La région Chaleur pourrait-elle perdre son unique espace d’exposition?

Le déménagement de la bibliothèque publique de Petit-Rocher entraînera du même souffle la fermeture de la seule galerie d’art de cette région. Le sculpteur Gilbert LeBlanc, qui se désole de la situation, tente par tous les moyens de sauver cet immense espace du Complexe Madisco afin qu’il conserve sa vocation culturelle.

Ce mois-ci, la mezzanine de la Bibliothèque publique de Petit-Rocher accueille sa toute dernière exposition, marquant ainsi le chant du cygne de la seule galerie d’art de cette ampleur de la région Chaleur.

Toucher du bois rassemble une trentaine de sculptures de Gilbert LeBlanc et de Réginald Arsenault. Ce grand espace de 50 pieds sur 50 pieds, presque rond, est situé dans l’ancienne chapelle du Juvenat, devenue bibliothèque publique.

Au fil des années, la mezzanine a offert de nombreuses expositions, surtout à l’époque de la Galerie Roche, de 1995 à 1997, qui était gérée par un groupe d’artistes présidé par le sculpteur Gilbert LeBlanc.

À son avis, cette mezzanine est le plus bel espace d’exposition de la région Chaleur. Aucun autre endroit dans toute la région n’offre un lieu d’exposition aussi vaste.

«C’est un espace vraiment extraordinaire et on ne retrouvera jamais ça dans une autre bibliothèque. Quand j’ai visité cet endroit-là pour la première fois, je suis tombé en amour avec la place et, quelques années après, nous avons fondé la Galerie Roche grâce à une entente avec le village», a relaté celui qui oeuvre dans le domaine des arts depuis 40 ans.

L’artiste cherche à sensibiliser les gens de la région sur l’importance de ce lieu qui peut avoir un impact sur le développement culturel à long terme. Il rappelle que presque toutes les régions et les municipalités francophones du Nouveau-Brunswick ont des galeries d’art. De plus, cet espace est situé dans un édifice qui abrite plusieurs organismes acadiens, comme l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick, la Société des Jeux de l’Acadie et la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick.

«C’est marquant ce que ça peut faire sur une société. En plus avec les Éloizes qui s’en viennent dans un an, on sacrifie notre plus bel espace d’exposition pour faire une banque. Ça me déchire le coeur», a-t-il laissé tomber avec émotion.

Des rumeurs circulent voulant qu’Uni Coopération financière déménagera son point de service dans cet espace. Au siège social d’Uni, on a répondu qu’il s’agit d’une option possible, mais rien n’est encore décidé. Le point de service actuel a besoin de rénovations.

D’ici là, Gilbert LeBlanc qui envisageait justement de créer à nouveau un comité pour gérer la galerie d’art souhaite rencontrer les élus municipaux afin de trouver une solution.

Le déménagement de la bibliothèque

Le maire de Petit-Rocher, Luc Desjardins, a indiqué qu’il n’est pas question de retarder le déménagement de la bibliothèque publique. Le déménagement dans l’ancienne succursale d’Alcool NB est prévu pour le mois de mai. Les locaux actuels au Complexe Madisco ne répondent plus aux besoins de la bibliothèque. M. Desjardins a précisé que la nouvelle bibliothèque aura des espaces réservés pour des expositions, mais certainement pas aussi grands que la mezzanine qui occupait un étage au complet.

«On va le faire dans la nouvelle bibliothèque autant qu’on peut, mais ce ne sera pas une galerie comme telle», a-t-il mentionné.

M. Desjardins se dit prêt à rencontrer le groupe d’artistes afin de voir comment il est possible d’organiser la suite des choses.

D’importants travaux de rénovation aux coûts de 2,6 millions $, (dont 1% seront versés pour les arts) seront effectués au Complexe Madisco qui deviendra la Maison de l’Acadie.

La présidente du comité permanent de développement du Juvenat, Mylène Ouellet-LeBlanc, précise que tous les organismes du complexe doivent déménager de façon temporaire afin d’effectuer des rénovations majeures de l’édifice. L’espace qui était occupé par la bibliothèque sera vacant et les administrateurs du complexe espèrent trouver un nouveau partenaire.

La présidente a précisé que les ressources financières sont limitées et qu’ils n’ont pas de fonds pour aménager une galerie d’art dans le complexe. Ce projet pourrait faire partie d’une deuxième phase qui comprendrait un lieu à la fois pour les sports et les arts.

Gilbert LeBlanc estime que le Complexe Madisco, situé juste à côté de la salle multifonctionnelle Denis-Richard, est l’endroit idéal pour créer un centre culturel.

«Pourquoi n’aurait-on pas un centre d’excellence de l’Acadie jumelé à une galerie d’art? Peut-être qu’il y a moyen d’aller chercher des fonds pour qu’enfin, la région Chaleur ait un espace d’exposition adéquat», soulève M. LeBlanc.

L’exposition Toucher du bois sera en montre jusqu’à la fin du mois d’avril. Cette exposition rassemble les œuvres d’un élève et de son professeur.

Réginald Arsenault a été celui qui a donné le premier cours d’art à Gilbert LeBlanc. Le professeur octogénaire a décidé de revenir dans la région et a demandé à son ancien élève d’exposer avec lui à Petit-Rocher. Ils ont dû travailler d’arrache-pied pour préparer leur exposition avant la fermeture de la galerie.

Pour Gilbert LeBlanc, reconnu pour ses sculptures de bronze, c’est un retour au bois. Il a voulu ainsi faire un clin d’oeil à son professeur. Il a donc réuni des sculptures de bois, de bronze et d’aluminium, qui font appel au recyclage du verre, tout cela dans un effort de créer des œuvres plus écologiques. Le vernissage a attiré une cinquantaine de personnes.