Les coups de cœur culturels 2018 de Sylvie Mousseau

Encore une fois, l’année a fourmillé d’activités culturelles et artistiques au Nouveau-Brunswick. Je vous propose mes 10 coups de cœur de l’année. Ce sont des artistes, des œuvres, des événements et des spectacles qui m’ont transportée et émue, tout en suscitant une certaine réfléxion.

Maggie Savoie

Maggie Savoie accompagnée de Rémi Arsenault à la contrebasse lors de sa vitirne à la FrancoFête. – Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau

Avec sa vision du monde, son univers musical singulier enraciné dans son milieu et sa voix au timbre unique, Maggie Savoie apporte de la fraîcheur sur la scène musicale acadienne. Dès la première fois que j’ai vu en spectacle cette auteure-compositrice-interprète de Kedgwick, à l’univers folk-blues, j’ai voulu connaître davantage son parcours et sa musique. Dotée d’un esprit résolument libre, elle nous est arrivée en 2018 avec un nouvel album un brin plus électrique, Tumeur à l’égo, qui jette un regard critique sur certains enjeux du monde moderne. Né de son attachement pour son coin de pays, ce nouvel opus propose des textes simples, près du quotidien, mais qui traitent aussi d’enjeux universels.

Acadie Road de Gabriel Robichaud

Le poète et homme de théâtre qui défend l’Acadie avec ardeur chaque fois qu’il occupe la place publique a publié en début d’année son troisième recueil Acadie Road qui fait écho à l’œuvre de Guy Arsenault. Avec ce nouveau livre que j’ai lu avec bonheur, le poète de Moncton nous transporte à travers un territoire qui est sans limites entre la réalité et la fiction. Son regard sur sa culture et son peuple est non complaisant. Ses poèmes nous interpellent directement tout en suscitant une réflexion sur l’Acadie. Publié aux Éditions Perce-Neige, le recueil figure parmi les finalistes au Prix Champlain.

FICFA 2018

Deux œuvres m’ont particulièrement séduite au dernier FICFA pour différentes raisons. Le court métrage Brotherhood, de la réalisatrice canadienne d’origine tunisienne Meryam Joobeur, a été un véritable coup de cœur. En 24 minutes, la cinéaste arrive à nous raconter une histoire complexe et déchirante. C’est l’histoire d’un père, Mohammed, ébranlé et méfiant après le retour de son fils qui vivait au loin avec une femme mystérieuse. Ce petit bijou de court métrage a d’ailleurs remporté la Vague du meilleur court métrage au FICFA 2018. Du côté des documentaires, le troisième film de Daniel Léger, Les artisans de l’Atelier, tourné à Memramcook, m’a fait sourire, réfléchir et émue. Également primée au FICFA, cette œuvre qui plonge dans le quotidien d’une quinzaine d’artisans à besoins spéciaux offre une belle leçon de vie.

Rencontre primordiale de Barbara Safran De Niverville

Barbara Safran de Niverville devant une de ses oeuvres de la collection Rencontre primordiale exposée à la Galerie Apple Art. – Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau

Cette artiste, dont le travail mérite vraiment d’être découvert, a offert en 2018 une exposition majeure à Moncton. Ses tableaux lumineux qui nous transportent dans un univers de grands espaces avec une certaine transparence rendue par le plexiglas sont absolument fabuleux. Sa série de peintures Rencontre primordiale, qui a été exposée aussi à Edmundston, est inspirée des paysages de l’Islande. L’artiste jette un regard sur les liens entre la nature et la présence des technologies. L’exposition qui comprend dix tableaux, des maquettes et des dessins a été présentée à la Galerie Apple Art et à l’aéroport international Roméo-LeBlanc du Grand Moncton.

Spectacle de Louis-José Houde

Louis-José Houde a rencontré ses admirateurs dans le foyer du Théâtre Capitol après son spectacle. – Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau

Chouchou du public de Moncton, l’humoriste Louis-José Houde était de retour au Théâtre Capitol en septembre pour présenter son nouveau spectacle Préfère novembre. Porté par un immense succès, l’humoriste québécois explore dans ce spectacle des territoires parfois inattendus qu’il transforme en situations complètement loufoques. Même s’il prétend s’aventurer dans certaines zones plus sérieuses, on rit d’un bout à l’autre de son spectacle qui est tellement bien ficelé. Il a choisi Moncton pour filmer son 4e spectacle qui se retrouvera sur un DVD.

Spectacle de danse La vie attend

Le spectacle La vie attend de la compagnie Parts+Labour Danse est présenté au Festival de danse en Atlantique. – Gracieuseté Guzzo Desforges

Présenté dans le cadre du Festival de danse en Atlantique, le spectacle La vie attend de la compagnie Parts+Labour nous fait voyager à travers une gamme d’émotions. Porté par cinq danseurs-collaborateurs, cette chorégraphie de David Albert-Toth et Emily Guialteri joue à la fois sur la force et la vulnérabilité, ainsi que sur la peur et l’espoir. Ce sont des amoureux, des combattants, des perdants et des témoins. La pièce qui repose beaucoup sur les contrastes est une œuvre extrêmement puissante.

Viens avec moi des Hôtesses d’Hilaire

Serge Brideau et les Hay Babies dans une scène de l’opéra rock Viens avec moi. – Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau

La force des Hôtesses d’Hilaire se trouve résolument sur la scène. Cette fois, avec son opéra rock Viens avec moi, la formation acadienne s’est surpassée et a réussi un grand coup. Étonnant, divertissant et éclatant, le spectacle Viens avec moi rassemble treize musiciens et chanteurs, dont les Hay Babies, Robin Joël Cool, Diane Losier et Anna Frances Meyer des DeuxLuxes dans une mise en scène du Théâtre du Futur. Dans une ambiance psychédélique, ce récit rocambolesque, bien rendu musicalement et visuellement, fait un parallèle entre l’art et le divertissement. Cette prestation hors du commun m’a tenue en haleine du début à la fin.

Horizon vertical de Circus Stella

Les six échassiers de la nouvelle création Horizon Vertical de Circus Stella. – Gracieuseté: Image Authentik

Alliant la danse et l’acrobatie sur les échasses, le spectacle Horizon vertical créé par le chorégraphe Sylvain Lafortune, a été présenté par Circus Stella. Les artistes arrivent à créer un univers qui nous subjugue. Au-delà des acrobaties, il y a une poésie et une réflexion sur le monde moderne qui se dégagent de cette œuvre poignante incarnée par six acrobates-danseurs. Tout le spectacle repose sur la recherche d’équilibre à la fois sur le plan physique, psychologique et social. J’ai bien aimé l’utilisation de l’échasse comme métaphore tout en appréciant les prouesses des artistes.

L’allumeuse de Suzanne Myre

Le Festival Frye nous a permis d’aller à la rencontre de l’œuvre de l’auteure Suzanne Myre. Dans son nouveau recueil de nouvelles, L’allumeuse, que j’ai lu avec énormément de plaisir. Son recueil qui se lit comme un roman nous présente 12 courts récits singuliers qui se déroulent dans un quartier de Montréal. C’est parfois très dramatique, mais sous une plume à la fois vive, alerte et d’un humour assez grinçant. Ses personnages sont authentiques. Ce sont des histoires de femmes, de pères absents, de victimes qui décident de se faire justice elles-mêmes, car ses héroïnes sont avant tout des battantes.

Images rémanentes

La sculpture de Jacinthe Loranger installée dans le Parc du Sommet devant le Centre culturel Aberdeen. – Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau

L’art public s’est installé en grand dans la ville de Moncton en décembre avec l’inauguration du parcours artistique Images rémanentes. Il faut souligner d’abord l’immense travail des deux commissaires Élise Anne LaPlante et Michelle Drapeau qui ont dirigé ce projet créé par 13 artistes pour la plupart du Nouveau-Brunswick. Ce parcours unique d’œuvres d’art permanentes nous raconte par bribes l’histoire de l’art en Acadie, tout en offrant un panorama de l’art actuel à travers le travail de ces 13 créateurs. Installées dans divers lieux de la ville, ce sont, entre autres, des sculptures, des peintures, des performances, des installations, des dessins et des œuvres photographiques.