Le punk réfléchi et revendicateur de Joey Robin Haché

Après avoir traversé un creux de vague, l’auteur-compositeur-interprète Joey Robin Haché s’élance dans l’écriture de chansons en vue d’un troisième album. Sur fond de revendication et de critique sociale, ce nouvel opus qui paraîtra à l’automne 2019 risque de brasser la cage.

Le chanteur et guitariste Joey Robin Haché qui a écrit pas moins de 15 chansons au cours des deux derniers mois s’estime épris d’un nouvel élan créateur.

«Je peux passer une année et demie ou deux sans écrire le moindre paragraphe puis tout d’un coup, il y a 15 tounes qui sortent. J’en profite en ce moment parce que je carbure artistiquement», a déclaré l’auteur-compositeur-interprète au cours d’un entretien téléphonique depuis sa résidence à South Tetagouche près de Bathurst.

Son troisième album, qui s’intitulera Trente pour souligner sa propre trentaine, fait aussi un clin d’oeil à la rigolade aux disques d’Adèle. Avec des titres comme Bien dans le coma, Imbécile, Minotaure, Bourbon et Beau temps pour l’apocalypse, ce nouvel opus remuera pas mal d’émotions. Le chanteur a eu des ennuis de santé en 2018. En mars dernier, il a appris qu’il était atteint d’une maladie chronique de l’oesophage (Oesophagite éosinophilique). Il a dû subir une batterie de tests et plusieurs rendez-vous médicaux avant d’avoir un diagnostic précis, bouleversant ainsi son carnet de spectacles. Cette maladie a également eu un effet sur son état psychologique.

«Il a fallu que j’annule des spectacles parce que je n’étais pas dans la meilleure des formes physique et psychologique. Tout ça en même temps a résulté à l’écriture de cet album. Là, ça va mieux physiquement. Je mange mieux. J’ai ralenti au niveau du travail et je suis fier de dire que j’ai la tête au-dessus de l’eau. Je pense que j’ai bien des choses à dire à propos de la santé physique et mentale et sur le plan politique et social.»

Par le passé, il passait davantage par la poésie pour exprimer ses points de vue. Cette fois, ce sera plus direct, car il a envie de transmettre sa vision du monde, sans gêne et sans filtre.
«Les problèmes psychologiques c’est encore tabou et je trouve ça important qu’on en discute surtout dans le monde musical et de mettre ça en évidence dans les chansons. On a le luxe de pouvoir l’écrire et de le dire dans une chanson, mais ça prend du «guts» parce qu’encore aujourd’hui, c’est très mal vu.»

Chansons engagées

Il a composé des chansons qui révèlent son visage revendicateur. Si dans sa jeunesse, il a été un punk naïf, aujourd’hui, il se définit comme un punk réfléchi qui dénonce certains travers du monde moderne qui le dérangent. Il remet en question la nature des réseaux sociaux, les façons de consommer la publicité, les produits, la musique. Un cercle vicieux qu’il qualifie de malsain. Au lieu de descendre dans la rue, c’est par la musique qu’il manifeste son mécontentement.

Son dernier album, Stigmates, paru en 2016, avait une couleur symphonique. Le prochain disque sera probablement assez éclectique, s’il se fie à ses compositions. Du manouche au folk ambiant, en passant par le rock, le blues, le punk, les styles sont variés.

«On expérimente avec les sonorités. Ce sera encore une fois assez simple dans les mélodies, mais plus revendicateur et plus punk. Je pense que la musique va déménager plus que sur mes deux derniers albums. Je me donne une raison de bouger sur la scène. Je manque le côté plus rock, plus physique et théâtral.»

L’auteur-compositeur-interprète fera appel une fois de plus à Sébastien Michaud pour la réalisation. L’enregistrement se déroulera en juin au Studio La Classe à Memramcook. Il collaborera aussi avec Matt Boudreau pour les guitares et Danny Bourgeois pour les percussions et la prise de son. La sortie de l’album est prévue en novembre 2019. Le chanteur envisage de prendre une pause de la scène d’ici à la sortie du disque, à part quelques exceptions. Joey Robin Haché est aussi coordonnateur du Gala de la chanson de Caraquet depuis avril 2018.