La cérémonie de citoyenneté, véritable usine à fabriquer des citoyens canadiens

La galerie du Centre des arts et de la culture de Dieppe propose de plonger au coeur de l’identité canadienne, de ses symboles et de ses protocoles. Avec son exposition La fin de la terre, le photographe-journaliste, artiste et globe-trotter, Valérian Mazataud, s’inspire de sa propre expérience afin de faire vivre les émotions d’une cérémonie de citoyenneté.

Chaque jour au Canada, 700 personnes prêtent serment à la Reine pour devenir citoyens canadiens et chaque année, nous accueillons de 200 000 à 250 000 nouveaux citoyens.

«En 2014, je suis devenu citoyen canadien. Il y a tout un processus administratif, un examen et la dernière étape c’est de prêter serment à la Reine d’Angleterre. J’avoue que quand on est Français ou en Acadie, ça vous choque un peu. J’étais très dubitatif par rapport à ça, néanmoins je me suis dit si c’est juste ça qui reste à faire, allons-y. En étant à la cérémonie, j’ai trouvé ça pompeux, cérémonial et très administratif. En même temps, j’ai été très touché car j’étais entouré par 300 personnes et qu’il y avait 80 nationalités différentes. On s’est tous serré la main un peu comme on le fait à l’église», a raconté le photographe documentaire et artiste basé à Montréal.

Si l’ensemble du processus d’immigration est ennuyeux, il reste que cette cérémonie a quelque chose de très émouvant, estime-t-il. Après avoir vécu l’expérience, il s’est promené à travers le Québec et l’Ontario pour filmer une quinzaine de cérémonies du même genre à l’aide d’une caméra VHS de l’époque des années 1990.

«J’ai commencé à filmer les cérémonies et à me mélanger aux visiteurs, aux amis et à la famille et à filmer ces gens comme si c’était ma propre famille.»

Comme la caméra n’était pas compatible avec son ordinateur, il a visionné la bande vidéo sur son téléviseur pour en faire des captures d’écran.

Le résultat est plutôt étonnant puisque les images sont un peu floues, avec de la texture et du grain, donnant ainsi un sentiment d’étrangeté presque intemporel.

Une installation vidéo accompagnée de grandes photographies suspendues compose son exposition. Certaines images sont marquantes et témoignent de la nature à la fois impersonnelle et chaleureuse de ces cérémonies.

C’est quasiment une usine à fabriquer des citoyens, soulève l’artiste qui invite les visiteurs à réfléchir aux questions identitaires qui reviennent sans cesse dans les débats au Canada.

Grand voyageur

Après des études d’ingénieur en agronomie en France, Valérian Mazataud est parti faire le tour du monde en vélo avec un ami. En deux ans, ils ont visité une trentaine de pays, écrit un livre, réalisé un film et offert des spectacles de cirque.

Ce voyage lui a donné le goût de la photographie documentaire. Il a ainsi commencé à publier ses reportages dans divers journaux et magazines.

Quand il est arrivé au Québec, il a compris qu’il pouvait gagner sa vie avec ce métier. Aujourd’hui, il collabore avec différents journaux, au Québec et en Ontario. Parallèlement à son travail de photographe-journaliste, il a développé une pratique artistique.

«L’art ou le journalisme sont des outils qu’on peut utiliser pour avoir accès à certains lieux de diffusion, que ce soit un magazine ou une galerie, et avoir accès à certains types de financement, par exemple une bourse artistique ou alors le cachet que paie un journal. Ce sont des outils différents pour accomplir un projet et parler de quelque chose.»

Parfois, le langage informatif avec les règles du journalisme sert bien le sujet, tandis que dans d’autres cas, c’est l’approche plus sensible et artistique qui est la plus adéquate.

Dans le cas de son projet La fin de la terre sur la citoyenneté canadienne et sur l’identité du Canada, il a opté pour l’approche artistique.

Le titre de l’exposition fait un clin d’oeil à la devise du Canada qui est tirée d’un verset de la Bible. L’arrivée au Canada représente pour beaucoup d’immigrants la fin d’un voyage pour se construire une nouvelle vie.

Créée en 2016, l’exposition a voyagé dans quelques centres d’artiste au Québec et en Alberta.

Elle est présentée pour la première fois dans les Provinces maritimes. Le vernissage se tient ce jeudi 11 avril, de 17h à 19h, et les œuvres seront en montre jusqu’au 12 juillet.