Exercice de l’oubli: l’amour est-il suffisant?

Poétique et bouleversante, la pièce Exercice de l’oubli d’Emma Haché plonge dans l’intimité d’un couple qui tente de reconstruire sa vie autour des souvenirs oubliés. Une œuvre d’une grande beauté, pleine de tendresse, mais difficile à rendre sur scène.

Présentée devant une salle comble au théâtre l’Escaouette, jeudi, cette œuvre produite par le Théâtre populaire d’Acadie et le Théâtre français de l’Ontario, mise en scène par Joël Beddows, a été accueillie plutôt tièdement par le public. Ce qui ressort en premier lieu, c’est la beauté du texte qui comporte une certaine part de mystère, tout en étant d’une grande lucidité.

Exercice de l’oubli met en scène une femme (Claire Normand) qui rend visite jour après jour à son mari Auguste Brouillard (Bruno Verdoni) qui a perdu la mémoire à la suite d’un grave accident de voiture. L’action se déroule dans une chambre de convalescence. Entre les exercices de mémoire, elle tente tant bien que mal de l’accompagner dans cette tragédie. Seul l’amour qu’il porte à sa femme demeure présent dans la mémoire d’Auguste, tout le reste de sa vie n’est que néant. Le couple ne partage plus rien sur le plan social, sexuel, familial et intellectuel. Leur amour sera-t-il suffisant pour survivre à ce drame?

Peu à peu au fil des visites, des moments de leur vie se révèlent par fragments, notamment à propos d’une fille qu’ils n’ont jamais eue ou encore l’enfance trouble de la femme. Même si la femme entretient le désir de le quitter, elle n’y arrive pas, tellement elle est attachée à cet homme qui a tout oublié de leur vie commune. L’issue en sera désespérante. Il s’agit d’une pièce qui exige un énorme travail de mémoire de la part des acteurs puisque le récit n’est pas vraiment basé sur l’action ou sur une histoire, comme l’a souligné une spectatrice, Suzette Lagacé.

«Ce sont des rôles difficiles, mais bien joués avec sensibilité parce qu’il n’y a pas vraiment d’histoire alors c’est plus difficile pour les acteurs. Le texte est très beau», a commenté une autre spectatrice, Chadia Moghrabi.

Si le texte est magnifique, il reste que la mise en scène est assez pesante et elle manque de rythme et de sensibilité. Et c’est trop long. Ces visites qui se répètent sans cesse peuvent devenir monotones. À certains moments, on a le sentiment d’entrer dans l’émotion et l’intensité, tandis qu’à d’autres instants, le jeu reste en surface. Le texte mérite certainement une profonde réflexion, mais est-il vraiment fait pour être joué sur scène?

«Je trouve que c’était trop long, trop triste, ça manquait un peu de dynamisme. Il manquait d’éléments sensibles, C’était comme artificiel. Je pars, je reviens. Il manquait de punch», a commenté une spectatrice, Suzanne Tarte-Poussart.

«Il y avait de très beaux petits thèmes, des bouts qui étaient très poétiques, mais mon dieu que c’était long et lourd», a renchéri Aline Nardini.

Lors de la représentation à Moncton, il y a eu un petit problème technique de son au début de la pièce. Les comédiens ont réussi tout de même à rester concentrés dans leurs rôles.

La scénographie épurée de Luc Rondeau composée d’échelles et d’effets de miroirs est réussie, appuyée des éclairages délicats créés par Michael Brunet. Cette œuvre d’Emma Haché, publiée chez Lansman Éditeur, a déjà été finaliste du prix littéraire du Gouverneur général du Canada. La pièce Exercice de l’oubli est en tournée au Nouveau-Brunswick jusqu’au 8 février. Elle sera présentée à Shediac, le 2 février, à Fredericton, le 5 février, à Neguac, le 6 février, à Bathurst, le 7 février et à Dalhousie, le 8 février.