À la découverte des trésors vivants de Memramcook

La Vallée de Memramcook compte parmi ses citoyens l’un des rares réparateurs d’accordéon de la province. Aussi musicien, Eugène LeBlanc est l’une des cinq vedettes d’une série documentaire réalisée par Paul Arseneau qui met en lumière les talents des aînés de la région.

Un réparateur d’accordéon, un groupe de comédiennes, une passionnée d’écriture, un vétéran et un boulanger se livrent à la caméra en toute simplicité. Créée dans le cadre du projet Les talents des aînés de che’nous de la Société culturelle de la Vallée de Memramcook, les cinq courts métrages seront présentés en première dimanche au théâtre du Monument-Lefebvre. À la suite du lancement, les oeuvres vidéos seront disponibles sur la chaîne YouTube et sur les réseaux sociaux. En plus de valoriser les aînés de la région et l’inclusion sociale, les responsables du projet souhaitent que ces vidéos permettent de sauvegarder certaines traditions.

«Il y a l’idée de la mémoire et de sauvegarder des traditions. C’est bon pour la génération montante, les jeunes et l’aspect intergénérationnel. Ce sont en quelque sorte des trésors vivants à l’échelle locale», a indiqué Paul Arseneau.

Le cinéaste donne toute la place à ces cinq personnalités qui oeuvrent dans divers domaines. Elles ont été choisies par un comité consultatif composé d’aînés. Le responsable de la Société culturelle de la Vallée de Memramcook, Nicolas Guay, précise qu’à partir d’une base de données qui rassemble au-delà d’une centaine d’aînés de la région ayant des talents particuliers, ils ont choisi les participants du projet. Onze personnes ont été sélectionnées pour le projet de photographie inaugurée en décembre 2018 et cinq personnalités pour la série documentaire. On retrouve George LeBlanc, un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, le boulanger Clarence LeBlanc de la boulangerie Pain du collège, le réparateur d’accordéon Eugène LeBlanc, la Troupe de théâtre des Dames d’Acadie et une passionnée d’écriture Lorette Arsenault. Décédée en décembre, cette dame – qui avait 93 ans au moment du tournage – a tenu son journal tous les jours. Tout au long du film, elle témoigne de sa passion pour l’écriture tout en révélant quelques bribes de sa vie.

Ce sont de petits films très sympathiques où les gens racontent leur histoire. Paul Arseneau, qui a réalisé ces courts métrages sans l’aide d’une équipe, a été à la fois, le réalisateur, le preneur de son, le directeur photo et l’intervieweur. On l’entend parfois poser quelques questions, mais sinon, c’est la parole de la personne qui est mise en évidence. Il y a des moments touchants, d’hésitation et quelques silences. Le cinéaste a ainsi respecté le rythme des gens de Memramcook qui, note-t-il, sont un peu moins stressés que les Monctoniens.

«Je ne dénigre pas l’idée d’avoir une équipe avec moi, mais le budget ne le permettait pas. Ça fait de petits films sympathiques et j’avais ainsi toute la liberté de mettre des silences et de créer des atmosphères.»

Chaque film est différent puisque chaque personne est différente.

«J’ai voulu faire ressortir la personnalité de l’individu ou des individus», a ajouté le cinéaste qui a réalisé plus de 20 documentaires pour la télévision depuis 2003.

Musicien autodidacte

Eugène LeBlanc qui est un habitué de la scène se livre à la caméra avec beaucoup d’aisance. Retraité de l’enseignement, le musicien, professeur et réparateur d’accordéon espère que ce projet de vidéos permettra de transmettre sa passion pour la musique et l’accordéon aux plus jeunes.

L’accordéoniste George LeBlanc a rencontré des jeunes de l’École Abbey-Landry dans le cadre du projet Les talents des aînés de che’nous. – Gracieuseté: Gabrielle Bissonnette

«La musique, c’est une partie de ma vie. Ôtez-moi la musique et vous êtes aussi bien de m’enterrer. Je joue du clavier, de la guitare, de la basse et du violon. Mais l’accordéon a toujours été l’instrument avec lequel je suis le plus confortable.»

Il constate que de moins en moins de personnes jouent de l’accordéon. Très jeune, Eugène LeBlanc a eu la piqûre pour cet instrument. Depuis plus de dix ans, il répare des accordéons comme passe-temps. Ses clients sont presque tous des personnes âgées.

«Je suis pas mal un des seuls dans la province. Le plus proche ce serait à Québec. Avant, si les gens avaient besoin de la réparation, il fallait qu’ils envoient leur accordéon à l’extérieur.»

Il a appris par lui-même en faisant des recherches sur le web et dans des livres.

«À un moment donné, j’ai eu des problèmes avec mon accordéon et je suis allé voir une personne qui pensait pouvoir l’arranger. On est allé dans un garage à moins 30 degrés et quand je l’ai regardé faire, je me suis dit qu’il devait y avoir une meilleure façon de faire ça. J’ai fait plusieurs recherches sur le web et dans les livres et c’est comme ça que tout a commencé.»

Eugène LeBlanc signe aussi la mise en scène de la cérémonie du Prix Éloi en plus de donner régulièrement des spectacles dans la région.

Les films sont présentés ce dimanche 10 février au théâtre du Monument-Lefebvre à Memramcook à compter de 14h. Le projet a été financé grâce au programme Nouveaux Horizons du gouvernement fédéral.

Le cinéaste Paul Arseneau. – Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau