La quête pour sauver les lutins des marais

Les Acmaq, ça vous dit quelque chose? C’est un petit monde fictif habitant les marais des Maritimes, inventé par l’auteure Diane Carmel Léger pour sa nouvelle série de romans jeunesse. Les aboiteaux sont au coeur de cette œuvre fantastique.

Le premier tome Le secret de la vieille Madouesse de ce nouveau projet littéraire qui se déploiera en plusieurs volumes nous fait découvrir de petits êtres uniques et magiques menacés d’extinction. L’auteure originaire de Memramcook, qui a publié 12 livres sans compter les traductions, s’est donné comme mission de faire connaître l’histoire de l’Acadie aux jeunes par la fiction. Tous ses contes, romans et albums ont comme port d’attache les Maritimes et l’histoire acadienne. Celle qui s’est fait connaître par la trilogie de la Butte à Pétard plonge maintenant dans un tout autre univers qui relève du fantastique et du mystérieux. Le paysage des aboiteaux constitue la grande source d’inspiration de cette série jeunesse, dont le premier tome publié aux Éditions La Grande Marée a été lancé cet été. La romancière peaufine déjà le deuxième volume qui s’intitulera Les feux follets de Tatamagouche qui paraîtra au printemps 2019.

Le récit se déroule à Memramcook, le long de la baie de Fundy et à Chipoudie (Riverside-Albert). C’est l’histoire de Benoit, 11 ans, qui vient tout juste de déménager à Memramcook avec sa famille après avoir vécu au Québec. Ses parents acadiens ont décidé de revenir s’installer au Nouveau-Brunswick. Benoît a du mal à se faire accepter dans son nouveau milieu et il trouvera refuge auprès de sa mystérieuse grand-tante septuagénaire, surnommée la vieille Madouesse, qui semble vivre un peu hors du temps. Ensemble, ils découvriront l’existence d’un peuple miniature doté de pouvoirs magiques et qui se dissimule dans les marais près des digues.

Ressemblant à certains égards à des lutins ou des gnomes, ces créatures uniques qu’on appelle les Acmaq, font aussi le lien entre les Acadiens et les Mi’kmaqs. Étant menacés, ils cherchent à rassembler leurs proches qui se sont dispersés sur tout le territoire de l’Acadie. Benoît et sa grand-tante deviendront en quelque sorte leurs protecteurs. Dans le premier tome qui se lit d’un trait, on découvre ce petit peuple et on apprend à les connaître dans une histoire captivante qui plaira aux jeunes lecteurs, mais possiblement aussi aux adultes qui ont gardé une part de fantaisie. Le deuxième volet racontera leur grande quête pour rapatrier les Acmaq.

L’origine de cette série de romans remonte à l’enfance de l’auteure. À l’été 1967, Diane Carmel Léger a aperçu un petit tunnel en vieux bois dans une levée qui semblait avoir une porte à l’intérieur, lui faisant penser à l’habitation d’un gnome dans le film de Disney The Gnome-Mobile paru la même année. Elle ne savait pas encore qu’il s’agissait d’un aboiteau. C’est beaucoup plus tard quand elle est retournée vivre à Memramcook, après avoir vécu plusieurs années sur l’île de Vancouver, que son souvenir d’enfance a refait surface. Elle habitait dans une vieille maison à Saint-Joseph à quelques pas d’un sentier près d’un aboiteau.

«L’aboiteau est le symbole par excellence de l’histoire des Acadiens. J’ai pensé que c’était une bonne formule pour rendre l’histoire encore plus accessible aux jeunes. J’avais déjà fait un peu de recherche et je prenais des photos des aboiteaux et des digues parce que ce paysage me manquait beaucoup même si les montagnes, la mer et la neige étaient de toute beauté à Victoria, mais ce n’était pas chez moi.»

Elle mijote ce roman depuis plusieurs années. Celle qui se promène régulièrement avec ses bottes de caoutchouc dans les marais est à la recherche de petits détails et de surprises qui alimenteront ses récits. Elle tente toujours de trouver un juste équilibre entre la fantaisie, la fiction et le côté historique. Cette férue d’histoire ne veut surtout pas que ses romans deviennent trop lourds et didactiques. Elle confie que le personnage de la vieille Madouesse lui ressemble un peu. Elle valorise l’amitié, l’entraide et la confiance. Le roman s’adresse aux lecteurs âgés d’environ 10 ans et plus.

Si les ventes du premier tome connaissent un début plutôt modeste, il reste que ce nouvel ouvrage est prometteur et mérite qu’on s’y attarde. L’éditeur Jacques Ouellet envisage un bel avenir pour cette série qui pourrait bien devenir une série littéraire à succès. Le deuxième tome devrait paraître au printemps.