Julie Caissie: de la peinture qui a du corps

Pour réaliser sa nouvelle collection de tableaux, l’artiste Julie Caissie a utilisé son propre corps. Ses canevas sont devenus en quelque sorte des terrains de jeu pour explorer les divers horizons du littoral acadien.

Julie Caissie présente son exposition Horizon commun(s) à la Galerie du 2e étage du Centre culturel Aberdeen à Moncton jusqu’au 25 janvier. Quatorze œuvres de grands et moyens formats composent cette collection de toiles aux couleurs vibrantes où le mouvement occupe une grande place. La fragilité de la présence humaine, la recherche d’espaces, d’horizons, le littoral acadien habitent ses oeuvres abstraites aux formes éclatées. En traçant son corps sur le canevas, elle a expérimenté de nouvelles façons de dessiner. Si le mouvement a toujours été présent dans sa démarche, il reste que cette fois-ci, elle a poussé plus loin l’expérimentation.

«Ce qui me pousse, c’est toujours la même force que ce soit en photo, en peinture ou en sculpture. Quand j’ai commencé à faire ces dessins (ceux de l’exposition), c’était la première fois que je mettais mon corps physique sur le canevas», a déclaré l’artiste qui s’intéresse beaucoup à la danse et à la performance.

Couchée sur le dos, assise, debout ou encore en marchant sur la toile, elle s’est servie de sa propre gestuelle pour créer des formes, des traits et des paysages imaginaires. Subtilement, on aperçoit des traces de ses mouvements qui apparaissent et disparaissent. Elle a voulu en quelque sorte expérimenter l’impact de son corps sur sa façon de peindre. La création est intrigante rappelle l’artiste. Ses œuvres ont été créées en 2017 et 2018 à la Galerie Art-Artiste à Dieppe, aux Îles-de-la-Madeleine lors d’une résidence de création et de recherche, dans l’atelier d’Herménégilde Chiasson à Barachois et à Ottawa où elle poursuit des études de maîtrise en arts visuels. La mer et le littoral acadien nourrissent la création de Julie Caissie qui confie qu’elle a le mal de pays quand elle est au loin.

«Je repars à Ottawa dans une semaine puis il faut vraiment que je me dise que la mer sera toujours là et que le territoire acadien est toujours là pour moi. Quand j’ai atterri avant Noël, la minute que l’avion s’est posé, j’ai ressenti un soulagement. Quand je suis en Acadie, il y a quelque chose d’unique. Je ne peux pas le verbaliser et c’est ça que j’essaie de peindre», a-t-elle exprimé.

Certains critiques ont comparé son travail à de la psycho-géographie. En vivant ailleurs, elle pose un nouveau regard sur le territoire acadien. Son point de vue est personnel et émotif. Cette nouvelle série d’oeuvres constitue une suite de son exposition L’intersection du point présentée en 2017 au Théâtre Capitol qui conjuguait photographie numérique et peinture contemporaine. Cette fois, elle se concentre uniquement sur la peinture. La voyageuse qui a étudié en mode, tenu un restaurant et oeuvré en graphisme est retournée à sa pratique artistique depuis trois ans. Naviguant à travers plusieurs médiums comme la photo, la gravure et l’installation, elle mentionne que la peinture demeure son premier amour, celui de sa jeunesse alors qu’elle rêvait de devenir peintre et poète.

De grands projets

Privilégiant une approche expérimentale, Julie Caissie travaille toujours à différents projets simultanément. Elle vient de réaliser un projet d’installation à l’Université d’Ottawa qui offre une expérience spatiale en trois dimensions. Au cours des deux prochaines années, elle entend pousser sa création, redéfinir ses idées et approfondir ses concepts tout en touchant à plusieurs disciplines des arts visuels. «À l’Université d’Ottawa, il y a de grands espaces pour peindre, alors je vais aller encore plus grand», a précisé celle qui est aussi assistante-professeure.

En mai, elle a été invitée à participer à une résidence d’artiste au centre Sagamie, à Alma, au Québec. Cette résidence lui permettra de prendre part à une exposition collective qui circulera au Québec pendant deux années.

«Je trouve ça intéressant parce qu’à ce jour, mes oeuvres ont circulé avec des Acadiens et ça va être la première fois que je vais me retrouver dans une exposition avec des Québécois», a-t-elle ajouté.