Le «road trip» musical de Joseph Edgar

Le 4 avril 2004, Joseph Edgar lançait à Moncton son premier disque solo La lune comprendra… Quinze années plus tard, l’auteur-compositeur-interprète au parcours atypique propose de revisiter ses univers musicaux sur une compilation Point Picot; un vinyle double de 25 titres.

Avec ce septième album qui souligne ses 15 années de carrière solo, Joseph Edgar a voulu boucler la boucle et repartir vers de nouveaux horizons, sans toutefois délaisser la musique. Il veut se permettre d’explorer de nouvelles avenues musicales, tel que la composition de bande sonore de films.

Sur ce disque anniversaire, on plonge à la fois dans sa poésie personnelle, intimiste, mais aussi dénonciatrice, naviguant entre les ambiances musicales parfois très planantes, folk ou encore plus rock et électriques.

Comme le précise l’artiste, c’est un road trip musical très varié. Ses succès, dont l’incontournable Espionne russe, côtoient des chansons qui nous emportent tel que sa première composition solo, Chanson de dune. Elles sont présentées dans leur version originale ou spectacle.

À ce florilège, s’ajoutent quatre pièces qui n’avaient pas encore été enregistrées sur un support physique ainsi que quelques nouveautés, dont Mille requiems et Loin, loin, loin, que l’artiste a ressorti de ses tiroirs. Écrite en 2012 pour son fils qui vivait au loin, cette chanson révèle une brèche de sa vie personnelle. Il décrit une réalité qui rejoint bien des parents et des couples séparés.

«Je venais de déménager à Montréal et je ressentais la distance et je ressens toujours énormément la distance. C’est aussi adressé à d’autres personnes qui ont la même situation ou le même vécu», a-t-il raconté.

Habituellement, le chanteur s’arrange pour faire vivre ses histoires personnelles par d’autres personnages dans ses chansons. Loin, loin, loin a été écrite à la première personne. C’est en voyant l’effet qu’avait cette chanson en spectacle qu’il a eu finalement envie de la mettre sur disque. Un soir après un concert, un homme est venu lui parler en lui suggérant fortement de l’enregistrer.

«Ç’a résonné et je me suis laissé convaincre.»

Pour faire la sélection des chansons, Joseph Edgar a fait appel à des amis, à son amoureuse et à des musiciens avec qui il travaille. Chacun a été invité à dresser sa propre liste pour une éventuelle compilation. Des 32 chansons choisies, ils en ont sélectionné 25 pour le vinyle.

L’artiste convient que certaines personnes seront peut-être étonnées de ne pas voir telle ou telle pièce sur la compilation, mais un choix a dû être fait et c’est ainsi que Le fantôme de Blanchard a été écartée du projet. Il a voulu offrir un survol de son parcours en passant à travers ses divers univers musicaux.

«Point picot, c’est quelque chose que j’utilise souvent comme expression pour signaler la fin d’une phrase. Je trouvais que ça marchait super bien pour justement souligner mes 15 ans. C’est un album que j’aimerais que les gens se procurent ou écoutent pour savoir qui est Joseph Edgar. Pour moi, ça le représente assez bien, même s’il y a des chansons qui ne sont pas là. C’est une affaire de choix et j’ai laissé le choix final aller à d’autres.»

Le pari réussi de chanter en français

L’album Decade de Neil Young, une anthologie qui dressait un bilan de ses dix années de carrière a beaucoup inspiré l’auteur-compositeur-interprète acadien à ses débuts en musique.

«C’est sûr qu’aujourd’hui, le hip-hop et la pop sont la grosse affaire, mais il y a encore des personnes qui grattent la guitare et qui essaient de composer des chansons. Si ça peut servir aux jeunes de leur montrer que des fois deux accords, une bonne idée de paroles et une bonne mélodie peuvent mener à quelque chose.»

Quand il regarde dans le rétroviseur, Joseph Edgar est assez content de son parcours. Celui qui n’a jamais cherché la gloire à tout prix arrive à bien vivre de sa musique. S’il a connu des hauts et des bas, il a tout de même réussi son pari de chanter en français.

«Quand je fais le bilan, je me dis qu’au moins j’aurai tenu tête à tous ceux qui me disaient de chanter en anglais pour que ma carrière aille mieux. Pour moi, c’était très important de garder la langue française à l’avant même s’il y a quelques chansons en anglais qui sont sorties au long de ma carrière. Je suis fier de ça.»

La compilation comprend au moins une ou deux chansons de chacun de ses albums depuis 2004.

L’album sort officiellement le 5 avril. Après un lancement à Montréal, le 3 avril, des spectacles à Ottawa et au Québec, Joseph Edgar sera de retour dans sa ville natale pour offrir un lancement à la Salle Empress. C’est dans cette salle qu’il a lancé son premier disque en avril 2004.

Joseph Edgar assurera aussi la direction artistique de l’espace Extrême frontière au Congrès mondial acadien. La programmation de cet espace artistique à Moncton sera annoncée probablement au mois de mai.