Rémi-Jean LeBlanc: récit d’un virtuose… acadien

Le meilleur bassiste de jazz au pays serait-il acadien? C’est ce qu’estiment certains critiques qui placent Rémi-Jean LeBlanc parmi les bassistes les plus talentueux au Canada. Portrait d’un virtuose engagé et passionné.

Considéré comme un des meilleurs bassistes et contrebassistes de jazz au pays, notamment par le journaliste musical à La Presse Alain Brunet, Rémi-Jean LeBlanc a déjà une feuille de route bien garnie. Son parcours musical a débuté à l’adolescence avec le groupe Feu Vert fondé par Roland Bourgeois et ses fils à Dieppe où il a fait ses premiers pas dans l’univers du jazz. Depuis, le jazz ne l’a jamais quitté.

«C’est en moi et c’est là pour toujours», a exprimé le bassiste âgé dans la trentaine qui a grandi à Moncton.

En 2002, le musicien a déménagé à Montréal afin de poursuivre des études en musique à l’Université de Montréal et à l’Université de McGill. En plus d’accompagner des musiciens de renom comme le saxophoniste Yannick Rieu et la magnifique pianiste-chanteuse Elizabeth Shepherd, Rémi-Jean LeBlanc a fondé ses propres ensembles afin de jouer ses compositions. En 2018, il a lancé son troisième album Déductions qui propose un jazz teinté de rock aux ambiances diverses. Il sillonnera les routes du Québec et de l’Ontario en février et en mars afin d’offrir en concert les pièces de ce disque. Pour réaliser ce nouvel opus, le bassiste s’est entouré du pianiste Raphaël Zaldivar, du batteur Samuel Joly et du guitariste américain Nir Felder.

«Au moins la moitié des pièces ont été écrites il y a peut-être quatre ou six ans et je les ai retravaillées plusieurs fois avec différents groupes. L’inspiration vient, entre autres, des groupes rock de Montréal que j’écoute beaucoup comme Karkwa, Forêt, les Barr Brothers et Marie-Pierre Arthur. J’aime beaucoup les albums de rock de Montréal et j’avais ce son-là en tête. C’est la raison pour laquelle je suis allé chercher un guitariste», a expliqué le compositeur qui enseigne aussi la musique à l’Université McGill et au Cégep Saint-Laurent à Montréal.

Rares sont les bassistes électriques qui arrivent à atteindre un calibre équivalent à la contrebasse, fait remarquer Alain Brunet dans un de ses articles. Rémi-Jean LeBlanc a toujours joué des deux instruments.

«Je joue la basse électrique et la contrebasse à un niveau qui est à peu près égal et ça, c’est effectivement rare. D’habitude les bassistes jouent sur un ou sur l’autre. Je joue autant l’un que l’autre dans les projets et dans les groupes avec qui je joue.»

Autant il aime être à l’avant-scène avec ses propres compositions, autant il apprécie le travail d’accompagnateur. En le regardant jouer, on se rend compte assez rapidement de sa grande virtuosité. Comment en est-il venu à ce niveau?

«J’ai toujours été un petit peu obsessif par rapport à la pratique de mon instrument au point où je me suis fait mettre dehors par des colocs quelques fois parce que je jouais trop. Il y a toujours eu quelque chose par rapport à la musique qui me touche vraiment. J’écoutais des albums et émotionnellement ça me touchait. C’était donc mon devoir d’arriver à jouer comme ça», a raconté le prodige.

La passion avant tout

En côtoyant de jeunes musiciens dans ses cours, il constate que plusieurs d’entre eux se questionnent à l’égard de leur avenir professionnel. Rémi-Jean LeBlanc confie que lorsqu’il avait 20 ans,il ne se posait pas ce genre de questions. Son seul objectif était d’être le meilleur bassiste possible. Il pouvait passer littéralement toute une journée à pratiquer de 9h le matin à 8h le soir.

«Aujourd’hui, ce n’est pas autant que ça parce que j’ai envie que ma blonde reste avec moi. J’aime faire aussi autre chose, mais autant que possible, quand j’ai quelques heures chez nous, j’en profite pour jouer de la basse.»

S’il a choisi la basse à l’âge de 10 ou 11 ans, c’est qu’à l’époque tous ses amis optaient pour la guitare. «Tous mes amis avaient des guitares alors j’ai demandé à mes parents de m’acheter une basse parce que je savais que tout le monde allait avoir besoin d’une basse.»

L’Américain Jaco Pastorius et le bassiste montréalais Norman Lachapelle figurent parmi ses grandes influences. Quand il a déménagé dans la métropole québécoise, il allait le voir jouer souvent.

«Sa façon de jouer m’a beaucoup influencé même dans la manière dont je tiens la basse et au point où je lui ai même acheté sa basse électrique.»

Les prochains mois seront très chargés pour le bassiste acadien qui donne des concerts à Montréal, Québec, Ottawa, Toronto, Guelph et Kingston. Il se produira aussi sur des scènes internationales avec le saxophoniste Yannick Rieu. Il a également des spectacles de prévus dans l’Ouest canadien, en Amérique centrale et en Europe avec Elizabeth Shephard qui lancera son 5e album en février.