La fermeture du Plan b laisse un grand vide sur la scène musicale de Moncton

La fermeture du Plan b laissera un grand vide dans la ville de Moncton, estiment des artisans de la scène musicale. Dans ses meilleures années, ce cabaret du centre-ville était devenu un lieu incontournable pour les musiciens et les amateurs de spectacles.

Depuis au moins un mois, le petit cabaret situé au coin des rues St-George et Lutz est vide. Les portes sont fermées et l’édifice qui abritait autrefois le Plan b ainsi qu’un logement à l’étage supérieur est en rénovation. Des travaux qui devraient se terminer d’ici quelques mois, selon une porte-parole de l’entreprise propriétaire de l’édifice.

Cette dernière a d’ailleurs confirmé que le Plan b est bel et bien fermé et que l’édifice est maintenant à louer. Il semblerait que les affaires allaient moins bien dernièrement. L’Acadie Nouvelle a tenté à plusieurs reprises de joindre l’ancienne locataire et propriétaire du Plan b, Tracy Petukhov, mais sans succès.

Pendant plusieurs années, le cabaret a présenté des spectacles sur une base régulière, parfois même jusqu’à sept soirs par semaine. Des artistes de renom et de la scène émergente ont joué dans ce bar qui avait acquis une bonne réputation.

Au cours des derniers mois, on y présentait aussi des soirées d’humour, mais les activités ont cessé en mars et même la page Facebook de l’établissement n’est plus en fonction.

La gérante d’artiste et propriétaire de l’agence Le Grenier Musique, Carol Doucet, se désole de cette fermeture. Elle estime que le lieu a été un tremplin pour bon nombre d’artistes de la scène émergente.

À son avis, c’est une véritable perte pour le milieu culturel, surtout que la salle très accessible a offert une première chance à tellement d’artistes.

«Tellement de gens ont joué là pour la première fois. Au début, c’était sept jours par semaine. Astheure, il y a beaucoup plus de lieux de musique à Moncton qu’il y en avait dix ans ou cinq ans passés… Si tu veux faire un show, il y a beaucoup de salles à Moncton, mais ça coûte cher. Il faut payer la salle, le ménage, la technique… tandis qu’au Plan b, on pouvait aller jouer n’importe quand», a-t-elle expliqué.

L’imprésario rappelle que l’industrie du spectacle traverse d’énormes défis, que ce soit au Nouveau-Brunswick ou ailleurs au pays. Des bars de musique ont fermé leurs portes dans plusieurs villes, comme le réputé Divan Orange à Montréal.

«Vendre des billets de spectacle, c’est tellement difficile, même des spectacles gratuits. C’est dur de faire sortir les gens, c’est ça qui est le premier constat. Avant, les gens sortaient socialiser, tandis que maintenant, c’est tellement pas ça. Donc il y a beaucoup de bars de musique qui ont fermé.»
Plusieurs musiciens en tournée dans les Provinces maritimes ont fait escale au Plan b. La propriétaire leur offrait même l’hébergement dans l’appartement situé au-dessus du cabaret.

«J’ai vu des artistes incroyables là et ç’a avait vraiment une bonne réputation», a-t-elle poursuivi.

Récompensée à Musique NB

Plusieurs se souviendront certainement des spectacles de fin de soirée de la FrancoFête en Acadie où la salle se remplissait au maximum de sa capacité.

Avant même d’arriver à Moncton, les délégués internationaux avaient entendu parler de ce petit bar. Le cabaret a remporté le prix Musique NB de la meilleure salle de spectacle de l’année à quatre reprises, l’emportant même parfois contre de plus grands lieux de diffusion. C’est donc dire l’importance de cet endroit pour le milieu musical.

Le directeur de Musique NB, Jean Surette, aimait bien cette salle exiguë qui offrait une proximité entre le public et les musiciens. Des musiciens émergents de la province ou encore d’ailleurs ont passé par cette salle.

«C’est ça qu’on va perdre, d’avoir une plus petite salle centrale à Moncton où n’importe qui pouvait passer. Avec de l’équipement de son, une scène, une batterie, il y avait des éléments qui faisaient qu’un artiste de l’extérieur pouvait facilement présenter un spectacle. Dans le temps où c’était vraiment populaire, il y avait un public fidèle qui venait des fois juste pour découvrir la musique, peu importe qui jouait. Ils s’étaient donné un mandat où il y avait une fierté de présenter de la musique presque sept jours semaine.»

Charme perdu

La popularité et la réputation du lieu s’étaient un peu effritées au cours des deux dernières années, note le directeur de Musique NB. Ce dernier croit que plusieurs facteurs ont fait en sorte que l’établissement avait perdu un peu de son charme. Il y a eu des changements de personnel, de programmation et des défis financiers. L’édifice est en rénovation depuis cet été.

«Pendant trois ou quatre ans, c’était solide et c’était un endroit incontournable. Sur le plan national, il y avait des artistes qui savaient qu’en allant à Moncton, ils voulaient jouer au Plan b, mais c’est un peu perdu depuis deux ou trois ans.»

Jean Surette espère qu’un autre établissement prendra la relève. S’il y a plusieurs bars dans la ville qui proposent de la musique avec des chansonniers ou du karaoké, peu de cabarets offrent de la musique originale, estime-t-il.