un peu la leur, répète l’artiste. Car l’Acadie a aussi fait partie des oppressés du monde et en a payé le prix fort, rappelle-t-elle.

«Les jeunes se demandaient bien au départ ce qu’on allait bien leur faire faire. Ils ont rapidement compris l’essence de ce projet. C’est génial», raconte celle qui a trouvé sa terre d’accueil vaste et généreuse.

Ils sont cinq à avoir traversé l’Atlantique pour participer à cette échange culturelle entre Narennes, en France, et Caraquet. Parmi eux, le slammeur professionnel Mathias Gourdot. En plus de guider les jeunes acteurs dans cette forme d’art pour la pièce, il fera la démonstration de son talent jeudi soir, au bar Le Bacchus de l’UMCS, à 20h15.

Anne Morel van Hyfte a permis à ses apprentis d’adapter une tragédie en un occasion de rappeler la force et la résilience de l’Acadie. D’abord en permettant qu’on ajoute au texte une partie écrite par les élèves et, à la fin, d’insérer des phrases qui font directement référence à la vie d’ici. Le tout dit en slam.

«C’est un peu comme Louis Mailloux, compare Marie-Pier Cormier, l’une des actrices. Tout comme Antigone, il s’est battu et il est mort pour ce qui était juste. Antigone a agi parce qu’elle trouvait que de ne pas enterrer son frère n’était pas juste. Ça se ressemble beaucoup.»

Samuel Marc Chiasson a été marqué par la ligne infime entre le bien et le mal. Outre les malheurs d’Antigone, la fin fait mention de plusieurs combats actuels, que ce soit le débat sur la langue, la déportation, les génocides, les guerres, le terrorisme, etc.

«Quand tu penses à tout ce qui se passe dans le monde, on peut comprendre, avec cette pièce, les différentes facettes entre le bien et le mal. Certaines parties de la pièce sont difficiles à travailler, mais ça va beaucoup mieux quand nous sommes tout le groupe ensemble. Ça montre aussi aux adultes que nous pouvons lâcher nos téléphones et qu’on peut s’engager», dit celui qui affirme adorer cette expérience des planches.

Pour leur enseignante, Louisette Bulger, ce travail a pour but de faire comprendre à ses élèves qu’ils ont un rôle à jouer dans la société acadienne.

«Ils sont les voix de demain. Ils ont saisi le message quand ils ont travaillé sur la minute de silence à la fin de la pièce. Ils ont réfléchi sur ce qui était important pour eux. Ces exemples de résistance, ils peuvent les appliquer plus tard. Ils peuvent exprimer et dire ce qu’ils ont besoin et ce qu’ils ont droit. Ils ont pris conscience de leur pouvoir», estime-t-elle.

Après des présentations devant les élèves de la polyvalente, la pièce Antigone sera présentée devant le public, vendredi soir, au Centre culturel de Caraquet, à compter de 19h30.