Images rémanentes: conjuguer l’histoire et l’art actuel en 13 tableaux

Composé de 13 stations dispersées dans la ville de Moncton, le parcours d’art public Images rémanentes propose de jeter un regard sur des bribes de l’histoire de l’art en Acadie. C’est à la fois une réflexion sur le passé, le présent et l’avenir.

Après deux années de recherche et de création en atelier, les 13 œuvres du projet Images rémanentes sont dévoilées au grand public. Ouverte à toutes les formes d’expression artistique contemporaine, ce projet d’envergure qui sort des sentiers battus a été dirigé par deux commissaires émergentes Élise Anne LaPlante et Michelle Drapeau. Le parcours permet au public d’aller à la découverte d’événements, de moments et de personnalités ayant marqué l’histoire de l’art et le développement culturel du sud-est du Nouveau-Brunswick.

Les commissaires du projet Images rémanentes Élise Anne LaPlante et Michelle Drapeau devant une oeuvre de Marika Drolet-Ferguson. – Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau

«On appelle ça nos bribes d’histoire. On ne prétend pas raconter une histoire exhaustive, on donne de petites ouvertures sur des moments et des personnages marquants», a déclaré en entrevue Michelle Drapeau, à 24 heures de l’ouverture officielle.

Tout en étant ancrées dans le passé, les œuvres qui sont très actuelles permettent aussi d’observer le travail créatif de 13 artistes contemporains. Il y a à la fois des artistes de la relève et certains avec une feuille de route plus longue. Chapeauté par trois organismes La Galerie Sans Nom, l’Atelier d’estampe Imago et la Galerie d’art Louise-et-Reuben-Cohen, ce projet sort des cadres habituels des galeries.

«On va à la rencontre du public en amenant l’art dans des lieux dans lesquels normalement, on me s’attend pas forcément à croiser une œuvre d’art», a expliqué Michelle Drapeau.

Certaines œuvres sont installées près des lieux d’exposition, tandis que d’autres sont en montre dans des endroits moins habituels pour les arts visuels comme la clinique d’obstétrique au Centre hospitalier universitaire Dr.-George-L.-Dumont. Divisé en deux pôles, le parcours qui n’est pas chronologique s’étend du campus de l’Université de Moncton jusqu’au centre-ville en passant par le sentier riverain, le Centre culturel Aberdeen et la Bibliothèque publique. Les pièces (sculpture, peinture, photographie, installation, etc.) ont un lien avec les lieux où elles sont exposées. À partir des recherches qu’elles ont menées, les commissaires ont dressé une liste de sujets pour les soumettre aux artistes. Chaque créateur a choisi un thème qu’il a réinterprété pour réaliser une nouvelle œuvre qui s’intègre à sa démarche.

«Il y a certains artistes qui sont vraiment plus dans une dynamique de commémoration comme Mario Doucette qui rend hommage à Guy Duguay, d’autres proposent plutôt des citations en reprenant directement soit une œuvre ou la pratique d’un artiste, mais réinterprété. C’est le cas de Jacinthe Loranger qui rend hommage au collectif Taupe», a poursuivi Michelle Drapeau.

Parmi les sept installations que l’on retrouve sur le campus figure la série de photographies intimistes de Marika Drolet-Ferguson, intitulée Fogo, qui évoque le travail de Claude Gauvin. Cette dernière qui a contribué au développement du milieu des arts a enseigné pendant longtemps au département d’art visuel. Les deux artistes ont des thématiques semblables.

Mathieu Boucher Côté et Jean-Denis Boudreau proposent deux perspectives différentes sur l’œuvre de Claude Roussel. Inspiré par l’enseignement et les interventions publiques de Claude Roussel, Jean-Denis Boudreau a créé cinq plaques de bronze sur lesquelles, on peut y lire des citations sur les enjeux de l’art public. Elles ont été recueillies lors d’une performance appelée l’école d’art public réalisée cet automne.

D’autres ont choisi des événements marquants comme c’est le cas de l’artiste du textile Marjolaine Bourgeois qui propose une installation interactive surprenante faisant écho à l’exposition des Miroirs de 1976. Cette exposition conçue par la cohorte de finissants de 1976 avait été censurée par la direction de l’Université. L’installation de Marjolaine Bourgeois sur stores verticaux qui joue sur le sens de la réflexion est installée au pavillon des beaux-arts devant un miroir.

«Cette exposition est un moment marquant parce qu’elle a commencé une vague d’art plutôt expérimental à Moncton et mené à la naissance de la Galerie Sans Nom qui est encore importante aujourd’hui, 40 ans plus tard», a relaté Élise Anne LaPlante.

L’oeuvre de Jared Betts installée sur le sentier riverain dans le cadre du parcours d’art public Images rémanentes. – Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau

Un projet exceptionnel

Disposant d’un budget d’environ 250 000$, Images rémanentes est l’un des 200 projets exceptionnels au Canada ayant reçu une bourse Nouveau chapitre octroyé dans le cadre du 150e anniversaire de la Confédération canadienne en 2017. Le gouvernement du Nouveau-Brunswick et la ville de Moncton ont également contribué au financement.

«À Moncton, c’est exceptionnel de travailler avec un budget d’une telle ampleur en art visuel», a précisé Élise Anne LaPlante.

Images rémanentes sera inauguré lors d’une soirée festive à la Salle Bernard-LeBlanc mercredi à 19h. Le parcours d’art public est accompagné d’un livret d’information gratuit qui sera distribué un peu partout dans les lieux d’exposition. De plus, un site web de l’exposition sera lancé mercredi. Selon les commissaires, le projet a suscité un réel engouement de la part de la collectivité. Des visites guidées du parcours organisées mercredi et jeudi affichent déjà presque complet. Les œuvres sont installées dans des lieux accessibles au public. Une fiche explicative accompagne chaque pièce afin de présenter le contenu historique et les informations liées à l’œuvre. Le parcours comprend aussi des œuvres de Maryse Arseneault, Alisa Arsenault, Jared Betts, Luc A. Charette, Émilie Grace Lavoie, Mathieu Léger et Dominik Robichaud.

Une des cinq plaques de bronze de Jean-Denis Boudreau sur l’art public. On peut y lire une citation de Marika Drolet-Ferguson. – Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau