Je cherche une maison qui vous ressemble: une oeuvre lumineuse

La magie du théâtre prend vie avec la pièce Je cherche une maison qui vous ressemble à la mémoire de la chanteuse et actrice Pauline Julien et du député poète Gérald Godin. Dans une interprétation lumineuse et touchante, cette œuvre présentée à Shediac, samedi, a été saluée par une ovation bien sentie de la foule.

Avec des allers et retours dans le temps, Pauline Julien (Catherine Allard) et Gérald Godin (Gabriel Robichaud) racontent leur propre histoire, celle d’une couple d’artistes engagés politiquement qui s’aimait avec fougue. Entourés d’un pianiste et d’un contrebassiste, sur des chansons de Pauline Julien et des extraits de la poésie de Gérald Godin, les deux acteurs livrent une solide prestation.

Une centaine de personnes ont assisté à la représentation à Shediac.

«Quelle présence sur scène de Catherine Allard qui a une vérité au nouveau des sentiments! Il n’y a pas une seconde où on la sent s’échapper du scénario et de l’ambiance. Ses interprétations des chansons, la mise en scène. C’est une pièce absolument superbe, j’ai adoré», a exprimé un spectateur, Yves Poussart.

Tout dans ce spectacle, aussi bien dans l’interprétation que dans le texte et la structure, nous rappelle combien le théâtre peut être beau, rafraîchissant, vrai et rempli d’émotions. On est touché, on rit, on réfléchit et parfois on est déstabilisé. Si Catherine Allard brille sur scène dans son interprétation de Pauline Julien, Gabriel Robichaud incarne avec conviction le poète et politicien québécois. Dans ce récit qui nous est raconté, les comédiens sortent de temps en temps de leur personnage pour s’adresser au public, échanger sur certains éléments du spectacle et sur leur relation à l’histoire. L’acteur acadien remet en question parfois la pertinence de l’oeuvre avec un certain cynisme, ce à quoi la comédienne québécoise répond avec aplomb. C’est très réussi, étonnant et souvent très drôle.

«J’ai aimé ça quand ils sortaient de leur personnage pour présenter leur propre opinion en tant que comédien. Je trouve qu’il y avait une émotion qui se dégageait de ça. Je n’étais pas trop au courant de leur histoire, mais c’est le fun de voir leurs correspondances. Le fait qu’ils se vouvoyaient, j’ai trouvé ça très beau. C’est dommage que Gabriel Robichaud n’ait pas plus chanté parce que je sais qu’il sait chanter», a commenté un spectateur de 26 ans, Nicolas Dupuis.

L’histoire débute en 1961 au moment de la rencontre entre Pauline Julien et Gérald Godin à Trois-Rivières. Le poète et journaliste de 24 ans pour Le Nouvelliste assiste au spectacle de Pauline Julien. Il tombe sous le charme de l’artiste qui a pourtant dix ans de plus que lui. Il écrira alors sa première lettre d’amour déguisée sous la forme d’un article dans le journal. On suit le parcours de ces deux êtres épris de justice, de liberté et rêvant d’un pays, tout en passant en revue les moments marquants de leur vie et de l’histoire: la crise d’octobre, le référendum de 1980, la Nuit de la poésie devant 4000 personnes, l’élection de Gérald Godin au Parti Québécois, jusqu’à leur mort respective. Gérald Godin est décédé d’un cancer en 1994 et Pauline Julien qui était atteinte d’aphasie dégénérative a mis fin à ses jours le 1er octobre 1998 à l’âge de 70 ans. Neuf chansons de Pauline Julien merveilleusement interprétées par Catherine Allard parfois accompagnée de Gabriel Robichaud à la guitare composent ce spectacle. Comme il est mentionné dans la pièce, Pauline Julien et Gérald Godin sont deux personnes qui ont brûlé pour un rêve et carburé par l’espoir…

Des souvenirs

Pour plusieurs spectateurs, la pièce a ravivé des souvenirs émouvants.

«C’est du vrai théâtre. Et elle (la comédienne) quel talent. Dans certaines syllabes, elle avait la couleur de Pauline Julien intégralement. C’était merveilleux et aussi bon qu’un opéra. J’ai bien connu Pauline Julien. C’était une grande artiste et ce soir, ils nous l’ont rendu. J’ai vécu tous ces souvenirs-là. Je suis de la génération des fans de Pauline», a confié un spectateur, Benoît Duguay.

Des films d’archives, des photographies, des extraits sonores, de chansons chantées par Pauline Julien, ainsi que des poèmes de Gérald Godin et leur correspondance appuient le jeu des acteurs.

Cette œuvre de l’auteure québécoise Marie-Christine Lê-Huu, mise en scène par Benoît Vermeulen, du collectif La Renarde et du Théâtre des gens d’en bas est en tournée au Nouveau-Brunswick jusqu’au 30 mars. La troupe s’arrêtera dans les villes de Fredericton (26 mars), Edmundston (28 mars), Dalhousie (29 mars) et Néguac (30 mars).