Gamètes: la délicate question de l’accomplissement au féminin

Comment réussir sa vie? Comment s’accomplir en tant que femme aujourd’hui? Ces questions cruciales et complexes sont au coeur de la pièce Gamètes de Rébecca Déraspe qui raconte le destin de deux grandes amies confrontées à leurs propres valeurs.

Dominique Leclerc et Milva Ménard incarnent Aude et Lou dans la pièce Gamètes produite par Les Biches Pensives. Créée en 2017 à Montréal, cette œuvre est présentée à Caraquet et Moncton cette semaine. L’actrice et cofondatrice des Biches Pensives, Dominique Leclerc, raconte que la compagnie a commandé ce texte à Rébecca Déraspe. Il est question d’accomplissement au féminin, d’amitié et de solidarité féminine.

«Annie Darisse (l’autre cofondatrice de la compagnie) et moi, on avait envie de parler d’accomplissement au féminin. Ce n’est pas une thématique très simple. On voulait parler de féminisme aussi. Quand on s’autoproclame féministe, on dirait que prendre position, c’est avoir tort, ne pas prendre position, c’est avoir tort aussi. On essayait un peu de se situer dans cette thématique complexe, donc on a fait appel à Rébecca Déraspe qui est une auteure très brillante et qui est capable de faire un doux mélange entre des textes très intelligents, sensés et l’humour», a expliqué la comédienne.

Gamètes raconte l’histoire de deux amies dans la trentaine, inséparables depuis leur enfance. Aude (Dominique Leclerc), une ingénieure civile, apprend qu’elle est enceinte d’une enfant trisomique. Son premier réflexe est d’aller en parler à son amie Lou (Milva Ménard), une journaliste engagée et féministe. Toutes les deux sont alors confrontées à leurs propres valeurs à l’égard de l’accomplissement au féminin. Leurs points de vue divergent et on assiste donc à une joute argumentaire parfois crue, tout cela avec beaucoup d’autodérision, note la comédienne.

«C’est quoi s’accomplir en 2018? C’est quoi le sens de mettre un enfant au monde qui n’est pas vu par la société comme étant «productif»? Lou essaie de décourager Aude de prendre cette option-là tandis que Aude essaie de se convaincre que ça peut être une bonne idée.»

Selon l’actrice, cette relation permet de soulever tous les angles et toutes les questions un peu délicates qui tournent autour de l’accomplissement.

«Lou est fière de sa grande amie et elle l’encourage à prioriser plus sa carrière et à ne pas mettre tout ce qu’elle a bâti sur la glace pour cet événement-là.»

Tout au long de leurs discussions, les deux amies revisitent leur enfance et leur adolescence qui met en lumière divers aspects de leur amitié. Elles se glissent tranquillement dans le passé sans nécessairement se transformer. Comme le souligne la comédienne, elle s’amuse à jouer les autres personnages et à revoir des situations qu’elles ont vécues ensemble.

«C’est vraiment un glissement tout doux, c’est un jeu qui se déploie devant l’oeil du spectateur et on glisse d’une époque à l’autre et les gens nous suivent très bien.»

En choisissant de passer à travers le prisme de l’amitié, l’auteure ne prend pas nécessairement position. Elle pose plutôt plusieurs questions.

«Comme les deux sont un peu aux extrêmes, ça nous permet de vraiment visiter une variété d’opinions, de réactions, de questions. Les deux amies vont très loin dans cet argumentaire-là et elles vont même découvrir énormément de choses l’une de l’autre par ces petits sauts dans le passé. Elle (Rébecca Déraspe) a bien réussi à poser des questions délicates entourant les questions du féminisme. C’est un terrain de jeu extrêmement jouissif pour deux actrices parce qu’il y a vraiment des dialogues incroyables.»

Dans un des nombreux articles parus sur la pièce, on dit de Gamètes «qu’elle fait rire, fait froncer les sourcils et déstabilise». Mise en scène par Sophie Cadieux, cette pièce qui a eu beaucoup de succès sera à l’affiche du Centre culturel de Caraquet, le jeudi 21 février à 19h30 et du théâtre l’Escaouette à Moncton, le vendredi 22 février à 19h30. Gamètes est présentement en tournée au pays.