Les limites du bruit possible ou la symphonie de la vie

Telle une symphonie poétique, la pièce Les limites du bruit possible jette un regard sur la fragilité de la vie, les forces et les faiblesses de l’humanité. Cette nouvelle création collective dirigée par Marc-André Charron de Satellite Théâtre saisit par son intensité.

Chaudement applaudi par la centaine de spectateurs du théâtre l’Escaouette, à Moncton, lors des sa première, mercredi, ce nouveau spectacle de Satellite Théâtre, créé en collaboration avec trois compagnies du Québec et de la Grande-Bretagne, met en scène neuf interprètes acadiens, québécois et britanniques.

Dans un décor épuré évoquant une forêt qui se transforme au fil du récit, appuyé d’éclairage feutré et de jeux de lumière inventifs, ce spectacle plonge dans le deuil et le rapport à l’immensité de la vie à travers le personnage du corbeau qui nous entraîne dans une suite de tableaux. La pièce est inspirée du recueil de poésie From the Life and Songs of the Crow du poète britannique Ted Hughes.

Si cela peut paraître sombre, il reste que la lumière pointe à l’horizon. Il ne faut pas s’attendre à un spectacle linéaire avec une histoire bien définie. On assiste plutôt à une œuvre impressionniste empreinte de mystère, un peu comme une peinture abstraite ou encore un poème. Si pour certains spectateurs, cela peut paraître déstabilisant, pour d’autres, ce genre d’oeuvre qui repose sur les émotions invite au voyage.

«Ce que je trouve de vraiment particulier avec lui, c’est son sens du rythme. Et quand il y a une longueur, il y a une raison. Je pense qu’il (Marc-André Charron) est un musicien et un compositeur dans le coeur parce qu’il a vraiment un beau sens du rythme. C’est comme une symphonie, on entre et on part avec (…). Pour moi un spectacle, il n’y a pas besoin d’avoir un message précis. Si je sors de là avec le sentiment que j’ai eu des émotions, c’est parfait. Est-ce que j’ai eu un message dans ça, je ne le sais pas, mais est-ce vraiment important? Pas nécessairement…», a exprimé un des spectateurs, Maurice André Aubin.

Fidèle à son habitude, Satellite Théâtre mise beaucoup plus sur la gestuelle et le visuel que sur les dialogues. L’utilisation de masques, d’accessoires et de marionnettes complète le tout.

Les acteurs incarnent à la fois des animaux et des êtres humains dans des chorégraphies imaginatives et très organiques. Ils arrivent à reproduire magnifiquement bien les mouvements, les démarches, les postures et les cris imitant les animaux. C’est assez spectaculaire.

Au fil des tableaux, les personnages font face à la perte d’un être cher que ce soit sur la route, à la guerre ou encore sur la mer. La tristesse est palpable et la tragédie s’installe peu à peu. Au-delà du drame de la vie, il y a quand même de l’humour, de la résilience et de l’espoir.

«C’est bouleversant et on voit la fragilité, la vulnérabilité de l’être humain en même temps que sa force. C’est très fort», a commenté une autre spectatrice.

Une tournée?

En plus de signer la mise en scène, Marc-André Charron a dirigé la création. Ils ont travaillé pendant trois années à la création de cette œuvre collective.

«J’arrivais avec beaucoup de propositions de départ, des pistes de recherche, des provocations ainsi que de l’improvisation. L’équipe fournissait du matériel et je me trouvais ensuite à éditer et racoler. C’est en collectif avec un regard qui pousse et qui affine.»

L’intensité est au rendez-vous. Parfois, on aurait peut-être aimé que l’intensité laisse place à quelques moments de répit pour nous permettre d’apprécier la profondeur de cette œuvre.

Andréanne Joubert, Dorie Kinnear, Florence Brunet, Frédéric Gosselin, Jalianne Li, Léonie St-Onge, Ludger Beaulieu, Pierre Robitaille et Will Pinchin composent la distribution. Il s’agit d’une coproduction internationale entre quatre compagnies: Satellite Théâtre de Moncton, Pupulus Mordicus et Cirque-théâtre des bouts du monde du Québec ainsi que Grafted Cede Theater de Londres.

Après avoir été à l’affiche du théâtre l’Escaouette à Moncton, les 22 et 23 mai, la pièce sera probablement présentée en tournée au Nouveau-Brunswick, en mars 2020. Il y aura aussi probablement une tournée à l’extérieur de la province, mais rien n’est encore confirmé.