Elaine Amyot, une grande dame des arts visuels, s’éteint

Une artiste marquante du paysage culturel de Moncton et de l’Acadie, Elaine Amyot, s’est éteinte jeudi matin à l’âge de 87 ans. Considérée comme une pionnière de l’art visuel, elle laisse derrière elle un œuvre importante profondément inspirée par la nature.

«C’est comme une partie de notre histoire, celle d’Aberdeen et des arts en Acadie qui nous quitte», a exprimé la conseillère à la ville de Moncton, Paulette Thériault, qui a beaucoup côtoyé Elaine Amyot à l’époque où elle dirigeait le Centre culturel Aberdeen.

L’artiste-peintre et poète qui demeurait à Dieppe aux côtés de son compagnon de vie Ed Lemond – qui œuvre dans le milieu littéraire – avait une pratique artistique riche depuis 50 ans. Elle utilisait des techniques mixtes: peinture, pochoirs, pastel gras, collages et assemblages à partir d’objets trouvés souvent dans la nature. Ses œuvres intimistes invitant à la méditation et à la contemplation s’inspiraient de la force de la vie et dégageaient une dose de mystère et d’intériorité. En entrevue, elle a déjà dit que la nature était devenue son refuge. Membre fondatrice de la Galerie 12 à Moncton, elle a présenté des expositions jusqu’à tout récemment, et ce, malgré son trouble cardiaque.

«C’est quelqu’un qu’on aimait beaucoup. Elle était un peu comme un ange. Elle souriait tout le temps et elle était douce. À l’époque où on se fréquentait beaucoup, nous avions perdu plusieurs amis artistes et c’était réconfortant d’être avec Elaine», a raconté Paulette Thériault, très attristée par la nouvelle de son décès. D’après ses proches, l’artiste serait partie en paix.

«Il y avait quelque chose dans son œuvre et dans sa personne qui était très spirituelle. C’est surtout ça qu’elle apportait à Aberdeen et ça nous balançait un peu.»

Elle était membre du collectif littéraire des écrivains du Chemin de la Brèche qui regroupe, entre autres, Roméo Savoie, Nancy King Schofield et Herménégilde Chiasson. Ils ont d’ailleurs présenté une exposition à la Galerie 12 en 2018. Ce groupe qui a publié des collections de textes se rencontrait tous les mois pour organiser des activités et des lectures. Herménégilde Chiasson, qui suit le parcours d’Élaine Amyot depuis ses débuts, estime qu’il s’agit d’une grande perte pour l’ensemble de la collectivité.

«Je me rappelle quand je suis arrivé à Moncton, il y avait très peu d’artistes femmes. Il y avait elle et Géraldine Cormier. Ses œuvres étaient vraiment particulières, c’était toujours très énigmatique et très intime. C’était comme une espèce de méditation.»

Elle fait partie des pionnières de l’art visuel à Moncton et en Acadie au même titre que Roméo Savoie, Claude Roussel, Georges Goguen et Marie-Hélène Allain, même si sa carrière n’a peut-être pas eu la même envergure, soulève Herménégilde Chiasson.

«Tous les mois, on se voyait et je la voyais assez souvent dans des lectures. C’était quelqu’un de très délicat, qui faisait attention à tout le monde et qui avait un sens de l’humour. C’était vraiment une belle personne.»

Très présente sur la scène artistique, que ce soit comme participante ou encore comme spectatrice, celle qui nous abordait avec une voix douce est toujours restée éveillée à l’égard de l’activité culturelle. On l’a invitée notamment à être la marraine de la Folie des arts à Bouctouche en 2015.

«Je pense que c’était quelqu’un qui était très ouvert à la nouveauté. Elle lisait beaucoup et elle avait une vie intérieure qui était tout à fait particulière. C’est quelqu’un de complètement à part et dans ce sens-là, c’est souvent des gens qu’on remarque peut-être moins, mais qui continue à faire leur travail de manière marginale», a mentionné Herménégilde Chiasson.

Parmi ses nombreuses réalisations, elle a coordonné, en collaboration avec Lise Robichaud, l’exposition-installation de femmes artistes acadiennes Présence 27 à la Galerie d’art de l’Université de Moncton en 2000. Elle a présenté plusieurs expositions solos et participé à plus de 60 expositions collectives au Canada et ailleurs, en plus de donner des ateliers de création de mandalas. Lionel Cormier suit le parcours de cette artiste curieuse et passionnée de philosophie depuis le début des années 1990.

«Ses œuvres étaient plutôt une réflexion sur son vécu et le vécu des gens en général. Ç’avait beaucoup affaire avec l’intérieur. Elle était très connaissante et elle faisait beaucoup de lecture», a ajouté l’artiste Lionel Cormier.