Festival Frye: trois poètes qui ont du cran

Pour les poètes Sébastien Bérubé, Jonathan Roy et Lex Vienneau, il n’y a pas de doute, la poésie n’a jamais eu autant sa place qu’à notre époque. Reflet de la société, ce genre littéraire permet au lecteur de voir le monde sous un nouvel angle.

La maison d’édition Perce-Neige présente ses nouveautés printanières lors d’un triple lancement dans le cadre du Festival Frye. Trois voix actuelles de la poésie sont à l’honneur.

«Ils sont audacieux tous les trois. Ils n’ont pas la langue dans leur poche et ils prennent des risques», a déclaré le directeur des Éditions Perce-Neige, Serge Patrice Thibodeau.

Sébastien Bérubé et Jonathan Roy ont déjà publié des recueils, tandis que Lex Vienneau en est à sa toute première publication dans une maison d’édition.

Maudire les étoiles

Troisième recueil de Sébastien Bérubé, Maudire les étoiles plonge dans ses thèmes de prédilection: les injustices et les enjeux sociaux. Dans cette révolte, il y a aussi un soupçon de nostalgie sur une note plus personnelle. Divisé en cinq parties, ce nouvel ouvrage complète la trilogie entamée avec Sous la boucane du moulin en 2015.

«Le premier traitait plus du gars qui s’ouvre sur la province, le deuxième parlait un peu plus de la province qui s’ouvre sur le Canada. Dans celui-ci, je voulais plus viser sur le Canada qui s’ouvre sur les Amériques. Dans l’écriture, je me suis rendu compte que s’ouvrir sur l’idéologie de ce qu’est l’Amérique m’amenait un peu à m’ouvrir sur la conception de l’Amérique et par ricochet, il y a une certaine nostalgie de l’enfance. Les dernières parties du recueil sont des parties plus personnelles que ce qu’on m’a vu faire.»

Le poète d’Edmundston cherche avant tout à être honnête quand il écrit, sans essayer d’enjoliver ou d’embellir sa poésie inutilement. Le rythme et l’imagerie s’imposent ensuite par eux-mêmes pour ainsi «trouver une beauté dans ces crachats-là», souligne celui qui ne mâche pas ses mots. Bien des événements de l’actualité tels que les élections américaines et les revendications des Premières Nations ont inspiré le poète. À son avis, la poésie commence à se réapproprier l’espace public après avoir été mise un peu de côté pendant des années.

«Je pense que le poète doit servir de miroir de société et permettre aux gens de voir certaines choses qu’ils ne voient pas ou de les amener d’une différente façon. Je ne dis pas qu’on est meilleur que d’autres pour le faire, mais je pense que le médium qu’on a choisi amène ça automatique.»

Savèches à fragmentation

Le poète de Caraquet, Jonathan Roy, nous arrive avec un deuxième recueil Savèches à fragmentation, sept ans après avoir publié Apprendre à tomber. Autour de cette métaphore du papillon de nuit qui se frappe constamment à la lumière, il fait le parallèle avec l’être humain qui se retrouve devant des écrans bombardés de nouvelles et d’information. Jonathan Roy explore aussi l’identité acadienne tout en étant très conscient qu’il est un homme de la génération Y au 21e siècle.

«Comment être à la fois Acadien et citoyen du monde et comment avoir des préoccupations linguistiques, territoriales et humanistes?»
Celui qui cherche dans son écriture à obtenir un équilibre entre les thèmes, les images et le rythme souhaite amener le lecteur à se poser des questions.

«Ultimement ma poésie peut sembler un peu déprimante de prime abord, mais moi je la vois tout de même lumineuse. Si on prend la peine d’écrire, c’est qu’on souhaite que les choses changent.(…) Lire quelque chose qui est dur dans laquelle on se reconnaît envoie le message qu’on n’est pas tout seul. La meilleure façon de toucher les gens c’est d’être honnête avec ses écrits.»

Roadkill

Avec ce lancement, arrive aussi une nouvelle poète: Lex Vienneau. L’auteure de 28 ans qui partage sa vie entre Lamèque et Ottawa écrit depuis longtemps, mais elle n’avait jamais publié de recueil jusqu’à ce jour. Lorsque l’éditeur a lu son manuscrit, il a été renversé et surpris par la qualité de son écriture et son cran.

«Je ne suis pas gênée de dire les choses comme elles sont. En tant que personne, je suis directe, je dis ce que je pense.»

Quand elle écrit, elle pense à la fois à l’histoire qui est racontée et à la présentation visuelle, ainsi qu’au rythme qui se rapproche un peu de la performance. Inspirée par ses propres expériences, elle maîtrise l’art du contrepoint en juxtaposant plusieurs idées autour d’un même thème.
«Je pense que le poète de mon souvenir a toujours été quelqu’un qui travaille dans les marges. Son rôle revient un peu plus à l’actualité parce qu’avec la vitesse à laquelle on vit actuellement, j’ai l’impression que les gens s’assoient moins pour lire donc ils vont chercher davantage de courts récits comme des poèmes et des nouvelles.»

Mentionnons que Lex Vienneau, qui détient une maîtrise en création littéraire, a déjà été une étudiante de la poète Georgette LeBlanc à l’Université Sainte-Anne.

Le lancement des Éditions Perce-Neige aura lieu au Centre culturel Aberdeen, le mardi 30 avril, à compter de 18h.