Un «choeur tragique en chiac à cinq voix»

Satellite Théâtre se prépare à mettre en scène le premier texte de théâtre de la poète et slameuse Céleste Godin. Avec Overlap, l’auteure a voulu offrir une lettre d’amour à Moncton tout en jetant un regard critique sur sa ville d’adoption.

C’est nécessaire d’aimer quelqu’un ou un endroit pour le critiquer, rappelle l’auteure originaire de la Nouvelle-Écosse.

«On aime la ville, mais on la critique en même temps», a-t-elle souligné.

En déménageant à Moncton, l’artiste a découvert une ville vibrante, accueillante, réconfortante et bouillonnante sur le plan culturel, mais aussi parfois dérangeante et étouffante. Celle qui signe sa première œuvre théâtrale a voulu dépeindre toutes ces émotions et ces états d’âme.

«Je souhaite que les gens se reconnaissent parce que c’est fait de ce que j’ai vécu dans cette ville et de ce que j’ai entendu les gens dirent. C’est eux qu’on met sur scène», a déclaré Céleste Godin entre deux séances de répétition à la Salle Bernard-LeBlanc au Centre culturel Aberdeen.

Incarnée par cinq comédiens-créateurs, cette pièce mise en scène par le directeur de Satellite Théâtre, Marc-André Charron, explore divers enjeux touchant à la ville de Moncton. Le thème de la superposition dans les relations, le discours sur l’Acadie, la perte de repères, le rapport à la langue sont au coeur de la création, indiquent les concepteurs.

Divisée en plusieurs tableaux, la pièce Overlap passe de sujet en sujet. Venant du monde de la poésie, l’auteure offre une série d’exposés livrés par des citoyens.

«On n’est pas dans la situation ni dans le personnage. Nous sommes vraiment dans l’exposé. Plus je lisais les textes, plus ce sont les études de théâtre classique qui me revenaient en tête où l’on s’adresse à la cité. On ne vient pas regarder des gens se parler, on vient écouter des gens nous parler. Ce qui finit par faire un choeur tragique en chiac à cinq voix», a expliqué Marc-André Charron.

Dans le but d’élargir le bassin de dramaturges, le directeur de Satellite Théâtre a fait appel à Céleste Godin pour ce spectacle sur lequel il avait commencé à travailler avec un groupe d’acteurs. Il avait envie de parler de la ville de Moncton.

«Je cherchais des textes contemporains de toutes sortes qui pourraient résonner à Moncton, mais il n’y a rien qui marchait avec ma vision de ce que j’avais du projet. En Côte-d’Ivoire, j’ai vu un show écrit et joué par des Ivoiriens qui était phénoménal et je suis revenu de là en me disant il faut qu’on écrive et qu’on fasse un projet collectif.»

Ils ont commencé à travailler à la création de ce spectacle il y a environ une année.

L’auteure note que le théâtre est un médium complètement différent de la poésie puisque le texte est écrit pour être vécu dans un espace-temps défini.

«C’est comme mettre des lunettes 3D à un texte. C’est super le fun de pouvoir rejoindre les gens avec un médium qu’ils peuvent écouter autrement qu’à l’écrit», a poursuivi l’auteure qui se soucie grandement du défi de l’alphabétisation dans la province.

Marc-André Charron estime que le rôle du théâtre n’est pas d’être poli, tranquille ou confortable. Dans cette pièce, il s’éloigne du discours larmoyant sur l’Acadie pour explorer divers points de vue parfois complexes et contradictoires. Les personnages s’expriment dans un chiac qu’il qualifie de théâtralisé.

«Le chiac, c’est comme deux rivières qui se croisent, c’est-à-dire le français et l’anglais. Le chiac est un point de rencontre précis. En Nouvelle-Écosse, on parle un autre mélange des deux rivières. J’ai joué un peu avec le niveau de chaque langue, donc c’est un peu un chiac imaginaire», a ajouté Céleste Godin.

La distribution rassemble Ludger Beaulieu, Xavier Gould, Stacy Arsenault, Florence Brunet et Sébastien Leclerc. La première d’Overlap est présentée à la Salle Bernard-LeBlanc jeudi à 20h.
Des représentations sont prévues aussi le 25 et 31 janvier, ainsi que le 1er et 2 février au même endroit.