La traduction littéraire, une affaire de sensibilité et de passion

Comment arriver à traduire de la poésie sans en perdre la forme, le rythme et le sens? Un défi que relèvent deux traductrices littéraires d’expérience et écrivaines, Jo-Anne Elder et Rose Després.

Le Festival Frye accorde une place importante à la traduction littéraire cette année. L’Acadie Nouvelle est allé à la rencontre de deux traductrices pour connaître un peu les dessous de ce métier qui permet de faire voyager davantage les œuvres littéraires.

Depuis plusieurs années, Jo-Anne Elder se spécialise dans la traduction des œuvres littéraires acadiennes. Elle a traduit au moins 20 ouvrages du français à l’anglais, dont des recueils de poésie de Serge Patrice Thibodeau et d’Herménégilde Chiasson.

Le plus récent étant To Live and Die in Scoudouc (Mourir à Scoudouc) paru aux Éditions Goose Lane.

Elle a même été en lice pour le prix littéraire du Gouverneur général du Canada pour trois de ses traductions d’oeuvres acadiennes.
Mme Elder suit le parcours de certains auteurs francophones de près depuis plusieurs années.

«Je vais lire quelque chose et je me dis que j’aimerais le traduire pour le présenter à un plus grand public parce qu’il y a de mes amis qui ne lisent pas en français. Je veux l’apporter à un nouveau public et à plus de monde», a exprimé l’auteure de Fredericton.

Celle qui est arrivée au Nouveau-Brunswick en 1988 se passionne pour la culture acadienne. En traduisant sa littérature, elle a le sentiment de contribuer un peu à sa croissance. Quand elle traduit de la poésie, elle a l’impression parfois de créer une nouvelle œuvre, se laissant guider par ses intuitions.

«C’est un peu comme si on utilise le texte source pour partir sur toutes sortes d’autres choses. Ça veut dire qu’on doit choisir. Je dirais qu’en poésie, j’essaie le plus possible de garder la poésie, la forme, le rythme, la musique de la poésie. Je dois me baser sur mon interprétation et je dirais que ce n’est pas une recherche intellectuelle autant qu’une intuition.»

Chaque livre représente un défi différent.

«Je pense que la traduction m’aide beaucoup à écrire. Ma création littéraire est très influencée par les oeuvres que j’ai traduites. Souvent je travaille sur quelque chose et je vois les possibilités avec la langue anglaise.»

Dans l’intimité du poète

La traductrice et poète Rose Després de Moncton estime que le traducteur littéraire doit plonger dans l’âme, l’esprit, la vie et même dans la plus grande intimité de l’auteur à traduire.

«Même sans les rencontrer physiquement, on vient qu’on a l’impression que l’on connaît parce qu’en poésie, c’est notre plus grande intimité qu’on partage et on découvre l’autre», a confié celle qui participera à une table ronde sur la poésie en traduction au Festival Frye, jeudi à 18h30.

L’écrivaine a traduit des textes de l’anglais vers le français pour de nombreuses publications. Elle a également traduit le recueil Killdeer de Phil Hall et elle vient tout juste de terminer la traduction d’un premier recueil river woman (femme-rivière) d’une écrivaine métisse du Manitoba, Katherena Vermette.

Rose Després aime rencontrer les auteurs qu’elle traduit, afin de les connaître davantage pour mieux comprendre leur poésie. Elle se garde bien d’apporter sa touche personnelle au texte, son objectif étant de refléter le mieux possible l’oeuvre originale.

«J’y vais vraiment avec trois paires de gants blancs parce qu’on a affaire avec toute la sensibilité de l’autre. Pour moi, c’est de respecter l’idée, le but et l’intention, même si on se base beaucoup moins sur le mot à mot que sur l’impression. On est obligé de faire des choix difficiles parfois.»

Rose Després adore la traduction parce que cet exercice lui permet de plonger dans d’autres univers littéraires et de s’extirper de son domaine et de ses réalités pour arriver à autre chose.

Le fait d’être écrivaine elle-même comporte des avantages et elle ne veut surtout pas passer à côté de la vie intérieure du poète.