Exercice de l’oubli: l’amour devenu prison

L’amour renferme à la fois ce qu’il y a de plus beau et de plus cruel. Imaginez un instant que votre conjoint ou conjointe, à la suite d’une maladie ou d’un grave accident, perde la mémoire et ne conserve que le souvenir de son amour pour vous.

De prime abord, il semble y avoir quelque chose de beau, même de doux dans cette mise en contexte, en ce sens que l’étincelle de départ scintille toujours. Mais derrière l’arbre se cache la forêt…

Voilà la trame de fond d’Exercice de l’oubli, nouveau texte de la dramaturge acadienne Emma Haché dont la première scénique mondiale sera présentée ce jeudi, au Centre culturel de Caraquet, pour ensuite partir en tournée au quatre coins de la province.

Mise en scène par Joël Beddows, cette co-production du Théâtre populaire d’Acadie et du Théâtre français de Toronto permettra de retrouver sur les planches la comédienne acadienne Claire Normand ainsi que son collègue torontois Bruno Verdoni.

Pour Claire Normand, Exercice de l’oubli constitue un retour sur scène après quelques années d’absence. En entrevue avec l’Acadie Nouvelle, la comédienne confie que ce nouveau projet tombait à point nommé dans sa vie.

«Je suis tellement heureuse de jouer dans cette magnifique nouvelle pièce d’Emma Haché! Lorsque nous avons commencé à répéter l’été dernier, j’ai eu le sentiment de retomber dans mes pantoufles.»

De son point de vue, le texte constitue une sorte de suspense émotif oscillant entre l’amour pur et la dépendance affective.

«C’est une belle histoire d’amour, mais c’est aussi une histoire triste. Est-ce que l’amour suffit quand on ne partage plus rien? Depuis l’accident de mon mari dans la pièce, ils ne font plus d’activités ensemble et ils n’ont plus aucun moment intime. Cet amour-là tient mon personnage prisonnière, en quelque sorte», relate Claire Normand.

Il y a bien sûr de somptueux relents du passé et une tendresse toujours vivante entre les deux, mais cet incident dont l’homme a été victime a bouleversé tout le reste.

«C’est pour ça que l’amour, c’est le véritable personnage principal de la pièce. On se promène entre la réalité physique et la réalité intérieure des deux personnages. Le public apprendra au fil du spectacle ce que les deux vivent. C’est très subtil», ajoute la comédienne qui, en février 2016, a eu la douleur de perdre l’homme de sa vie, le comédien Bertrand Dugas, décédé d’un cancer à l’âge de 60 ans.

«C’est sûr que cette épreuve-là se reflète peut-être un peu dans mon jeu. Je ne crois pas que j’aurais été prête à aborder le thème d’Exercice de l’oubli il y a quatre ou cinq ans; je n’aurais probablement pas eu le recul nécessaire. La mort de mon conjoint m’a appris beaucoup de choses et je crois que ça m’aide à mieux comprendre mon personnage», exprime Claire Normand d’un ton serein.

Le décor et les accessoires sont signés Luc Rondeau, la musique et l’environnement sonore, Jean-François Mallet, les éclairages, – Michael Brunet, les costumes, Melanie McNeill et la conception de mouvement, Marie-Josée Chartier.

Outre jeudi, Exercice de l’oubli sera présentée à l’école Marie-Esther de Shippagan (le samedi 26 janvier), à l’amphithéâtre de l’Université de Moncton, campus d’Edmundston (le mardi 29 janvier), au théâtre l’Escaouette de Moncton (le jeudi 31 janvier), à la polyvalente Louis-J.-Robichaud de Shediac (le samedi 2 février), au Centre communautaire Sainte-Anne (le mardi 5 février), au Théâtre Richard-Denys de Neguac (le mercredi 6 février), à l’école secondaire Nepisiguit de Bathurst (le jeudi 7 février) et à l’école L.E.R. de Dalhousie (le vendredi 8 février). À noter que toutes les représentations débutent à 19h30.

Publiée chez Lansman Éditeur, Exercice de l’oubli a été finaliste du Prix du Gouverneur général 2018, section théâtre.