La route du lilas: un roadtrip féministe de l’écrivain Éric Dupont

On a tous une histoire de lilas dans nos vies… Avec son plus récent roman, Éric Dupont traverse le continent américain en suivant la floraison de cette fleur, tout en retraçant le parcours d’une Brésilienne au passé difficile marqué par la violence.

Roman féministe? La route du lilas exige qu’on se pose des questions féministes, estime Éric Dupont. Malgré tous les progrès qui ont été réalisés en matière de condition féminine, il reste que le problème de violence à l’égard des femmes persiste, se désole l’écrivain originaire d’Amqui en Gaspésie.

«Finalement est-ce qu’on va pouvoir parler d’une évolution sociale tant et aussi longtemps que la moitié de l’humanité vivra dans la crainte d’être tuée par l’autre par ‘‘amour’’ ou par ‘‘passion’’ parce qu’il a de la peine ou parce qu’il pensait qu’elle était à lui», soulève l’auteur de passage au Festival Frye.

À son avis, on a tous la responsabilité de dénoncer cette violence et c’est ce qu’il met en lumière avec son roman. En mettant en parallèle deux époques différentes, il ajoute une perspective historique à la problématique.

L’auteur qui voyage beaucoup se rend souvent au Brésil, le pays d’origine de son conjoint. Il a même appris la langue du pays, le portugais.

«C’est la première chose qui m’a frappé en arrivant au Brésil, c’est le rapport entre les hommes et les femmes et aussi la manière qu’ont les femmes brésiliennes de se présenter en public… Au fil du temps, je me suis rendu compte que le Brésil fait partie des champions du monde des féminicides. Il y a une culture machiste qui règne au Brésil où les femmes sont victimes de violence conjugale plus fréquemment qu’ailleurs dans le monde.»

D’après ce que la police fédérale avance, il meurt de 3500 à 5000 Brésiliennes chaque année, en raison de la violence conjugale.

«Ce n’est pas un phénomène caché. T’allumes la télé et on le présente chaque jour aux nouvelles télés. Tout le monde est horrifié, mais ça continue.»

Véritable fresque féministe et horticole, teintée d’humour, La route du lilas voyage à la fois dans le temps et l’espace.

Le récit prend son envol au Brésil pour ensuite traverser le continent jusqu’en Gaspésie en passant par la France.

Ce roadtrip féministe met en scène deux femmes: Shelly et Laura, passionnées de lilas, qui accompagnent Pia, une Brésilienne en fuite. À bord d’une autocaravane, elles se dirigent tranquillement vers la frontière canadienne.

Tout au long du périple, on découvre le passé et les secrets de Pia, une femme qui voulait être libre à tout prix. C’est ce qui rend le récit passionnant.

Éric Dupont raconte que son inspiration est d’abord venue de la ville brésilienne de Belo Horizonte tout près de la ferme où a grandi son personnage principal. L’auteur a vécu dans un édifice au coeur de cette ville qui était un projet d’habitation utopiste.

Ses romans reflètent sa vie, les gens qu’il rencontre et les histoires que les personnes lui racontent. Comme il voyage beaucoup, ses histoires lui sont racontées par des gens d’ailleurs.

«C’est peut-être une invitation aux lecteurs de me suivre dans les voyages que je fais.»

Le personnage au coeur de ce roadtrip est inspiré de rencontres qu’il a faites au Brésil et d’histoires de femmes. Dans tous les personnages qu’il a inventés, Pia figure parmi ses préférés. Il a le sentiment qu’elle est plus équilibrée que ses autres personnages, même si elle est loin d’être parfaite. Elle est consciente de ses imperfections.

Le lilas, la fleur de l’enfance

Comme La fiancée américaine (finaliste au prix Giller), La route du lilas est une œuvre volumineuse et riche qui sort de l’ordinaire, avec une écriture un peu fantaisiste.

En faisant des allers-retours constants entre le passé et le présent, il invite les lecteurs à réfléchir aux changements et à l’évolution du monde.

Le lilas devient l’élément rassembleur puisque cette fleur ne laisse personne indifférent. On a tous un lien avec cette fleur qui évoque souvent l’enfance et la famille.

«La plante est tellement solide et robuste qu’elle peut s’installer où elle veut et nous on l’adopte comme une des nôtres. Tous ceux qui en ont l’aiment tellement qu’ils sont incapables de penser que la plante est étrangère. C’est ce que je trouvais beau dans le lilas.»

Invité au Festival Frye pour une deuxième fois, l’auteur participe à plusieurs activités jeudi. Il prend part à une table ronde sur le thème de la disparition aux côtés des auteurs Karoline Georges, Claudia Dey et Wayne Johnston. C’est à l’Hôtel de Ville de Moncton à midi.

Il participera également à un entretien littéraire en soirée à la Bibliothèque publique de Dieppe (19h).

Éric Dupont est aussi professeur de traduction à l’Université McGill à Montréal. Le Festival Frye se poursuit jusqu’au 4 mai.