FICFA: l’histoire de Cocagne racontée au cinéma

Plus de 250 ans après sa fondation, Cocagne est au cœur d’un documentaire réalisé par Albénie Delacôte, qui raconte l’histoire de cette communauté rurale du sud-est du Nouveau-Brunswick à travers le regard du rappeur Gabriel Malenfant qui retourne sur la terre de ses ancêtres.

En retraçant l’histoire de Cocagne, c’est un peu aussi les débuts de l’Acadie du Nouveau-Brunswick que dépeint Pierre S. Blanchard, alias Albénie Delacôte, dans son film Cocagne de l’Acadie.

«C’est une histoire importante même pour les débuts de l’Acadie puisque les quatre premières familles de Cocagne sont celles qui ont eu les premières concessions de terre après la déportation. C’est assez marquant parce que c’est un peu le jour A de l’Acadie», a déclaré le cinéaste qui signe son premier long métrage documentaire.

L’artiste Gabriel Malenfant (Radio Radio) qui s’avère être le cousin de Pierre S. Blanchard suit les traces de leur famille commune en tentant de percer les mystères de la maison ancestrale située sur la Côte d’Or à Cocagne. Cette vieille maison de bois de 180 ans ayant appartenu à sa famille sur plusieurs générations et qui tient encore debout pourrait être démolie un jour.

La demeure qui aurait abrité la première chapelle de la communauté regorge d’histoires et de légendes. En remontant le fil de sa généalogie, il découvre le personnage de Joseph Gueguen, un des fondateurs importants de Cocagne. Notaire, juge de pays, riche marchant, il a été central à la fondation de la communauté.

«Il a eu un impact important pour l’histoire de l’Acadie. Ça me surprend tout le temps qu’on ne nous enseigne pas ça à l’école. C’est un peu ça qui m’a motivé à faire un film sur ce personnage. J’ai toujours été intéressé à son histoire et je me suis toujours demandé pourquoi il n’y avait pas d’édifice nommé en son nom», a expliqué le cinéaste en parlant de son ancêtre.

Joseph Gueguen, dont les livres ont été brûlés après sa mort, se trouve à être son aïeul à la septième génération. En choisissant le pseudonyme Albénie Delacôte comme signature au cinéma, Pierre S. Blanchard rend hommage à son arrière-grand-père Albénie et à la terre de ses ancêtres. Selon le cinéaste, bien des familles acadiennes ont des croisements entre elles.

«On voit la généalogie comme un arbre, mais je vois plus ça comme des rivières généalogiques parce que c’est relié partout. Les familles à Cocagne ont des liens entre elles qui rejoignent même les autres villages.»

Pour mener sa quête, l’artiste a rencontré des historiens, dont le regretté Régis Brun, le généalogiste Stephen White, des membres de sa famille comme son oncle Robert Malenfant et le conservateur au Musée acadien Bernard LeBlanc. Le film propose un mariage ingénieux entre les faits historiques, les mythes et les légendes qui animent la communauté. Graphiste de profession, le cinéaste a apporté une attention toute particulière à la facture visuelle du film.

Pays d’abondance

Fondé en 1767, Cocagne – qui signifie pays d’abondance – a célébré son 250e anniversaire de fondation en 2017. Le cinéaste aurait bien aimé sortir son film pour cet anniversaire, mais cela n’a pas été possible. Pierre S. Blanchard a travaillé pendant cinq ans à la réalisation de ce film. Il a lancé d’abord une campagne de sociofinancement pour le produire, mais comme il voulait réaliser un documentaire plus vaste sur l’histoire de Cocagne en utilisant la maison ancestrale comme véhicule, il s’est tourné vers Mozus Productions qui a embarqué dans le projet. Préférant être derrière la caméra, le réalisateur a fait appel à Gabriel Malenfant pour en être le narrateur.

Celui qui a une douzaine d’œuvres à son actif comme réalisateur ou coréalisateur a le sentiment de signer son premier vrai film avec Cocagne de l’Acadie. Il a coréalisé, entre autres, les courts métrages Jimmy et Le Fils du capitaine avec John Jerome et Emmanuelle Landry. Ces deux œuvres se sont même rendues jusqu’au Festival de Cannes. John Jerome collabore à nouveau avec Pierre S. Blanchard dans ce documentaire puisqu’il en signe la direction musicale.

Cocagne de l’Acadie clôture le Festival international du cinéma francophone en Acadie vendredi.

«C’est un grand honneur. Ça fait longtemps que je voulais voir mon nom comme réalisateur de film au FICFA. Même si la projection avait eu lieu un mercredi soir, j’aurai été content. De m’avoir choisi pour clôturer le festival, je suis vraiment ému. Gabriel Malenfant sera ici avec sa famille et tous les intervenants du film seront là», a ajouté le cinéaste qui espère sensibiliser le public à l’importance de l’histoire, spécialement celle qui touche directement les gens.

Le documentaire sera précédé de la première du court métrage Noah, 18 ans, de Francine Hébert et du film improvisé réalisé par Xavier Gould. La séance débute à 20h au Théâtre Capitol.