Overlap: une lettre d’amour percutante

Rafraîchissante et percutante, la pièce Overlap provoque à la fois le rire, l’émotion et la réflexion. Cette nouvelle création de Satellite Théâtre signée par l’auteure Céleste Godin, qui se déploie en plusieurs tableaux, a reçu un accueil très chaleureux du public.

Conçue comme un monologue à multiples voix où la gestuelle occupe une place importante, Overlap se veut une lettre d’amour à Moncton, mais aussi une critique parfois incisive qui aborde divers sujets, que ce soit le discours sur la culture acadienne, l’amour, les relations entre les gens qui se superposent, le viol et le féminisme. Impossible de passer une journée à Moncton en restant anonyme, soulève-t-on. Bien des gens se sont reconnus dans cette pièce qui n’a laissé personne indifférent. À l’issue de la première présentée à guichets fermés à la Salle Bernard-LeBlanc, jeudi soir, les comédiens ont été salués par de vibrants applaudissements bien sentis.

«Je pense que tout le monde dans la salle aura été affecté par au moins une scène de la pièce. C’est ce que je trouve vraiment intéressant avec ce spectacle», a exprimé un spectateur, Olivier Mazerolle.

«Avec les textes incroyables de Céleste qui sont dignes d’une tragédie grecque, on n’avait pas le choix d’être à la hauteur. On voulait donner tout ce qu’on avait. Mon but était de connecter avec le monde dans la salle le plus possible. C’est un brassage de cage avec plein d’amour», a commenté la comédienne Florence Brunet, très heureuse de la réception du public à cette première.

Les comédiens s’adressent souvent aux spectateurs en les regardant parfois directement dans les yeux. Comme le souligne la comédienne, c’est un texte qui parle de Moncton pour les citoyens de cette ville. Tout débute dans la légèreté avec une présentation très ironique sur la recette d’un bon party pour ensuite plonger dans un discours sur l’Acadie, sur le nombrilisme, les guerres de clocher, le féminisme, le viol et les relations presque incestueuses entre les gens.

«Je suis une citoyenne de Moncton et je me suis vraiment reconnue dans le texte et l’expression. J’ai beaucoup aimé les chorégraphies. J’ai versé quelques larmes surtout quand on parle de la femme et du viol. J’ai adoré qu’ils aient donné la parole à un homme et à son rôle quand il parlait de ça. C’est ça qui nous manque un peu dans notre société et dans nos conversations», a commenté une spectatrice, Line Woods.

Un avenir prometteur

L’auteure qui propose une ode personnelle et poétique sur Moncton jette quelques vérités en pleines faces avec certaines répliques percutantes.

«J’ai pensé pendant la soirée à quelques moments à Gérald Leblanc. Je me suis dit que Gérald aurait tellement tripé à voir ce show-là parce qu’il aimait tellement cette ville», a partagé le metteur en scène d’expérience René Poirier, qui a déjà travaillé avec Céleste Godin dans le spectacle collectif Cabaret Factum.

Celui-ci estime que l’auteure qui signe son premier texte de théâtre complet est certainement vouée à un avenir prometteur.

«Céleste Godin a un sens de la théâtralité dans ce qu’elle écrit. C’est dynamique. Ça donne vie et ses paroles sont agréables à mettre dans un corps. C’est un monologue à multiples voix, mais Antonine Maillet fait des monologues à multiples voix et dans l’oeuvre Shakespeare, la présence du choeur est aussi importante.»

Dans une mise en scène inventive, appuyée d’un éclairage soigné et vêtus de costumes de soirée noirs et rouges, les comédiens évoluent dans cet univers avec beaucoup d’unité à un rythme parfois très rapide. C’est pratiquement du théâtre de haute voltige.

«C’est rafraîchissant et en même temps surprenant. Ça m’a apporté à réfléchir à la culture acadienne et ça m’encourage à avoir des discussions que je n’aurais pas eu avant avec des amis ici dans notre ville», a mentionné un spectateur, Charles MacDougall.

Mise en scène par Marc-André Charron, Overlap met en vedette Ludger Beaulieu, Sébastien Leclerc, Xavier Gould, Florence Brunet et Stacy Arsenault. La pièce est présentée de nouveau les 25 janvier et 31 janvier, ainsi que les 1er et 2 février à la Salle Bernard-LeBlanc.