Sylvie Pilotte, une artiste en prison à Dalhousie

Non, l’artiste émergente Sylvie Pilotte n’est pas incarcérée. Cela dit, elle «purgera» tout de même un terme de deux mois entre les murs de l’ancienne prison de Dalhousie.

L’artiste québécoise, qui vit à Dalhousie depuis maintenant sept ans, a élu domicile dans le Studio B situé au second étage de l’ancienne prison. Cet étage, rappelons, est dorénavant consacré aux activités culturelles et artistiques.

Grâce à une subvention du Conseil des Arts du Nouveau-Brunswick, Mme Pilotte sera l’artiste en résidence à l’intérieur de ce complexe. C’est d’ailleurs la première fois, depuis sa nouvelle transformation, qu’un artiste occupera les lieux pour y développer un projet artistique.

«Étant résidente de Dalhousie, je trouvais cela intéressant de pouvoir travailler à proximité de chez moi, mais aussi important de participer au développement des arts dans ma communauté. Les gens ont travaillé fort pour mettre sur pied ce centre pour artistes, alors c’était logique que ma résidence se déroule là, que quelqu’un s’approprie les lieux», confie Mme Pilotte.

Du coup, celle-ci consacrera ses prochaines semaines à un projet de création en arts visuels, soit des œuvres combinant sculptures et collages. Intitulé Jamais rassasié!, le projet se veut un clin d’œil grinçant à la surconsommation humaine, au besoin de consommer davantage qui mène inexorablement à toujours plus de gaspillage.

Ce n’est donc pas une surprise si l’artiste compte exploiter des matériaux recyclés: tantôt des objets usuels laissés à l’abandon en ville (un vieux siège de vélo, une chaise, brisée, un circuit électronique, etc.), tantôt des découpures de magazines ou de circulaires.

«Puisqu’il est question de surconsommation, l’idée était justement de ne pas consommer. C’est pourquoi je travaille avec des objets qui, autrement, se seraient retrouvés à la poubelle. Et c’est justement le temps du grand nettoyage du printemps en ville, donc c’est une vraie mine d’or sur le bord des trottoirs», explique l’artiste.

Bien que la thématique de la surconsommation soit abordée, Mme Pilotte n’entend toutefois pas faire de ce concept un projet moralisateur.
«Je veux simplement que les gens voient que c’est une réalité», précise-t-elle.

Qu’à cela ne tienne, ces œuvres en devenir ne seront pas des plus réjouissantes.

«La surconsommation représente, à mon avis, un gros monstre, une grosse bête qui engloutit tout. Il ne s’agira donc pas d’œuvres très esthétiques. Ce sera davantage chaotique», dit-elle.

Une symbolique puissante

Le choix de la prison n’est pas non plus anodin en soi. Plus qu’un simple local d’art où travailler, les lieux sont empreints d’une symbolique puissante. Il existe selon elle un parallèle entre la consommation et la prison.

«En fait, la consommation est devenue en quelque sorte une prison. Plus on consomme, plus on doit travailler afin d’être en mesure de se payer ces choses. On accumule des objets, mais aussi des dettes. Bref, on s’emprisonne soi-même, on se prive de notre liberté», raconte-t-elle.

Installée depuis mercredi dans son studio, l’artiste entend créer une dizaine d’œuvres au total.

Celles-ci pourraient faire l’objet d’une exposition future. Cela dit, l’artiste entend ouvrir les portes de son atelier au public d’ici la fin de sa résidence.