Le temps noué est loin d’être linéaire

La perception du temps avec les cinq sens de l’humain. Élisabeth Marier, sculptrice, a voulu partager la sienne avec sa nouvelle exposition mélangeant verre et poésie: «le temps qui est très loin d’être établi sur une ligne directe.»

Jusqu’au 12 janvier 2019 à la Galerie Bernard-Jean du Centre culturel de Caraquet, l’artiste présente à travers l’ouïe, l’odorat, le toucher, la vue et l’intuition ses œuvres des quatre dernières années. Ce dernier sens est à la base de sa création.

«L’intuition est la petite voix intérieure qui nous amène à comprendre l’univers d’une façon plus sensible», résume-t-elle.

Avec le recueil de poésie, Tu es là, l’artiste étale ses créations basées sur le deuil ressenti après le départ de son compagnon de vie.

«Le temps n’est pas linéaire, il est courbé. Il s’est passé des choses dans ma vie qui n’avait aucun sens. Mais, sans savoir pourquoi, une raison est apparue dans le moment présent», explique-t-elle devant l’œuvre principal au fond de la galerie, Espace courbe.

Elle souhaite que l’humain retourne à «un mode de vie plus simple» – un autre aspect illustré à travers l’exposition. «On cherche toujours à posséder la plus grosse bagnole, à avoir le plus de choses possible», déplore-t-elle.

Les saisons et l’agriculture

Elle se permet aussi de faire une critique d’une agriculture malsaine avec l’œuvre Asperge au jardin d’octobre. «Avec Monsanto et compagnie, on achète des plantes plus vigoureuses. Mais en fait, elles sont complètement infertiles», exprime-t-elle. Les griffes d’asperges femelles, les petits fruits qui ornent le légume, sont dorénavant rares, selon elle, à cause des engrais génétiquement modifiés.

L’artiste expose aussi des éléments de la région avec l’œuvre Pokeshaw en décembre avant la neige. L’œuvre de verre rappelle «les bouquets d’osier rouge sur le côté du chemin» de cette petite localité.

«La belle nature et les couleurs de la région ont eu un impact considérable sur mon travail», avoue-t-elle.

Le temps ressenti par le corps est un autre facteur qui influence les sens de l’humain. «Avec le froid, le vent, les tempêtes et les canicules, il faut être réceptif avec le temps à l’extérieur de nos maisons», évoque-t-elle.

Entre futur et temps présent d’Élisabeth Marier. – Acadie Nouvelle: Guillaume Cyr

Point de départ de l’exposition

Le tout a débuté avec le décès de son compagnon, Claude Robitaille, en 2014. «Il est mort subitement, tout le monde est resté surpris dans la communauté.»

Avec le poème Je le manque, elle offre un hommage à son mari. Il était un passionné de la pêche et de la mer et une bonne partie de sa vie et était lui-même un point d’ancrage pour plusieurs membres de la communauté. Il était très apprécié par son entourage, selon ses dires.

L’écrit accompagne Ton regard, sa portée, une oeuvre en verre qui représente la construction de bateaux repensés pour le climat actuel par Construction navale atlantique. Un projet auquel M. Robitaille avait pris part et agissait en tant que «chef d’orchestre».

L’épissure est la dernière création d’Élisabeth Marier. Une corde représente la jonction de deux cordages dont les éléments sont entrelacés. Placée sur le sol, elle rejoint une grande partie de la communauté et l’émotion «peut être ressentie par tous les amateurs de la mer», selon elle.