Cinq événements marquants de l’année culturelle

L’année qui s’achève a été riche sur le plan culturel au Nouveau-Brunswick. Festivals, salons du livre, spectacles, expositions, événements pluridisciplinaires, cinéma, sorties de disques et d’albums; les artistes de l’Acadie se sont une fois de plus démarqués sur toutes les scènes des Maritimes et d’ailleurs. Au-delà des nombreux événements culturels, quelques moments ont marqué la dernière année. Voici cinq faits saillants de l’actualité culturelle 2018 qui sont présentés de façon chronologique.

Une Acadienne comme poète officielle du Parlement

Georgette LeBlanc est devenue en début d’année la 8e poète officielle du Parlement pour un mandat de deux ans. C’est la première fois qu’une Acadienne est nommée à ce poste qui vise à promouvoir la littérature et la poésie auprès des Canadiens. La poète, qui succède à George Elliott Clarke, est la deuxième femme à occuper cette fonction. Native du Québec, Georgette LeBlanc a grandi à la Baie Sainte-Marie et est maintenant établie à Moncton. L’Acadie Nouvelle a rencontré la poète dans son café favori sur la rue Elmwood afin de dresser un bilan de cette première année dans ses nouvelles fonctions. Ç’a été avant tout la découverte, confie celle qui s’est familiarisée avec le Parlement et sa bibliothèque.

«Je suis embarquée là-dedans avec l’esprit ouvert», a souligné celle qui a eu de nombreuses rencontres et écrit quelques poèmes pour des événements spéciaux comme la Journée de la femme. On lui a même demandé quelques mots pour des cartes de souhaits. La poète officielle, à qui on donne carte blanche, peut accepter, refuser ou entreprendre divers projets. En 2019, elle envisage faire du travail en milieu scolaire et créer un projet autour de son plus récent recueil Le Grand Feu. Elle sera appelée aussi à conseiller les responsables de la Bibliothèque du Parlement dans leurs nouvelles acquisitions. Elle arrive sur la colline parlementaire avec sa voix, sa langue acadienne et son regard qui lui est propre.

«Le regard de l’est du pays est différent de l’ouest, du centre ou du nord. Juste le fait que la fonction de poète officiel existe, c’est beau et c’est important qu’on donne cette place à une parole qui peut trancher autant que célébrer et qu’on donne cette place à la poésie. On raconte des histoires et on est là aussi pour mettre en valeur des expériences humaines qu’on oublie parfois», a ajouté la poète.

En recevant un cachet annuel de 20 000$, cela lui permet de continuer d’exercer son art. Celle dont les œuvres ont été primées et qui a publié Alma, Amédé, Prudent et Le Grand Feu, a un nouveau recueil en chantier.

Un nombre record de téléséries de fiction

À la valdrague. – Gracieuseté

Si jusqu’à tout récemment, il se produisait peu de projets de fiction en télévision et en cinéma en Acadie, l’année 2018 marque un tournant dans ce secteur. Deux séries humoristiques et une dramatique télévisées ainsi que le long métrage de Denise Bouchard, Pour mieux t’aimer, ont été tournés au cours des derniers mois. Ces projets émanent de différents producteurs du Nouveau-Brunswick.

«C’est une année de rêve! Trois séries dramatiques, c’est du jamais vu, en espérant qu’on puisse poursuivre sur cette lancée. La dramatique hors Québec a vraiment la cote. On s’est battu pendant longtemps pour ça», a déclaré le producteur Jean-Claude Bellefeuille, qui est aussi président de l’Alliance des producteurs francophones du Canada.

Sa maison de production produit la série dramatique Conséquences de l’auteure Gracia Couturier, dont le tournage s’est déroulé au printemps dernier dans la région de Moncton. La cinéaste Emmanuelle Landry, qui a de nombreux courts métrages derrière la cravate, s’est attaquée à son premier grand projet télévisuel. Elle était accompagnée de la réalisatrice d’expérience Lyne Charlebois. La distribution de cette production de 3,9 millions $ est presque entièrement acadienne. Le drame psychologique qui sera diffusé sur ARTV à compter de la fin février 2019, puis sur à la télé de Radio-Canada plus tard dans l’année, plonge dans un scandale qui ébranle deux familles liées depuis longtemps.

La nouvelle comédie Les Newbies (Les Productions du Milieu et Juste pour rire TV), est devenue réalité en janvier avec le début du tournage à Dieppe. Cette série qui met en vedette Luc LeBlanc, André Roy et Christian Essiambre suit les péripéties de trois humoristes en quête de gloire. L’avant-première de la série de dix épisodes se tiendra le 11 janvier 2019 au Théâtre Capitol pour être diffusée ensuite sur les ondes d’Unis TV.

La deuxième saison de la comédie À la Valdrague (Mozus Production), dont l’action se déroule principalement dans la région de Memramcook, a été tournée cet été. Écrite par Patricia Léger qui incarne aussi le personnage principal de Rita Melanson, cette comédie met en vedette une foule d’acteurs acadiens. La première saison qui a été diffusée sur Radio-Canada en 2018 a été bien accueillie par le public.

Les Éloizes à Edmundston

– Gracieuseté: Geneviève Violette

 

L’événement bisannuel qui célèbre son 20e anniversaire a été marqué par de beaux moments, des réussites et quelques nouveautés. Pour la première fois, la soirée des Éloizes a été retransmise sur à la télé de Radio-Canada et à ARTV dans son intégralité. La directrice de l’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick et productrice de l’événement, Carmen Gibbs, souligne que c’était aussi la première fois que l’événement qui couronne l’excellence dans les arts était présenté au Madawaska. Elle se réjouit de la participation des citoyens qui a été phénoménale.

«Je crois que c’est l’édition avec la plus grande participation citoyenne qu’on n’a jamais eue. Les gens ont été rendez-vous du début à la fin que ce soit à la soirée des Éloizes avec 1200 personnes, à la cathédrale avec 800 personnes et aux fins de soirée. La population de la grande région de l’Acadie des terres et forêts a répondu positivement», a expliqué Mme Gibbs.

Pour le rendez-vous 2018, les Éloizes ont intégré encore plus d’artistes de la collectivité et de la relève. C’était aussi la première fois qu’il offrait une résidence d’artistes. L’événement qui dispose d’un budget oscillant autour de 675 000$ a offert aussi 33 animations et des ateliers en milieu scolaire et collégial.

«Je me rends compte que depuis à peu près 5 ans, j’ai presque plus besoin d’expliquer à la population ce que sont les Éloizes parce que je crois qu’il y a de plus en plus de gens qui regardent l’événement, même à l’extérieur de la région. C’est un événement qui commence à être reconnu non seulement en Acadie, mais dans toute la francophonie canadienne.»

L’AAAPNB annoncera au début de l’année 2019 la ville qui accueillera les prochains Éloizes du 29 avril au 3 mai 2020.

Les 10 ans de Voir Miscou et mourir

– Acadie Nouvelle: Sébastien Larocque

Au bout de la Péninsule acadienne se pointe le Phare de Miscou, seul site historique national de la région. Dans ce vieux bâtiment âgé de 162 ans, on y propose une série de spectacles et d’événements poétiques chaque été. Si le projet semblait improbable en 2009, aujourd’hui, Voir Miscou et mourir est devenu un événement incontournable de la saison estivale, estime sa directrice artistique fondatrice Sandra Le Couteur. En 2018, cette série unique en son genre a célébré sa 10e saison en offrant une programmation relevée avec des musiciens comme Zachary Richard, Gilles Bélanger et Pierre Flynn. Jamais Sandra Le Couteur n’aurait imaginé un tel succès d’estime. Ils ont commencé ce projet bien modestement à l’occasion du Congrès mondial acadien en 2009. Le guitariste Shaun Ferguson a été le premier à offrir un concert dans cette salle de 86 places. Au fil des années, le mot s’est passé et des artistes de partout – et même de la France – ont entendu parler de la magie du phare de Miscou.

«Ils savent que c’est un moment unique. Pour commencer, quand on entre dans le phare, il y a l’odeur du bois, des tempêtes et de la mer», a expliqué Sandra Le Couteur.

Juste le trajet pour se rendre au Phare est une expérience en soi. Les spectateurs viennent de divers endroits dans la province, du Québec et de l’Europe. La directrice artistique rappelle qu’elle et son mari, ainsi que Jocelyne Kerry, ont travaillé fort pour mettre sur pied le projet. «Cette série ne peut pas être rentable en raison du nombre de places qui est limité.»

Dotée d’un budget de 75 000$, la série est financée grâce à l’appui de la collectivité, des commanditaires de la région et des subventions gouvernementales.

«Nous à chaque année, on marche sur des œufs, on ne sait jamais si on va être entendu comme étant une force et on doit recommencer (les demandes de financement)», a partagé Sandra Le Couteur.

L’opéra rock Viens avec moi des Hôtesses d’Hilaire

Robin Joël Cool, Vivianne Roy, Serge Brideau, Julie Aubé, Anna Frances Meyer et Katrine Noël dans une scène de l’opéra rock Viens avec moi. – Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau

Serge Brideau et sa joyeuse bande ont marqué l’histoire de la musique francophone en 2018 avec leur opéra rock Viens avec moi qui a fait courir les foules. Mise en scène par le Théâtre du Futur, cette œuvre musicale qui jette un regard critique sur l’industrie musicale avec une bonne dose d’humour et d’autodérision nous transporte dans le monde de la télé-réalité et du parcours d’un groupe rock. Après avoir vu le jour sur disque, le groupe a créé le spectacle qui a été présenté à guichets fermés à Moncton, à Caraquet, à Québec, à Montréal et à Edmundston. Ce sont près de 4000 personnes qui ont vu le spectacle à ce jour. Sur la scène, on retrouve en plus des Hôtesses d’Hilaire, les Hay Babies, la comédienne Diane Losier, le comédien et chanteur Robin Joël Cool, Anna Frances Meyer des Deuxluxes, les musiciens Jonathan Bigras et Mathieu Pelgag. Il y a une belle chimie entre les artistes. En entrevue, Serge Brideau confie qu’il ne s’attendait pas à une telle réception du public et de la critique. Il a été très touché par l’accueil du public.

«Je ne m’attendais pas à ce que le monde embarque avec autant d’enthousiasme (…). C’était très émouvant pour nous, surtout qu’on a eu de grosses épreuves du côté familial et finalement arriver avec ce spectacle. C’était une belle façon de finir 2018. À la fin, j’étais ému d’avoir rempli le Capitol de Moncton, c’est quelque chose de gros», a confié le chanteur qui attribue ce succès à l’ensemble des collaborateurs et des artistes sur scène.

Le spectacle qui réunit 18 artistes et techniciens continuera sa route en 2019. Deux représentations sont déjà confirmées aux Francos de Montréal, le 15 juin et au Festival acadien de Caraquet, le 4 août.