Une invitation à réfléchir aux phénomènes culturels

La Galerie Louise-et-Reuben Cohen à Moncton propose de découvrir de nouvelles voix de l’art contemporain. Toujours très attendue, l’exposition annuelle des finissants en art visuel jette un regard sur la culture de la beauté, le destin, l’Acadie et l’environnement.

Cette année, les finissants du département d’arts visuels de l’Université de Moncton proposent une variété de médiums ainsi que des approches et des démarches très différentes les unes des autres.

D’abord, Frédéric Gayer, dont les photographies ont souvent été exposées à Moncton, présente deux installations de peintures et de sérigraphies assez différentes de son travail habituel qui s’apparente davantage au paysage. Cette fois, il s’est intéressé à la culture de la beauté et au narcissisme.

Cet artiste, originaire de la France, établi à Moncton depuis sept ans, a choisi comme symbole des images d’hommes et de femmes qui pratiquent le culturisme, celui des années 1950.

Employant un ton ironique dans ses œuvres, l’artiste se moque de cette culture de la beauté tellement présente dans nos sociétés.

«Nous sommes tous obsédés par les normes de beauté. Il faut être grand, mince et beau. Il faut avoir de beaux cheveux, sinon on fait face à une pression sociale, via les médias et la publicité, qui est terrible et terrifiante. Il faut se débarrasser de ça, vivre tel qu’on est et s’aimer tel qu’on est», clame haut et fort Frédéric Gayer.

Ses œuvres dénoncent justement ce culte de la beauté. En regardant ses estampes et ses peintures, cela nous rappelle le pop art. L’artiste confie qu’il revient ainsi à ses premières amours, la peinture.

«C’est une expression qui est beaucoup plus agréable parce que j’ai un contact physique avec la couleur et les toiles. La photo numérique, c’est devenu pour moi trop intellectuel. J’ai retrouvé un contact avec la matière et il y a plus de possibilités de laisser le geste et la couleur se faire», ajoute celui qui a travaillé pendant 30 ans dans le domaine du design graphique.

Interroger le destin

Établie depuis six ans à Moncton, Lirice, une artiste originaire des Cantons de l’Est, au Québec, plonge dans le destin. Est-on réellement prédestiné à accomplir telle ou telle chose ou nos actions font-elles vraiment une différence?

Elle propose trois œuvres au moyen de divers médiums (sculpture, dessin et peinture). Sa première installation rassemble des peintures et de grandes sculptures de céramique qui représentent des personnages mythiques.

«Je trouve que, dans la vie au quotidien, les gens parlent beaucoup du destin, mais sans s’en rendre compte. Je fais aussi des études en sciences religieuses donc je m’intéresse beaucoup aux croyances et aux cultures. La peinture au fond, c’est l’idée de montrer qu’il y a différentes réalités aux choses, un peu comme des mains ouvertes et de petits personnages qui marchent pour tracer les lignes de la main. C’est très subtil.»

Ses œuvres font aussi un lien avec les réalités acadiennes. À l’extérieur, elle a réalisé une sculpture de pierre, en forme de pierre tombale, à la mémoire de l’officier britannique Robert Monckton, avec une épitaphe écrite en français.

«J’entends beaucoup parler du nom de l’université. Dans un sens, je suis comme une observatrice et je viens d’un milieu où il y avait aussi des divisions entre les Anglais et les Français. Je crois que la Déportation reste quelque chose d’actuel et, à mon point de vue, je crois que les Acadiens ont accompli beaucoup de choses à partir de presque rien.»

La nature à l’agonie

Originaire de Saint-Pierre et Miquelon, Klervia Desbois propose de réfléchir sur l’impact de nos gestes sur l’environnement. Avec des assemblages, des objets recyclés, des sculptures et de grandes peintures réalisées avec le feu, elle se penche notamment sur les espèces animales en voie d’extinction.

Celle qui a grandi sur une île a toujours été près de la nature. «Les baleines sont très présentes autour des îles Saint-Pierre et Miquelon et voir ça disparaître un jour ou l’autre, ça m’attriste.»

Par son travail artistique, elle espère éveiller les consciences du gouvernement et du public sur les habitudes de vie qui sont parfois dommageables pour l’environnement.

En utilisant la chandelle et le chalumeau pour peindre, elle vise à rendre les images plus provocantes. Il y a aussi un aspect de velours qui s’en dégage.

Les titres de ses toiles font écho à l’histoire de l’art, notamment au peintre René Magritte et à l’oeuvre d’Edvard Munch.

«C’est un peu le cri des baleines, un genre d’agonie», a-t-elle ajouté tout en apportant tout de même une petite note d’espoir.

Le vernissage de l’exposition des finissants se tient le vendredi 12 avril de 19h à 21h. Les œuvres seront en montre jusqu’au 12 mai.