Gabriel Robichaud débarque en Acadie dans la peau de Gérald Godin

Que reste-t-il aujourd’hui de l’héritage de Pauline Julien et de Gérald Godin? Saluée par la critique, la pièce Je cherche une maison qui vous ressemble sera bientôt en tournée au Nouveau-Brunswick. Le comédien Gabriel Robichaud, qui incarne l’homme politique et l’écrivain québécois, estime que cette œuvre trouvera certainement écho en Acadie.

En 2018, le comédien acadien s’est attaqué au défi de personnifier un monument de la scène culturelle et politique québécoise des années 1960 à 1990. La correspondance amoureuse entre Pauline Julien et Gérald Godin est l’élément déclencheur de la pièce Je cherche une maison qui vous ressemble de l’auteure Marie-Christine Lê-Huu, sur une idée originale de Catherine Allard. Il s’agit d’une histoire d’amour sur plusieurs plans, souligne Gabriel Robichaud. Si la question de l’indépendance du Québec a été au centre de l’engagement politique de ce couple célèbre, il reste que leur point de vue apporte un éclairage différent au débat, estime le comédien.

«C’était des gens qui étaient engagés et qui avaient fait un choix, mais qui ne tentaient pas nécessairement d’imposer leur choix. C’est l’invitation à faire un choix et à se positionner, et pour ça, j’ai l’impression que ça peut voyager chez nous. Entre la façon qu’on nous l’apprend et qu’on voit cette période de l’histoire à l’école, je trouve que ça réoriente le point de vue et c’est très intéressant.»

Selon lui, la pièce permet de découvrir ou de redécouvrir le parcours de ces deux artistes engagés. Le récit débute avec leur rencontre en 1961 jusqu’à la mort de chacun. Ce n’est pas une pièce linéaire et la forme est très éclatée. On voyage à travers différents pans de leur vie amoureuse, politique, poétique et musicale.

Gabriel Robichaud s’estime privilégié de jouer ce personnage. Dans l’approche du metteur en scène Benoît Vermeulen, il n’a jamais été question d’imiter les personnages, mais plutôt de les évoquer, afin d’éviter la caricature. Au départ, les deux comédiens regardaient de très bas ces deux monuments. Puis, à force de travailler, ils sont devenus presque des amis, leur permettant ainsi de démythifier les personnages et de se les approprier pour plonger dans les différentes situations et propos de la pièce. Gabriel Robichaud a lu l’anthologie complète de la poésie de Gérald Godin, la correspondance du couple, en plus de regarder des documentaires, dont celui de Simon Beaulieu, intitulé Godin, afin de se préparer à jouer le rôle.

Son objectif a été de s’inspirer de certains traits de caractère, de nourrir le processus et l’inconscient. Gérald Godin avait la force du confiant, note le comédien. Celui-ci s’est reconnu dans plusieurs aspects du personnage, tout en admettant que ses propos peuvent être confrontants. Même si pour Gabriel Robichaud, la défense de la langue et de la francophonie ne passe pas forcément par un pays, il admire et respecte l’engagement qu’a eu cet homme.

«Il y a plusieurs choses qui m’ont étonné ou fasciné dans son discours, ne serait-ce que sa posture nationaliste très inclusive (…). Il a été le premier à présenter les immigrants dans la mouvance indépendantiste au Québec comme étant des Québécois. Cette position très rassembleuse différait de celle avec laquelle j’ai grandi ou que j’avais souvent vue véhiculer dans les médias. Déjà ça, c’est quelque chose dans laquelle je me reconnais plus, mais que je connais moins.»

De la poésie et des chansons

La pièce s’inspire à la fois de la correspondance du couple, des œuvres, des biographies de Pauline Julien et Gérald Godin et même de la vie de l’initiatrice du projet Catherine Allard. En plus de raconter l’histoire du couple, le récit se transporte au présent puisque Gabriel Robichaud et Catherine Allard jouent les rôles de comédiens qui travaillent à la création du spectacle. Il pose donc un regard actuel sur cette époque, à savoir ce qu’il en reste aujourd’hui. La pièce ne tombe pas dans le piège de la nostalgie, souligne le comédien. Le récit fait place à leur histoire d’amour, à leur engagement politique et à leurs œuvres, avec des chansons de Pauline Julien et des poèmes de Gérald Godin. Deux musiciens accompagnent les comédiens sur la scène.

«On est dans une formule qui rappelle par moment la boîte à chansons.»

Coproduite par le Collectif de La Renarde et le Théâtre les gens d’en bas, cette pièce qui a été présentée cet automne à Montréal a reçu des critiques élogieuses. La première de la tournée néo-brunswickoise aura lieu au Centre culturel de Caraquet, le 19 mars. Par la suite, elle sera présentée à Bathurst le 21 mars, à Shippagan le 22 mars, à Shediac le 23 mars, à Fredericton le 26 mars, à Edmundston le 28 mars, à Dalhousie le 29 mars et à Neguac le 30 mars.

Sur une bonne lancée

En plus de s’illustrer sur la scène littéraire et théâtrale, le poète et homme de théâtre de Moncton se rendra à New York au début avril afin de participer au Festival des Cinq continents.

Il participe à ce festival pour une deuxième année. Ce jeune festival rassemble des auteurs d’un peu partout à travers la francophonie internationale. Le poète acadien présentera, le 6 avril, une lecture publique de l’intégral de ses deux premiers recueils de poésie.

«New York est une ville avec une francophonie et francophilie importante, donc ça attire toutes sortes de gens. C’est vraiment un festival en français à New York et il y a une place pour cette niche-là. L’année passée, ç’a été une belle révélation pour moi d’y être. Je me sentais un peu comme si je faisais un mauvais coup d’aller dans cette espèce de métropole américaine lire mes textes en français et en même temps, je n’étais pas tout seul à le faire donc j’étais un peu moins délinquant que je pensais. Ç’a été super bien reçu.»

Il restera un peu plus longtemps cette année et il pourra ainsi renouer avec ses contacts. En 2018, il avait fait de belles rencontres qui lui ont ouvert des portes dans d’autres événements. Le festival est organisé par l’Organisation internationale de la Francophonie en collaboration avec le Centre des civilisations et des cultures françaises de l’Université de New York.

Gabriel Robichaud, qui passe la semaine au Québec, participe aussi à l’événement La machine à répliques organisé par l’organisme Rhizome, à l’occasion du mois de la poésie. Du 11 au 16 mars, cinq auteurs, dont Gabriel Robichaud, prennent le contrôle de la page Facebook de l’organisme afin d’offrir au public des répliques idéales aux situations qu’ils soumettent.