Noir de Mike Ward: se libérer de la dépression

On peut rire de tout et même de la dépression, estime Mike Ward qui explore des sujets sombres, mais avec légèreté dans son nouveau spectacle Noir qu’il offre en primeur à Moncton.

L’humoriste québécois confie que c’est après avoir souffert d’une dépression à la suite de sa dernière tournée que l’inspiration pour son cinquième spectacle lui est venue. Une fois cette période obscure derrière lui, il a eu envie d’écrire des numéros sur des sujets lourds et graves, mais de façon quasiment joyeuse. Il avait le sentiment qu’il pouvait dorénavant en rire. Il aborde, entre autres, la dépression, l’agression sexuelle, le suicide, la mort, mais c’est très léger comme spectacle, assure-t-il. Parler de la dépression dans son spectacle a quelque chose de libérateur, considère-t-il.

«Quand on ridiculise des choses qui sont très graves, on dirait que ça leur enlève de l’importance. C’est quasiment l’équivalent de faire un ‘fuck you’ à ma dépression. J’aime aller dans des zones où les humoristes vont moins surtout de ces temps-ci, parce qu’on dirait que plus ça va, plus le monde est stressé par rapport aux sujets dont on peut parler», a raconté l’humoriste en entrevue à l’Acadie Nouvelle.

Mike Ward qui entame sa tournée avec son spectacle Noir s’arrête à Moncton ce jeudi dans le cadre du Festival de l’humour HubCap. Il montera sur la scène du Théâtre Capitol à l’occasion du Gala des Rendez-vous de la Francophonie. Ce sera seulement la troisième fois qu’il présente son nouveau spectacle. Il confie qu’il a toujours aimé la ville de Moncton. Son frère a étudié à l’école de pilotage de Moncton (Moncton Flight College).

«Je me rappelle que les premières fois que je venais à Moncton, j’aimais le fait que je ne savais jamais quand je rentrais quelque part si ça allait être français ou en anglais. J’ai grandi comme Anglo dans la ville de Québec puis en arrivant à Moncton en parlant à des Acadiens, j’ai réalisé qu’on avait eu comme la même vie, mais à l’inverse. J’ai zéro sang acadien, mais je me sens très proche des Acadiens», a-t-il confié.

Il a participé à plusieurs reprises au Festival HubCap. Il apprécie tout particulièrement le public du Nouveau-Brunswick parce qu’il comprend rapidement ses références à la culture américaine ou canadienne.

Non à la censure

Reconnu pour ses blagues crues, Mike Ward s’est donné comme défi de réussir à faire son genre d’humour dans un monde qui, à son avis, s’offusque de plus en plus facilement.

«La raison pour laquelle il y a autant d’humoristes qui se mettent dans le trouble, dont moi qui a été un des premiers au Canada, c’est que souvent nos blagues sont prises et sont sorties du contexte dans lequel elles ont été écrites. Ça fait 25 ans que je fais ça et j’ai toujours abordé des sujets lourds et des affaires que le monde dit que ça ne se fait pas de parler de ça, mais dans la salle, ç’a toujours marché parce que le monde comprend le contexte et l’angle. Il faut faire attention, surtout maintenant, vu que le monde peut filmer nos numéros et mettre ça sur les réseaux sociaux.»

L’humoriste n’a pas l’intention de se censurer pour autant et de devenir «téteux», dit-il, pour éviter de heurter la sensibilité de certaines personnes.

«J’ai l’impression qu’avec tout ce qui a été dit sur moi dans les dernières années, le monde pense que je vais plus loin que je vais vraiment. Je ne suis pas Satan, je suis juste un humoriste un peu cru qui ne se censure pas. II y a quelques années, on dirait que ça me déprimait, mais là j’aime ça parce que c’est comme devenu un défi de voir comment je vais réussir à faire mon genre d’humour et que les gens comprennent que c’est de l’humour et qu’il n’y a aucune méchanceté là-dedans.»

Avec son podcast (baladodiffusion) Mike Ward sous écoute, l’humoriste attire environ 125 000 auditeurs par semaine. Il collabore avec le Restigouchois Jason Babin d’Eel River Crossing qui s’occupe, entre autres, de la gestion des réseaux sociaux. Mike Ward est aussi l’un des invités d’un épisode de la série documentaire Le sens du punch, animée par Ryan Doucette, diffusée sur Unis TV. Le Gala des Rendez-vous de la Francophonie mettra aussi en vedette les humoristes Didier Lambert, Yves Doucet, Martin Saulnier, Julien Dionne, Sinem Kara et Alex Bisaillon. Le spectacle est présenté à 19h30 au Théâtre Capitol.

Le Festival HubCap démarre sur les chapeaux de roue

Avec un nombre record d’humoristes et de spectacles, le 19e Festival HubCap qui se poursuit jusqu’au 10 février est plus populaire que jamais.

Le festival d’humour bilingue qui se déploie sur deux fins de semaine accueille près de 35 humoristes qui se produiront dans 21 salles, cabarets, restaurants, bars et hôtels de Moncton, Dieppe, Shediac et Salisbury. Le porte-parole du festival, Xavier Léger, souligne que la demande est de plus en plus grande. De nouvelles salles se sont ajoutées à la programmation. La première fin de semaine du festival est consacrée à l’humour francophone. On y retrouve, entre autres, plusieurs Acadiens, dont Martin Saulnier, Sam Chiasson, Nathan Dimitroff, Julien Dionne et Yves Doucet.

«Cette année, on a plusieurs demandes de nouvelles salles qui voulaient s’ajouter et ça augmente le nombre de spectacles. On a eu plus de appui de commandites qui nous permet d’explorer diverses options. Les ventes vont très bien. Ça s’annonce très fort du côté francophone qui commence cette semaine. Il ne reste pas beaucoup de billets pour le gala jeudi et nous avons eu des soumissions très fortes pour le concours amateur», a-t-il affirmé.

Les organisateurs estiment qu’entre 8000 et 10 000 spectateurs assisteront aux différentes activités du festival.