Éric Thériault: un 7e rôle à l’Opéra de Québec

Aussi bien dire qu’Éric Thériault fait désormais partie des meubles à l’Opéra de Québec. Avec un septième rôle dans la compagnie cet été – celui du pilote de Daland dans Le vaisseau fantôme de Wagner – le ténor acadien commence à prendre ses aises dans la capitale québécoise et commence même à songer à frapper à la porte du Metropolitan Opera de New York à plus ou moins longue échéance.

Pour la première fois en près de 100 ans, le Festival d’opéra de Québec présentera une œuvre de Richard Wagner, les 28 et 30 juillet ainsi que les 1er et 3 août. Le vaisseau fantôme (Der fliegende Holländer) sera présenté dans son allemand original et la mise en scène sera confiée par le cinéaste connu François Girard (Le Violon rouge). Ce dernier a notamment mis en scène une autre œuvre wagnérienne, Parsifal, au Met en 2013 et en 2018. Le premier mettait en vedette la star mondiale Jonas Kaufmann dans le rôle-titre; le second était mené musicalement par la baguette du Québécois Yannick Nézet-Séguin, sélectionné depuis tuteur de l’orchestre du mythique opéra new-yorkais.

Des faits d’armes ainsi que ceux du réputé chef québécois Jacques Lacombe de qui Éric Thériault entend bien apprendre tout en nouant de nouvelles amitiés, espère-t-il.

«L’an dernier, j’avais chanté dans La flûte enchantée de Mozart au même festival sous la direction scénique de Robert Lepage et j’avais adoré mon expérience. Avec autant de présences (sept) à l’Opéra de Québec, je commence à réaliser que les responsables me font confiance et c’est une belle tape dans le dos», souligne-t-il en entrevue téléphonique avec l’Acadie Nouvelle.

Le vaisseau fantôme constituera la production principale du Festival Opéra de Québec, tout comme l’a été La flûte enchantée l’an dernier. Ces prestations sont coproduites avec le Metropolitan Opera, qui se sert notamment de Québec comme rampe d’essai avant d’apporter les productions à New York.

«Le vaisseau fantôme mis en scène cet été à Québec par François Girard sera effectivement présenté l’an prochain au Met, mais avec des chanteurs différents (le baryton-basse Bryn Terfel tiendra le rôle principal à New York, NDLR). Par contre, je sais que l’an dernier, des représentants du Met ont assisté à des représentations de Carmen. Québec me rend un peu plus visible auprès d’eux», souligne-t-il.

Le ténor natif d’Anse-Bleue serait-il donc aux portes d’un opéra dont les planches ont été foulées par Maria Callas, Enrico Caruso, René Pape et Anna Netrebko?

«Je ne suis pas prêt à dire ça», répond-il dans un léger rire timide.

«Mais comme Robert Lepage et François Girard sont des habitués du Met, ce sont des contacts qui pourraient probablement me servir éventuellement. Disons simplement qu’il y a 10 ans, je n’osais même pas penser pouvoir y chanter, alors que maintenant, il y pourrait y avoir une possibilité que j’y sois un jour», précise celui qui connaît déjà très bien l’endroit comme spectateur.

«Mais c’est clair que j’aimerais bien ça. J’ai justement passé une audition récemment à New York. Je ne peux pas dire si ç’a donné quelque chose, mais le simple fait que je puisse entrevoir que la porte pourrait s’ouvrir d’ici quelques années, c’est déjà une belle avancée pour moi. Et comme c’est un Canadien qui prendra les rênes du Met, on peut espérer que Yannick (Nézet-Séguin) y fera venir plus de chanteurs d’ici», ajoute le ténor.

Celui-ci fera auparavant ses débuts à l’Opéra de Montréal en mai, en enfilant à nouveau les hardes et la voix du Remendado dans Carmen de Bizet. L’opéra sera mis en scène par un autre artisan de la grande lucarne, Charles Binamé.

«Je vais d’un cinéaste à l’autre!, lâche Éric Thériault dans éclat de rire tonitruant. Mais c’est bien parce que j’aime beaucoup le jeu théâtral, en plus de chanter. Les rôles que j’interprète combinent tous les deux de manière assez éloquente. Ça aussi j’ai hâte, de faire mes débuts à Montréal.»

Le ténor sera en outre formateur en technique vocale pour les demi-finalistes du Gala de la chanson, à la fin mai.