Les coups de coeur culturels 2018 de… Martin Roy

L’année 2018 a été riche en création artistique en Acadie. J’avais donc l’embarras du choix pour établir ma liste de coups de coeur pour cette année. J’aurais pu en avoir beaucoup plus que 10; certains choix ont été déchirants. J’ai eu la chance, cette année, de parler avec des artisans culturels de tous les horizons et sachez que votre travail vaut de l’or, qui que vous soyez. Mais puisque certains d’entre vous avez particulièrement attiré mon attention, je vous présente donc ma liste de coups de coeur, non numérotée encore cette année, car les lauréats peuvent tous se considérer comme numéro un en mon âme et conscience!

Amélie Hall

Le ciel musical sourit enfin à l’auteure-compositrice-interprète originaire de Tracadie. Amélie Hall a roulé sur des chapeaux de roues à travers de nombreux endroits au Québec et en Acadie et chaque fois, elle y rencontre un public enthousiaste et de plus en plus dense. Elle a récolté au passage quelques prix très mérités pour son album Cultiver l’amour. Le ciment semble désormais se figer entre Amélie Hall, sa musique et ses fans et la prochaine année s’annonce des plus prometteuse.

– Archives

Shaun Ferguson

Le guitariste-compositeur de Caraquet nous a offert en décembre de l’année dernière son succulent second opus, Résilience. Son univers musical s’y est déployé davantage et a attiré bon nombre de mélomanes. Cela s’est traduit en une année fort remplie pour Shaun Ferguson, qui a donné de nombreux spectacles et vitrines partout au pays ainsi qu’à l’étranger, notamment au Festival Pause Guitare d’Albi, en France, ainsi qu’au festival Atlantic Music Expo 2018 à Praia, au Cap-Vert. Ambassadeur d’une musique guitaristique indie mélangeant savamment les genres, Shaun Ferguson n’a pas fini de nous surprendre et de nous charmer avec sa poésie des cordes.

– Gracieuseté

Wilfred Le Bouthillier

L’auteur-compositeur-interprète acadien a lancé son 5e album solo éponyme en octobre. Un disque qui marque d’une part la pleine prise de possession de sa destinée artistique – il a produit lui-même son nouvel opus qu’il a enregistré sous sa propre étiquette, 2W Disque – et, d’autre part, un élan de liberté dans les thèmes abordés ainsi que dans la facture musicale, plus près de ses racines. J’aime ce Wilfred affranchi, enthousiaste, des projets plein la tête, et son album en est un très beau témoignage.

 

Jacques P. Ouellet

Les éditions La Grande Marée ont célébré leurs 25 ans en 2018. En entrevue l’automne dernier au Salon du livre de la Péninsule acadienne, le grand manitou de la maison, Jacques P. Ouellet, m’avait confié qu’il ne s’attendait pas du tout à ce qui n’était au départ qu’une fenêtre ouverte pour publier ses propres livres perdure aussi longtemps. En 25 ans, La Grande Marée a accueilli nombre d’auteurs qui ont par la suite connu beaucoup de succès, que l’on pense à Lili Maxime, à Sylvain Rivière, à Claude Lebouthillier et, plus récemment, à André-Carl Vachon ou à Vanessa Léger. Par son audace et son désir d’offrir une littérature mettant en scène une Acadie à la fois créative, contemporaine et qui se souvient, La Grande Marée s’inscrit dans les artisans de choix pour la promotion et la vitalité de notre culture.

– Archives

Sandra Le Couteur

Dix ans de Voir Miscou et mourir, des spectacles en Europe et à divers autres endroits dans le monde, un nouvel album en préparation… Sandra Le Couteur demeure à ce jour l’un des plus beaux joyaux de l’Acadie. Sa voix chaude et caverneuse séduit toujours après plus de 20 ans de carrière et son humour désopilant ajoute à son charme. Elle aussi fait partie de ceux et celles qui ont dû trimer dur pour ainsi briller sous les feux des projecteurs. Encore aujourd’hui, sa série de spectacles au phare de Miscou constitue un pèlerinage qu’elle doit entreprendre à chaque nouvelle saison afin d’assurer une programmation variée, en plus de frapper aux portes des donateurs pour permettre d’inviter des artistes de marque. À ce titre, Sandra s’est liée d’amitié avec Martine Cabrel au cours des derniers mois. Pourquoi ne pas recevoir son frère, Francis, à Miscou l’été prochain?…

Daniel LeBlanc-Poirier

Le poète natif de Campbellton a reçu plusieurs prix et nominations au cours de la dernière année et compte parmi les écrivains chouchous des critiques ainsi que des ondes télévisuelles ou radiophoniques québécoises. Son recueil, 911, publié en 2017 à l’Hexagone, a été finaliste au prestigieux prix des Libraires 2018. J’ai été littéralement terrassé par ce recueil à la fois beau et percutant, en outre très certainement l’oeuvre jusqu’ici la plus intime du poète. Entre les nombreux arrachements de l’amour et l’impuissance d’une vie qui le pousse dans les câbles se révèle une sincérité éclatante et une énergie du désespoir qui force à des prises de conscience, pour au final s’ouvrir sur le goût de la vie.

-Archives

Élisabeth Marier

L’artiste visuelle spécialiste du verre de Caraquet fait un retour à la Galerie d’art Bernard-Jean après six ans d’absence. Son exposition, Le temps noué, présentée jusqu’au 19 janvier combine le verre et d’autres matériaux. Chaque sculpture est accompagnée d’un poème ayant pour thèmes le temps qui passe ou la mémoire. Une nouvelle série très touchante de l’artiste native de Québec, qui a eu la douleur de perdre son époux il y a cinq ans. Un deuil qu’Élisabeth Marier a laissé parler dans ses oeuvres nimbées d’une douce mélancolie. C’est bien de revoir la sculptrice et militante écologiste qui, une fois de plus, nous ouvre son coeur et laisse danser le verre comme elle seule sait le faire.

Linda Wedge

La chanteuse de Dalhousie a officiellement pris sa retraite de la chanson en septembre, en présentant son dernier spectacle devant une foule émue. Celle qui a oeuvré dans le monde musical pendant quelque 40 ans comme chanteuse, formatrice – notamment au Gala de la chanson de Caraquet pendant plusieurs années et comédienne a offert une sortie à la hauteur de ce qu’elle est: élégante, noble et émouvante.

Nathalie Paulin

La soprano native de Rivière-à-la-Truite et demeurant aujourd’hui à Toronto a eu une année remplie en 2018. En plus de l’enseignement, elle s’est produite à différents endroits à travers le pays, dont en Acadie, où avec d’autres chanteurs et musiciens, elle a notamment rendu hommage à plusieurs formateurs en chant dans le cadre d’un concert à Barachois. Elle a également répété l’exercice en solo à Tracadie, devant quelques religieuses hospitalières de Saint-Joseph, congrégation établie depuis 150 ans à Tracadie. Elle ne dit jamais non pour prêter sa superbe voix ronde et chaleureuse pour des causes qui lui tiennent à coeur, dont la maladie mentale ou autre. Nathalie Paulin est non seulement l’une des plus grandes sopranos au monde; elle est aussi l’une des plus généreuses et gentilles qui soit.

La série télé À la valdrague

J’ai écouté en rafale cette mini-série acadienne écrite par Patricia Léger, qui y campe également le rôle principal. Bien que les critiques aient été quelque peu mitigées, surtout au Québec, personnellement, j’ai souvent rigolé devant l’humour qui s’en dégageait, même si certains personnages étaient parfois joués de façon grossière et que certaines actions tombaient un peu à plat. Il reste qu’en général, je me suis laissé porté par la fraîcheur bon-enfant de cette série qui oppose ruralité et exil en des péripéties qui atteignent souvent leur cible. La distribution, composée entre autres des Acadiens Raphaël Butler, Marie-Jo Thério, Marc Lamontagne Marcel-Romain Thériault, Claire Normand et Gabriel Robichaud ainsi que des Québécois Valérie Blais, Guy Jodoin et Manuel Tadros est intéressante et diversifiée.

– Gracieuseté: Radio-Canada